Valmy et Didier Colus pour Parlez moi d’enfance et de maquis – Croît vif.

Valmy et Didier Colus pour Parlez moi d’enfance et de maquis – Croît vif.

Rapport Jacques Bouineau

 

Deux noms. Une image forte. La vie, version claire. Celle que d’autres rêvent.
Valmy et Didier. Le père et le fils. L’un a la sensibilité, l’autre l’art de dire. Mais ce peut être l’un ou l’autre, ou l’autre ou l’un. A eux deux, ils ont écrit un destin, celui de Valmy, une saga des migrants.
Valmy est né dans une des anciennes capitales de l’Empire romain finissant, Aquileia, Au début du XXe siècle, l’Aquileia de Valmy bruissait de bruits de bottes et les chemises brunes flottaient au vent de la lagune, devenue italienne un po’ prima, un peu plus tôt. Même si, le long des canaux d’Aquileia, on parlait toujours le frioulan. Militant politique engagé, le père de Valmy se dresse. Il ne se soumettra pas. Il résiste. Quitte à prendre des coups. Les coups n’inquiètent pas le père. Mais il y a la mère. Il y a les enfants… Ils sont partis. Chacun porteur de son destin et la famiglia unie autour d’eux : les enfants dans les bagages et les parents du père, qui aidaient à porter les bagages de tous. Quand on par les chemins, que les lieux ne sont pas encore apprivoisés, il ne reste qu’elle : la famiglia.
Valmy y fera son nid, découvrant les paysages de la Saintonge. De cette terre devenue la sienne, et qu’il a plus cultivée que beaucoup de natifs, germera un petit Français. L’école républicaine réussit son œuvre d’intégration. Enfant, Didier a été bercé par les souvenirs et les silences quand son père, par humilité, oubliait de raconter sa guerre, laissant à ceux qui avaient moins fait le soin de combler les vides. Didier a hérité de cette force et de l’amour de la famille. Il a su trouver sans peine les mots pour faire une épopée. Car Didier a un style, un souffle, une exigence dans le choix sémantique qui forcent l’admiration. Il a l’art d’adapter son verbe au paysage. Souvent on ne s’en aperçoit pas. L’évidence coule. Quand on le lit, on est dans le récit. Quand le mot colle à l’idée, l’idée s’envole et le lecteur devient mouvement et intelligence. Flaubert l’avait compris. Il est doux de vérifier que le XXIe siècle héberge des hommes qu’il aurait lus avec bonheur. Même s’ils viennent d’ailleurs.Valmy-Colus

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