Annie Dumont / Jean-François Mariotti pour Les pirogues médiévales de Taillebourg

Annie Dumont / Jean-François Mariotti pour Les pirogues médiévales de Taillebourg

Rapport Alain Michaud

Dumont-Mariotti

Si les fonds marins avec leurs galions et leurs galères englouties chargées d’amphores ont toujours fasciné le public, celui-ci est beaucoup moins familiarisé avec l’archéologie subaquatique des lacs et des rivières. Il en soupçonne peu la grande richesse dont témoignent les découvertes récentes et médiatisées du grand chaland gallo-romain et de la tête en marbre de César arrachés au Rhône, en Arles.
C’est donc le bilan étonnant de sept ans de travail, dans le cadre d’un projet collectif de recherches dirigé par Annie Dumont et Jean-François Mariotti que l’Académie de Saintonge a, d’enthousiasme, voulu couronner : l’étude des plongeurs et scientifiques porte sur les aménagements portuaires, les embarcations et le matériel d’une extraordinaire richesse révélés au fond du lit de la Charente entre Taillebourg, au vieux pont aujourd’hui disparu, et Port-d’Envaux.
Dans un travail d’une grande minutie et d’une parfaite rigueur scientifique, abondamment servi par des cartes, tableaux, dessins et graphiques, des analyses chimiques et typo-chronologiques, Annie Dumont, Jean-François Mariotti et leurs neuf collaborateurs nous offrent l’histoire et la radiographie des fonds du fleuve, qu’on découvre constellés de barques et d’objets anciens les plus divers ; Pas moins de 15 pirogues taillées pour la plupart dans le chêne et trois épaves assemblées, datées du premier Moyen Age et dont l’une remonte même vraisemblablement à l’Antiquité tardive, ont été répertoriées et étudiées. S’y ajoutent toutes sortes de vestiges d’aménagements portuaires et de viviers à poissons ainsi qu’un arsenal d’armes, d’éléments usuels de travail, de pêche, de parure, des lingots de plomb, de pierres de lest… L’ensemble révèle l’importance et la précocité du site portuaire de Taillebourg : la découverte d’objets d’origine ou d’influence scandinaves permet de reposer la question passionnante d’une base d’implantation viking, soulevée par le regretté professeur André Debord.
Ce travail exhaustif, (étendu jusqu’aux graffiti de bateliers) et que l’on espère voir poursuivi aux environs de Saintes, démontre, quel extraordinaire champ d’exploration les cours d’eau, vecteurs économiques de première importance au Moyen-Age, et en particulier la Charente, offrent à notre curiosité et à notre passion, stimulées aujourd’hui grâce à cette étude rigoureuse, exhaustive, et par là même exemplaire.

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