IX. L’équilibre René Mesnard

Souhaitant respecter jusqu’au bout la tradition de l’Académie, notamment pour ce qui concerne la durée de ses mandats, Jean Sorillet démissionne à la fin de ses deux années de direction. Le 5 juillet 1974, le général René Mesnard lui succède, accompagné d’un nouveau directeur-adjoint, Rémi Avit. Commence alors une période de six années pendant laquelle l’Académie atteint manifestement un régime de croisière qui satisfait l’ensemble des académiciens et semble agréablement ressenti par le public régional, si on en juge par le succès renouvelé des séances publiques.

Cet équilibre retrouvé tire sa substance du respect des règles établies précédemment et d’un réel talent mondain que le général Mesnard met au service des manifestations de l’Académie. Il se conforme strictement aux statuts, tenant les assemblées générales dans la forme, observant les calendriers avec une rigueur toute militaire et préparant chaque réunion, publique ou privée, à la façon dont autrefois dans les salons la maîtresse de maison avait soin du moindre détail. En ce qui concerne les séances publiques, il sait solliciter le soutien de la presse avec charme, donc avec efficacité, et il imagine des partenariats visant des réunions communes, en compagnie notamment de la Cagouille (ce qui n’aura pas de suite) ou du très actif Lions club de Saint-Jean-d’Angély, ce qui vaudra à l’Académie la fondation d’un prix Antoine Laurent. Quant aux séances privées, elles se transforment peu à peu en un véritable cercle se réunissant volontiers chez chacun des membres, à l’instar des premières invitations lancées par Marie de Butlar à la Charlotterie et par Pierre Fort à Rochefollet. S’établit la tradition d’y donner systématiquement une conférence ou même, plus rarement, d’y jouer de la musique.

Tout prospère à souhait, René Mesnard est réélu directeur deux fois de suite, le 7 mai 1976 et le 27 juin 1978 ; l’Académie en oublie ses tensions et ses problèmes d’identité, elle se félicite même publiquement de n’avoir jamais connu autant de réussite et de pouvoir ainsi distribuer de nombreux prix dans les domaines les plus variés de la production régionale. La seule question délicate, subtilement réglée par le général Mesnard, sera le départ de Maurice Fombeure dont le comportement public se révèle de moins en moins « académique » ; le 4 juillet 1975, l’unanimité se fait sur la décision de s’en séparer par « renoncement volontaire » et d’élire à sa place un nouveau membre, alors que la coutume voulait, depuis la démission refusée de René Guillot en 1959, que le siège restât vacant jusqu’à la disparition de l’académicien. C’est Charly Grenon qui est élu le 7 mai 1976 au 18e siège. Il ne fera évidemment pas l’éloge de son prédécesseur surréaliste, mais celui du très parnassien Gustave Fort.

Le choix de Charly Grenon, auteur de nombreuses études sur le folklore charentais, une des mémoires vives du régionalisme, longtemps rédacteur en chef de la revue de la SEFCO, Aguiaine, dont le succès est alors à son faîte, s’effectue aussi, dans l’esprit du général Mesnard, pour le soutien qu’il apportera à la notoriété de l’Académie grâce à son talent de journaliste à Sud-Ouest. Outre cette élection remarquée de Charly Grenon, le général Mesnard laisse le souvenir d’avoir su renouveler les membres de l’Académie en ayant toujours le souci de l’intérêt de l’institution, y faisant donc entrer des hommes de valeur, susceptibles un jour d’assurer sa direction : il ne s’agit nullement d’une coïncidence si, durant ses six années à la tête de la compagnie, celle-ci se voit successivement renforcée par trois possibles futurs animateurs, Jean Glénisson, Robert Colle et Louis Maurin.