Historique


Événements

Une année de l’Académie de Saintonge (2016-2017)

Les Prix de l’Académie de Saintonge 2016 Notre cérémonie traditionnelle a revêtu l’an dernier un caractère insolite puisqu’elle se déroulait … dans un cinéma. Pour cause de travaux en effet, nous avions délaissé le Palais des Congrès pour la salle Jean Gabin ce qui a permis à l’assistance de voir un extrait du film La belle équipe du même Gabin et de reprendre en cœur le refrain : Quand on s’promène au bord de l’eau. La réception par notre collègue Jean Louis-Lucet, ancien ambassadeur de France, de notre nouvel académicien, le professeur Jean-François Girard, conseiller d’État et ancien président de l’Organisation mondiale de la Santé a été un grand moment de notre vie académique. Dans son ensemble, ponctuée d’extraits de films et d’ intermèdes musicaux, la cérémonie a été très rythmée, très réussie et très applaudie jusqu’au traditionnel verre de l’amitié qui réunissait académiciens, spectateurs et lauréats.

Un bon « audimat » Le succès se mesure aussi au public présent. La salle Jean Gabin compte 340 sièges, qui ont été remplis au trois quarts. La brochure de l’Académie, offerte par l’Imprimerie Rochelaise, a été distribuée à 300 exemplaires et déposée comme c’est l’usage à la bibliothèque nationale et aux archives de Charente Maritime à Jonzac. Dans la presse, Les Prix 2016 de l’Académie de Saintonge ont été cités par Sud Ouest, La Charente libre, L’Actualité Nouvelle Aquitaine, la Haute Saintonge, le blog de Nicole Bertin, le journal de Royan et dans les radios par France bleu, Radio terre marine, Demoiselles fm, RCf etc. Enfin le palmarès, a été très consulté sur le site internet de l’Académie supervisé par Pierre Collenot.

L Académie poursuit sa politique d assemblées itinérantes de manière à entretenir ses liens avec les municipalités et les établissements culturels de la région.
En novembre 2016, l’Assemblée générale de l’Académie de Saintonge s’est tenue à Marennes à l’invitation de son maire, M. Mickael Vallet. Le déjeuner académique et la visite de l’église étaient organisés par nos collègues Marc Fardet et Claude Pajany.
En mars 2017, réunion de travail à Rétaud, à l’invitation de Jacques Bouineau chez qui nous avons fêté, autour d’un gâteau aux armes de l’Académie, le 60e anniversaire de notre assemblée. Une jolie façon d’accueillir les nouveaux élus, Didier Colus et Philippe Ravon avant de passer au premier tour de scrutin pour l’élaboration du palmarès.
En mai 2017, L’Académie s’est réunie chez notre collègue Roselyne Coutant Bénier dans sa propriété de La Massonne dont nous avons pu visiter la magnifique réserve écologique. La réunion a été consacrée au dernier tour de scrutin pour le Palmarès 2017.

Deux nouveaux académiciens ont été élus lors de l’assemblée générale du mois de décembre: L’historien et écrivain Didier Colus remplace au 12e siège notre collègue Jean Mesnard, professeur à la Sorbonne, éminent spécialiste de Blaise Pascal, disparu en 2016. Au 24e siège, l’expert en art Philippe Ravon, spécialiste des peintres charentais, a été élu en remplacement de notre collègue écrivain, fondateur des Editions du Croît vif et ancien directeur de l’Académie, François Julien Labruyère qui a demandé à devenir directeur honoraire.

Un nouveau prix : au mois de Mai 2017, Monsieur le Maire de Marennes nous confirme la fondation d’un Prix de la Ville de Marennes adopté par son conseil municipal De telles créations nous font plaisir car elles manifestent le soutien des collectivités de notre région à l’action de l’Académie et nous permettent de la développer.

Panorama de l’année culturelle Saintongeaise en 2017

Discours d’ouverture des Prix de l’Académie de Saintonge 2017 : Marie-Dominique Montel

Directrice de l’Académie de Saintonge

Marie-Dominique Montel Mes chers collègues, mesdames et messieurs les élus, chers amis,

Nous fêtons cette année, le 60e anniversaire de l’Académie de Saintonge. Née en 1957, composée d’une quinzaine de sièges au départ, elle a grandi jusqu’à compter 25 membres élus. Sa croissance, l’Académie la doit à une succession de directeurs formidables : l’écrivain Pierre-Henri Simon qui se partageait entre l’Académie française et l’Académie de Saintonge, la grande dame du patois saintongeais Odette Commandon, l’archiviste Jean Glenisson qui organisa une exposition sur Agrippa d’Aubigné inaugurée par le président Mitterrand. Madeleine Chapsal, auteur de romans succès et l’écrivain et éditeur François Julien Labruyère qui sut faire entrer à l’Académie une grande partie des personnalités de talent qui la composent aujourd’hui.

Au cours de ces 60 ans, l’Académie a évolué. Les palmarès successifs le montrent, notre conception de notre région, de ses talents et de sa culture s’est élargie. L’Académie des premiers temps était tournée essentiellement vers la terre, ses hommes et son histoire. Aujourd’hui, la mer qui borde nos côtes et attire les explorateurs, les poètes, les marins et les vacanciers se reflète davantage dans les travaux que nous primons. Le climat dont on parlait peu, les sciences ou le cinéma ont rejoint nos centres d’intérêt.

Parallèlement, le nombre de prix a augmenté. En 1997, pour le 40e anniversaire de l’Académie, François Julien- Labruyère, jeune directeur de notre assemblée, avait recensé les lauréats primés depuis les débuts : en quarante ans, il y en avait eu 168. En 2007, après avoir mené pendant dix ans une politique très concertée et réussie de développement, il a refait les comptes, on était passé à 122 en dix ans, pas tout à fait autant que pendant les quarante premières années, mais pas loin. L’Académie de Saintonge était bien devenue, comme il l’écrivait, « le jury régional par excellence ». Et nous n’avons pas chômé par la suite puisque nous sommes encore passés de 122 à 155 au cours des dix dernières années.

Examinons ces 155 prix dans le détail. Les ouvrages d’érudition forment la catégorie la plus importante (47 primés en dix ans dont un grand prix), la 2e place revient à la catégorie Patrimoine (27 lauréats) ce qui est dans la tradition de l’Académie. La littérature ne compte que douze primés mais quels primés ! Parmi eux il y a quatre grands prix. La musique et le théâtre : 19 lauréats dont un grand prix. Les beaux-arts au sens large, 13 lauréats dont un grand prix. La nouveauté est venue des sciences qui font une percée remarquable avec 13 primés dont trois grands prix… et du cinéma avec 11 primés dont un grand prix.

Vous le savez, l’Académie de Saintonge est soutenue dans son action par des mécènes publics et privés. Je tiens à remercier le département de Charente-Maritime qui nous épaule depuis toujours. Un très grand merci aussi à la ville de Royan qui nous aide vraiment beaucoup et nous accueille ici, au Palais des Congres, et puis merci aux collectivités locales, associations ou personnes privées qui financent les prix que nous distribuons. Vous allez découvrir, dans ce palmarès 2017, une nouveauté : le Prix de la ville de Marennes, dont je salue la création. C’est encore une ville de Saintonge qui rejoint le cercle des mécènes qui permettent à nos prix d’exister.

J’aime parler des académiciens et de l’Académie devant un public de choix. J’ai de l’entraînement : j’ai été reçue récemment sous la coupole, non pour entrer à l’Académie française mais pour rencontrer sa secrétaire perpétuelle, Hélène Carrère d’Encausse. C’était enrichissant : au-delà des différences de taille, d’ancienneté, de prestige (critères selon lesquels nous sommes évidemment plus modestes), les académies de France partagent un même esprit et un même objectif de défense et d’illustration de la culture. Et de ce côté-là, notre petite Académie de Saintonge n’est pas en reste.

D’ailleurs, nos fonctionnements sont proches. Madame Carrère d’Encausse me disait comment le Grand prix de l’Académie française était choisi parmi les suggestions des académiciens qui soumettent à leurs collègues les lectures qui les ont enthousiasmés et leurs découvertes de la saison. Eh bien, voyez-vous, l’Académie de Saintonge ne procède pas autrement. Nos réunions de travail consistent en présentations et en discussions des mérites des lauréats potentiels. Etre académicien ce n’est pas un métier ; les membres de l’Académie ont par ailleurs des activités prenantes et passionnantes . Ce n’est pas un métier mais, croyez-moi, il y a de l’ouvrage ! C’est pourquoi deux nouveaux élus ne seront pas de trop pour nous prêter main forte, Nous sommes heureux d’accueillir Philippe Ravon, et Didier Colus qui sont reçus officiellement aujourd’hui à l’Académie.

Cette année nous récompensons quinze personnalités de talent, quinze « Charentais que le monde nous envie« . Mesdames et messieurs, chers amis, je déclare ouverts ces Prix de l’Académie de Saintonge 2017.

Réception de Didier Colus au 12e siège de l’Académie

Discours de présentation par Jacques Bouineau

Jacques Bouineau Enchaînés sur leur rocher, tournant le dos à la lumière, les hommes de la caverne de Platon regardent passer les ombres. Pour affronter la lumière, il faut se détacher des illusions, se tourner vers l’essentiel et oser emprunter les chemins de traverse. Didier Colus est de ceux qui ne se contentent pas des ombres projetées.

Son parcours est une symphonie qu’il ne cesse de composer dans la rigueur, en harmonie avec ceux à qui il la destine. C’est en effet une de ses caractéristiques majeures de ne rien accomplir qu’il ne le destine à quelqu’un. La première entreprise littéraire de Didier Colus traduit ce mouvement. Les chemins de Jérusalem et Les poulains du royaume ont été écrits avec celui à qui, quand il avait dix ans, il expliquait les étoiles du haut de ses quatre ans de plus.

En effet, le nouvel académicien de Saintonge fait partie de ces hommes trop rares de nos jours qui ne se détournent ni de leurs combats, ni de leurs convictions, ni de ceux qu’ils ont choisis accompagner pour leur bout de chemin. Attaché à la langue française, lui le descendant d’immigrés a conservé de sa culture d’origine le sens de la gens, dont la cohésion ne peut être que si chacun des membres s’y trouve solidairement responsable, comme on dit en droit. Cette fidélité à la structure jalonne son parcours et nul doute que l’Académie de Saintonge ne soit pour lui désormais un des repères de son environnement, aussi infrangible que les précédents, car le nouveau ne chasse pas chez lui l’ancien ; il l’accomplit.

Cette disposition intérieure qui est la sienne va bien au-delà d’une simple qualité morale; elle se double des qualités d’un vrai maître, comme on en connaissait dans les corporations : celui qui excellait dans son art tout en respectant autrui.

Il a mené avec son père une de ces aventures que les enfants rêvent de vivre avec ceux qui leur ont permis d’advenir. Parlez-moi d’enfance a séduit l’Académie de Saintonge par la puissance du récit et la qualité de l’écriture. Quand l’intégration est réussie et que la famille l’est aussi, les hommes qui portent tout cela méritent, en effet, d’être distingués. En leur offrant cette distinction, l’Académie a rendu respect pour respect.. « L’estime des gens que l’on méprise ne renvoie qu’au mépris qu’on se porte à soi-même », comme l’a écrit Didier Colus, étranger qu’il est aux compromissions. En revanche, la reconnaissance de ceux qu’il reconnaît et qui sont désormais ses pairs lui donnent l’occasion d’exercer sa générosité.

Fidèle par exigence, respectueux par maîtrise de soi, notre nouveau collègue est aussi et plus encore peut- être un passeur.

Professeur exceptionnel, il a marqué des générations d’élèves, inflexible avec tous, il accompagnait chacun au palier supérieur, puis à l’autre et au suivant transformant les cancres en médiocres, les médiocres en passables, les passables en bons, les bons en excellents, brûlant même quelquefois les étapes… Il ne réussissait jamais tant que dans l’aridité de la grammaire, dont ses élèves faisaient des guirlandes. Son secret ? Une empathie dont tous ceux qui l’approchent peuvent prendre la mesure. Il comprend d’un regard, trouve la faille, offre son bras, son intelligence et ses mots. Lui qui n’est pas croyant possède la rigueur d’un directeur de conscience, l’abnégation d’un prêtre, la générosité d’un confesseur. Il dira qu’il est un laïc, simplement, et que la laïcité ne s’arrête pas aux articles de L’Ecole libératrice qui a bercé son enfance, à lui qui a appris à lire tout seul au fond de la classe de sa mère.

Cette générosité, cette écoute sont d’autant plus grandes qu’il en nourrit les institutions qui l’accueillent, et l’Académie a en ce jour bien de la chance, car moi qui chemine à ses côtés depuis cinquante-sept ans, je n’en ai encore pas fait le tour. Sans doute parce que sa culture me fascine encore. Nous n’avons plus guère, aujourd’hui, d’exemplaires de ce que le XVIIe siècle appelait l’« honnête homme ». Didier Colus est de ceux-là. Il apporte la touche qui manque quand on cherche l’image, l’allitération, la correspondance entre le mot et le contexte, dans un environnement précis, lui fût-il tout à fait étranger. Ainsi a-t-il nourri la traduction des mémoires de Hampel, que l’Académie a également primés en son temps, sous le titre J’occupais Royan, publié par le Croît Vif. Il possède un talent dont on ne se lasse pas : il sent les mots. Et tout ce qui semblait complexe devient limpide ; on se sent intelligent après l’avoir entendu nous expliquer quelque chose.

Un long chemin à ses côtés permet de l’affirmer : il est pour chacun de ceux qui partagent son monde le nautonier grâce à qui le port devient visible. Dans ce périple, chacun est à sa place et tous jouent un rôle unique ; il est, lui, un et multiple. Je me souviens d’un jour – il devait avoir une vingtaine d’années et moi déjà quatre de moins. -, il m’a avoué qu’il regrettait de ne pas posséder l’ubiquité. J’ai compris bien plus tard que beaucoup souhaitaient posséder cette qualité pour prendre ; lui la désirait pour donner. Quand il a participé aux Canons de l’Hermione, il n’a rien fait d’autre que de faire revivre un monde à partir d’un fût de canon, ou de plusieurs. Agencer, suum cuique tribuere, comme on disait en droit romain – « attribuer à chacun ce qui lui revient » -, être partie prenante d’une aventure collective, celui que l’Académie accueille aujourd’hui sait admirablement le faire. Peut-être parce qu’à la capacité de donner qui est la sienne s’ajoutent ces deux autres principes de base du droit romain : honeste vivere – vivre de manière honnête – et non lœdare – ne pas tromper. Ces fondements du droit romain, issus de la philosophie d’Aristote, s’efforcent de demeurer la base de notre société et de notre droit, et sont à coup sûr l’épine dorsale de notre nouvel académicien. Il n’a pas trop de mérite : sa famille est originaire d’Aquilée, qui fut, un temps, capitale de l’Empire. Mais là où il en a, du mérite, c’est en nous permettant à tous de comprendre que l’estime des gens que l’on respecte renforce le respect que l’on se porte à soi-même.

Discours de réponse de Didier Colus

Didier Colus Il y a peu, accompagné d’un académicien de mes amis, je déambulais à la Bibliothèque nationale de France, au milieu de la belle exposition « Pascal, le cœur et la raison ». Non que je sois un fervent de cet homme universel, mon XVIIe à moi est plutôt celui de Racine, de La Fontaine et de Descartes. Mais vous veniez de m’élire à votre académie, sur le siège qu’occupait Jean Mesnard, le meilleur de nos érudits pascaliens.

Une arrière-salle présentait en boucle l’ensemble des émissions consacrées par la télévision à Pascal depuis 1952… J’entrai. Et là, sur l’écran, me parlait l’homme que je n’avais jusqu’alors rencontré qu’en habit vert et épée au côté : le savant bienveillant de 1962 évoquait le génie absolu de 1662, comme s’il se fût agi d’un intime qui venait de mourir. Je dis « me parlait » parce que j’étais seul face à lui, comme lui était seul face à Pascal.

Confronté à ces deux géants, à cet amusant clin d’œil de la coïncidence, j’ai ressenti une intense humilité, dans tout ce qu’elle peut avoir de profond et de nourricier. Moi, j’allais m’asseoir là où ce grand monsieur s’était assis, même si la notion de fauteuil relève à l’académie plus de la notion idéale que de la réalité concrète…

La carrière de Jean Mesnard a été si souvent retracée, notamment dans le bel hommage rendu l’an passé par notre directrice, que je ne voudrais en souligner ici que quelques traits.

Normalien, agrégé de Lettres, docteur ès Lettres avec une thèse d’Etat intitulée Pascal et les Roannez, Jean Mesnard suit le parcours brillant d’un universitaire au sens plein du terme, dans les postes qu’il occupe à l’université, les conférences qu’il donne, dans les sociétés savantes qu’il anime ou préside (telles la Société des Amis de Port-Royal ou la Société d’Etudes du XVIIe siècle), dans les décorations qu’il reçoit ou dans les académies qui l’accueillent (Académie des Sciences morales et politiques, Académie de Bordeaux, Académie de Saintonge).

Pour accéder à Pascal, l’objet de la recherche de toute sa vie, Jean Mesnard dut souvent « se faire mathématicien, physicien, ingénieur, urbaniste, philosophe, historien de la littérature, critique littéraire et théologien, » comme dit Philippe Sellier. Il laisse notamment l’édition des Œuvres complètes de Pascal, hélas inachevée quoique monumentale, des centaines d’articles, le souvenir d’innombrables conférences et communications, d’un bout à l’autre de la planète. Beau symbole, il offre la dernière à Catane, au Centre de Recherches sur Pascal et le XVIIe s., qui lui doit beaucoup.

Au-delà de l’œuvre immense, c’est la démarche unique que je veux souligner. En vrai disciple de Pascal, pour qui rien ne pouvait être admis qui ne fût vérifié par l’expérience, il incarne cet idéal d’honnête homme aux savoirs multiples tirés de l’observation du détail.

La qualité humaine de Jean Mesnard ne le cédait en rien à son érudition. D’humeur toujours égale, chaleureux, humaniste, ce professeur sert sa patrie (il s’engage dans la Seconde Guerre mondiale à 23 ans), sa famille (il se marie l’année de l’agrégation et son épouse, normalienne comme lui, lui donnera cinq enfants), ses élèves, qu’il tance sans arrogance, flatte peu, mais soutient toujours. Il sert la science avec fidélité : ainsi est-il resté pendant soixante ans membre de la Société de Port-Royal.

Voilà bien des qualités réunies chez un seul homme ! Comment s’étonner dès lors que ses savants collègues, tous plus ou moins ses disciples, soient accourus du Japon, d’Italie et d’ailleurs pour fêter ses 90 ans dans le grand salon du rectorat de Paris et aient coulé dans le bronze leur admiration pour le maître : un beau disque de la Monnaie de Paris l’unissant à jamais au philosophe du XVIIe.

C’est cet érudit affable et modeste, si joliment évoqué sur son site par Nicole Bertin, que vous avez fréquenté avec bonheur depuis 1994. Né à Champagnac en 1921, il est demeuré, toute sa vie, attaché à cette province qui l’avait vu naître, parce que sa mère ne concevait pas de mettre au monde ailleurs qu’au pays natal. Il y revenait aussi souvent que possible, restaurant une maison où il comptait achever à l’ordinateur son grand œuvre. Il trouvait dans la campagne un sens véritable aux choses et pensait qu’il existe deux catégories d’hommes : ceux qui ont l’expérience concrète de la terre et les autres. Cette expérience, il l’avait vécue au cours de la guerre, alors que, les hommes ayant déserté le village, il lui avait fallu redevenir paysan. Sensible à l’harmonie en toute choses, c’était aussi un passionné de musique, membre par exemple du comité d’honneur du Festival de Saintes.

En m’offrant ce 12e siège, vous me faites, après celui que je viens d’évoquer, successeur de Maurice Hugot, qui découvrit Sagan en 1954 ; du grand philologue saintongeais Raymond Doussinet qui nous a laissé une véritable anthologie du parler de chez nous. Et surtout, du cher Robert Colle, qui a été la lumière de mes années-lycée ; celui qui, outre le goût de la préhistoire et la passion de la découverte, a éveillé en moi le bonheur de savoir, le plaisir de rêver et le désir de raconter.

Comment ne serais-je pas singulièrement ému de retrouver, en même temps que 24 collègues savants et bien vivants, ces ombres précieuses du passé ?

Être des vôtres est certes un honneur, mais c’est surtout et avant tout un enrichissement, car s’ouvrent de nouvelles possibilités d’action en faveur de tout ce qui me tient à cœur, de la mise en valeur de notre patrimoine à la qualité de l’écriture, de la promotion de l’inventivité à la quête du talent d’autrui.

Pour, peut-être – soyons fou ou orgueilleux – apporter une pierre, si humble soit-elle, à l’édifice immense de notre patrimoine de Saintonge. Mais je m’arrête là, car, comme l’a écrit le grand Pascal, si vous voulez qu’on croie du bien de vous, n’en dites point…

Didier ColusLe palmarès 2017 de l’Académie de Saintonge

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Le quatuor Bocalise

Prix de la Mer – Aquarium de La Rochelle

Le quatuor Bocalise

Rapport : Pierre Dumousseau

Le quatuor BocaliseLa partie du saxophone située entre le bec et le corps de l’instrument se nomme le « bocal ». Le pas était donc facile à franchir pour un jeu de mot et la création de « Bocalise » ! Derrière ce terme astucieux se cache, un quatuor de saxophonistes amateurs issus des écoles de musique de Puilboreau, de Surgères et La Rochelle. Quatre musiciens donc, Eric Drapier au saxo soprano, Milo Pradeau au saxo alto, Bernard Chatagneau au saxo ténor et Valentin Chauveau au saxo baryton. C’est Eric Drapier qui, entre deux interventions chirurgicales, se charge de « farfouiller » les entrailles des partitions de Mozart ou de Chopin pour proposer des arrangements musicaux adaptés aux saxophones.

Mais Bocalise ne se cantonne pas dans le « classique pur et dur » ; leur répertoire vagabonde allègrement du côté du jazz, du negro spirituals ou encore de la musique « latino » (paso, rumba, tango).

Ils ont commencé à se produire dans divers festivals : à Puilboreau, au Festival de La Charrette Bleue à Saint-Germain-de-Marencennes, au Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle, pour l’inauguration d’une exposition de fossiles, au Festival de Jazz de La Rochelle, au Musée du Mans dans le cadre de La Nuit des Musées et à Thairé d’Aunis. Toujours à titre bénévole et par seul amour de la « chose musicale…» d’ailleurs c’est avec la recette inattendue d’un premier « chapeau » qu’ils ont pu s’offrir les superbes cravates qu’ils arborent fièrement aujourd’hui ! C’est cet esprit « amateur talentueux » que l’Académie tient à récompenser et promouvoir aujourd’hui par ce prix.

Mais écoutons-les plutôt nous présenter un court échantillon de leur talent avec ce « mezze » de musique jazzy, classique et chanson française… à vous de reconnaître qui est qui ?

P.S. : Sachez qu’on peut les joindre sur leur adresse mail : quator.bocalise@gmail.com

Michel Guillard, pour « L’Encyclopédie du cognac »

Prix Dangibeaud

Michel Guillard pour « Encyclopédie du Cognac » (Yvelinédition)

Rapport : Jacqueline Fortin

Michel Guillard - L'Encyclopédie du cognacDans cette collection, c’est la deuxième encyclopédie mais la première pour le cognac « liqueur des dieux » selon Victor Hugo.

Cette encyclopédie « de la célèbre eau-de-vie du monde » est un beau grand livre à la couverture noire qui rappelle le torula, champignon des chais de cognac.

Ce livre aux trois-cent-trente-six pages et au prix imbattable de 39 euros, pèse tout de même trois livres… ! Il a été tiré à quatre-mille-cinq-cents exemplaires. Une cinquantaine de personnalités aux parcours variés ont collaboré à cet ouvrage. Les lettrines à la craie blanche sur fond de barrique qui annoncent les différentes parties sont des plus réussies ainsi que les dessins stylisés.

Il y a différents niveaux de lecture qui permettent « des petites lampées » coume peur boére le cougnat ! Une centaine d’articles classés par ordre alphabétique sont entrecoupés par des entretiens, des chroniques, des morceaux choisis « qui viennent tempérer l’ardeur du savoir » et qui forgent l’identité charentaise. Quarante bibliographies sur le cognac assurent la continuité.

Il ressort de ce livre une grande modernité, car il a été nécessaire d’actualiser, de dépoussiérer. « Le cognac est un fleuron multiséculaire du patrimoine français, vivant, renouvelé en permanence ».

Mais il y a, selon Michel Guillard « bien des choses encore à apprendre de cette belle eau-de-vie ».

André Rousselot, pour la restauration du château de Saint-Jean-d’Angle

Prix du patrimoine – Jacques et Marie-Jeanne Badois

André Rousselot pour la restauration du château de Saint-Jean-d’Angle

Rapport : Christine Ponchalon

André RousselotIl a fallu deux décennies de travail pour que le château de Saint-Jean-d’Angle échappe à la ruine complète.

Lorsqu’on le découvre au bout d’un chemin de campagne, on se croirait revenu dans un roman de Walter Scott. C’est un vrai château-fort, en miniature, avec murailles, fossés, donjon, posé au milieu des champs.

Un château de poche, primitif et original dont les premières mentions datent de 1180. Il protégeait alors six mille hectares de marais salants : l’or blanc qui enrichissait le seigneur d’alors, Guillaume de Lusignan.

Sons système définitif efficace lui permettait de soutenir vaillamment un siège.

Le propriétaire André Rousselot poursuit l’œuvre de son père et s’emploie à le faire vivre avec des parcours découverte de la vie au Moyen-Âge : sur les remparts, la salle des gardes, le cul de basse fosse.

Au mois de février dernier un début d’incendie a bien failli mettre à mal le bâtiment. Heureusement il a été circonscrit sans faire de dégâts irréparables.

La qualité de la restauration a été primée par les VMF et a reçu le prix Europa Nostra.

Pierre Péronneau pour « Le Boutillon de la Mérine »

Prix Madeleine La Bruyère

Pierre Péronneau pour le magazine internet « Le Boutillon de la Mérine »

Rapport : Pierre Dumousseau

Pierre PéronneauAsteure, nout’ Académie accueille ine houm’ conséquent. I l’est pas en retard, et peurtant « ol ‘é dans son tempérament », coum’ disait son défunt grand’père, un çartain Evariste Poitevin – alias Goulebenèze… notre immense, incontournable et irremplaçable barde saintongeais.

Pierre Péronneau – alias Maît’ Piâr – est donc son petit-fils. Après quelques infidélités territoriales pour cause d’études et de travail dans le monde de la banque il est revenu au pays revivifier la mémoire de son aïeul et participer à l’écriture du livre Goulebenèze, le Charentais par excellence, avec notre ami et collègue académicien Charly Grenon. Ouvrage primé par l’Académie de Saintonge.

En 2012, il se lance dans l’aventure du Boutillon, le premier magazine internet consacré à la Saintonge et à la langue saintongeaise. Le premier numéro comportait 5 pages et recevait une centaine de visiteurs. Cinq ans plus tard, le dernier numéro comporte 25 pages et reçoit la visite de plus de 50 000 visiteurs du monde entier (Canada, Thaïlande, Afrique du Sud et Deux-Sèvres !).

On y trouve tout ce qu’un boutillon peut contenir ; des textes didactiques sur la langue, des histoires en français ou en patois, des témoignages, des jeux, de l’archéologie, des infos sur les spectacles ou animations en Saintonge, et, en plus, cerises sur le gâteau : les dessins de Lucazeau et des vidéos sonores.

Par ce prix Madeleine La Bruyère, nous tenons à remercier Pierre Péronneau pour cet important et essentiel travail patrimonial, à l’encourager – ainsi que toute son équipe de collaborateurs (dont son fils Benjamin, le webmaster du site) – afin qu’ils continuent à célébrer notre province… et puis surtout, à vous inciter à aller découvrir le site du Boutillon et, pourquoi pas, à l’enrichir par vos réflexions, vos remarques, vos humeurs ou vos histoires. Merci Pierre.

Association Trains et traction pour la restauration des locomotives et wagons du Train des mouettes

Prix de la communauté d’agglomération Royan-Atlantique

L’Association Trains et traction pour la restauration et l’entretien du matériel du Train des mouettes

Rapport : Christine de Ponchalon

Association Trains et traction pour la restauration des locomotives et wagons du Train des mouettesL’association Trains et traction a pris en main la destinée du Train des mouettes en 2008.

Depuis 1984, date à laquelle a circulé la première rame, plusieurs exploitants se sont succédés pour aboutir à un arrêt d’exploitation en 2007.

Trains et traction, composée de bénévoles formés à la conduite et à la sécurité fait donc rouler aujourd’hui le Train des mouettes de mai à fin septembre avec une circulation quotidienne en juillet et août.

Le bâtiment du dépôt-atelier de Chaillevette a été agrandi en 2015. À ce jour, il abrite quatre locomotives à vapeur, dont trois classées Monument Historique, six locomotives diesel, deux autorails et une draisine. Vingt-deux voitures-voyageurs et autant de wagons, dont quatre classés Monument Historique.

C’est un travail colossal que d’entretenir ce parc de matériel. Ce ne sont pas des modèles réduits. Ils tiennent beaucoup de place et demandent des compétences variées et très pointues.

Jean-Michel Lacroix, pour « Histoire du Canada. Des origines à nos jours »

Prix Champlain

Jean-Michel Lacroix, pour « Histoire du Canada, des origines à nos jours » (Ed. Tallandier)

Rapport : Marc Fardet

Jean-Michel LacroixVotre brillante carrière universitaire et vos publications n’ont pas manqué d’attirer l’attention des académiciens. En voici les principales étapes : agrégé d’anglais au Lycée Pierre Loti de Rochefort en 1968-1969, assistant professor au département d’anglais de l’Université Laval à Québec, docteur d’Etat ès lettres à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, professeur à l’Université de Bordeaux 3 (UFR d’études des Pays anglophones) et à l’Université de Paris 3 (Institut du monde anglophone). Depuis 2011, professeur émérite de civilisation nord-américaine – études canadiennes à Paris 3. Depuis 2016, vice-président du Conseil scientifique de l’Institut des Amériques. Recteur-chancelier des Académies de Besançon, Aix-Marseille et Orléans-Tours et directeur général du CNED. Vous avez dirigé 250 mémoires de maîtrise/master et 45 thèses, et participé à 45 jurys de thèse.

Spécialiste des questions d’immigration en Amérique du Nord, vous avez publié plus d’une centaine d’articles et une vingtaine d’ouvrages, dont votre Histoire des États-Unis, qui en est à sa 5ème édition, et votre récente Histoire du Canada chez Taillandier, qui a obtenu le Prix Champlain. Vous nous y peignez un tableau très complet de ce pays qui, sous l’Ancien Régime, a vécu en lien étroit avec Rochefort jusqu’au traité de Paris de 1763. En témoignent notamment les archives du Service historique de la Défense à Rochefort. Vous y étudiez aussi de façon très approfondie l’histoire politique des périodes suivantes, notamment l’avènement de la Confédération à partir de 1864.

L’association des Amis du musée de Fouras

Prix Louis Joanne

L’association des Amis du musée de Fouras

Rapport : Philippe Ravon

Association des Amis du musée de FourasL’Académie de Saintonge a choisi de remettre cette anée le prix « Louis Joanne » aux membres de l’association des Amis du Musée de Fouras pour l’exemplarité de leur action.

Le Musée régional de Fouras a été créé par l’Association en 1956, à partir de collections auparavant réunies dans un petit musée historique et ethnographique, constitué par quelques érudits locaux. Régulièrement enrichies, ces collections sont conservées dans le cadre du Fort Vauban, monument historique parfaitement restauré.

Cette association est exemplaire pour le partenariat réussi qu’elle a su inventer et faire évoluer au fil du temps avec la ville, et qui a pris la forme d’une convention signée en 2001.

Alors que la plupart des associations d’amis des musées ont donné toutes leurs collections à ces derniers, les amis du musée de Fouras sont, eux, toujours propriétaires des œuvres et d’un important fonds documentaire, et travaillent en étroite collaboration avec l’équipe scientifique, sous la responsabilité de Benoît Lacoste.

Tous les membres du conseil d’administration participent quotidiennement à la vie du musée et systématiquement à tout événement susceptible de mettre en valeur ce précieux patrimoine.

Ce mode de fonctionnement atypique est très intéressant, à l’heure où certaines municipalités trouvent trop lourde la charge des musées.

Nos félicitations aux membres du bureau de l’association : Didier VEDRENNE, Président – Serge LACOSTE, Vice-président – Jean-Pierre BAUDELET, Secrétaire – Dominique CHATENET, Secrétaire-adjoint – Jany PERDRIAUX, Trésorier.

Frédéric Clément, pour « Métamorphoses »

Prix de la Ville de Saintes

Frédéric Clément, pour « Métamorphoses » (Ed. Seuil jeunesse)

Rapport : Roselyne Coutant-Bénier

Frédéric ClémentFrédéric Clément, né à Saintes en 1949, est écrivain et illustrateur.

Il a illustré plus d’une soixantaine de livres pour la jeunesse qui lui ont valu des prix internationaux, à la biennale de l’illustration à Bratislava en 1983 et à la Foire du livre de jeunesse de Bologne en 1996.

Selon les années, Frédéric Clément partage sa création entre des albums destinés à la jeunesse – texte et illustrations – et des romans pour un public adulte où il conjugue ses propres textes et ses illustrations.

Ainsi, au printemps 2007, il publie Grains de beautés, et autres minuties d’un collectionneur de mouches, roman chez Actes Sud, et Le Paradisier, roman aux Éditions Le Castor Astral en 2010.

Depuis 2009, il crée plusieurs albums jeunesse aux Éditions Albin Michel : Bashô, le fou de poésie, sur un texte de Françoise Kérisel (recommandé par le ministère de l’Éducation Nationale), Botanique circus (2011), Lubie (2012), Monsieur Ravel rêve sur l’île d’Insomnie (2013), conte musical écrit, raconté et illustré par Frédéric Clément, Livre-CD aux Éditions Didier Jeunesse, Auriez-vous ça ? (2015) aux Éditions Albin Michel, et Métamorphoses (2015) aux Éditions du Seuil. Je vous laisse admirer un extrait de METAMORPHOSES texte et dessins

Depuis l’automne 2015, il dirige et anime la galerie qu’il a créée, « La Cachotterie, galerie d’arts minuscules », située à Cachan (Val-de-Marne). Je vous conseille d’entrer dans son monde sur son site : http://www.lacachotterie.com

Claude Monneret, découvreur de nouvelles molécules en cancérologie

Prix de l’innovation – René Coutant

Claude Monneret, pour ses découvertes de nouvelles molécules en cancérologie

Rapport : Jean-François Girard

Claude MonneretEn 2017, c’est l’œuvre d’un grand scientifique que l’Académie de Saintonge reconnaît par l’attribution du prix de l’innovation – René Coutant. Issu d’une famille saintongeaise, Claude Monneret garde de nombreux souvenirs de son enfance passée dans la région, y compris ceux des terribles bombardements qui ont frappé ses proches à Saintes, lorsqu’il a six ans, en août 1944.

Après la guerre, la vie parisienne reprend son cours, marquée par des études brillantes qui le conduisent au Diplôme d’Etat de Pharmacie à 23 ans, complété par une thèse de sciences soutenue à Orsay. Il est reçu au concours de l’internat des Hôpitaux de Paris puis il entre au CNRS dont il gravira tous les échelons jusqu’à celui de Directeur de recherche de 1ère classe. Il a consacré sa carrière, d’abord à la faculté de Pharmacie puis à l’Institut Curie, à l’étude de molécules naturelles ou de synthèse susceptibles d’avoir un pouvoir thérapeutique en particulier anti-tumoral. Il a été un membre actif de la Société de Chimie thérapeutique qu’il présidera en 2001-2002.

Auteur de plus de 200 publications, titulaire d’une vingtaine de brevets, lauréat de plusieurs prix et distinctions, Claude Monneret aura l’honneur de présider en 2016 l’Académie nationale de Pharmacie.

Au cours de ces dernières années, Claude Monneret s’est attaché à rendre la science accessible au plus grand nombre en rédigeant trois ouvrages sur les hasards de la découverte qu’on nomme sérendipité, sur l’institution qu’est le prix Nobel et sur les progrès thérapeutiques sous les Trente Glorieuses.

Olivier Desgranges, pour « Papiers d’Océanie, le fonds Lesson »

Prix de la Ville de Rochefort

Olivier Desgranges pour « Papiers d’Océanie – Le fonds Lesson » (Ed. Les Indes savantes / Le Croît vif 2016)

Rapport : Alain Quella-Villéger

Olivier DesgrangesAprès avoir exercé dans différentes bibliothèques parisiennes, Olivier Desgranges est devenu directeur de la médiathèque de Rochefort en 2010. S’il n’avait auparavant aucune attache avec le pays charentais, le moins qu’on puisse dire est qu’il est devenu, selon ses dires, « un parfait exemple d’immigré ou d’acclimaté » !

Son travail comme commissaire d’expositions en témoigne, de 2011 à 2016 : de La fabrique de l’exotisme – P. Loti et ses illustrateurs à La Rochelle, Rochefort, villes coloniales, des Impressions du Grand Siècle. Les débuts du livre à Rochefort à Le signe et l’image – Peintures et calligraphies chinoises. En collaboration avec Claude Margat — poète que nous avons honoré ici même en 2013.

Et le prix de Rochefort que nous avons le plaisir de lui remettre est une parfaite illustration de cette démarche plurielle, nourrie d’un régionalisme savant résolument ouvert sur le monde. Il s’agit de l’exposition de 2014 et du livre-catalogue paru en 2016 : Papiers d’Océanie – Le fonds Lesson : bibliothèques, archives et objets. Les frères Lesson ! René-Primevère, l’aîné, navigua autour du monde avec Duperrey ; son frère cadet Pierre-Adolphe sur l’Astrolabe de Dumont d’Urville, dans le Pacifique sud. Le fonds original des papiers d’Océanie conservé à la médiathèque de Rochefort et laissés par ces naturalistes, l’un pharmacien, l’autre médecin de Marine, révèle d’exceptionnels dessins au caractère anthropologique pionnier, et fort beaux.

Merci aux frères Lesson et à Olivier Desgranges de rappeler à notre mémoire ces aventuriers, « inventuriers » et
« inventairiers » dont Rochefort eut le secret…

Jean Marie Gilardeau pour son œuvre sur la sauvegarde des marais

Prix de la Ville de Marennes

Jean-Marie Gilardeau, pour l’élaboration du dossier de classement du marais de Brouage

Rapport : Roselyne Coutant-Bénier

Jean Marie GilardeauJean Marie Gilardeau est né dans le marais de Saint-Agnant, Maître de conférences à l’Université de Poitiers spécialiste de droit rural, de droit de l’environnement, il enseigne aux futurs notaires jusqu’à sa retraite. Engagé depuis de nombreuses années pour la sauvegarde des marais de Saint-Agnant / Saint-Jean-d’Angle dont il est président, Jean-Marie Gilardeau a permis de trouver un accord entre les différents usagers du marais. Ainsi il a pu mener à bien la réhabilitation du canal de Broue, poumon indispensable du marais de Brouage, ancien Golfe de Saintonge, puisqu’il dessert toute l’eau dont a besoin un milieu humide.

Président de la Fédération Nationale des associations syndicales de marais. Il préside le comité d’orientation scientifique et technique du Forum des Marais Atlantiques. Il participe à des tables rondes dont voici quelques thèmes : « Partager plutôt que compenser : l’exemple du marais de Brouage » organisé par l’Association Nationale de développement des espaces ruraux, « Pour une exception agricole, l’exemple du marais de Brouage », « sortons l’agriculture du salon » organisé par la revue l’Alimentation générale avec le soutien de Michel Serre.

Enfin il a motivé les élus concernés par ces zones humides de faire une demande de création d’un parc naturel régional réunissant les marais de Brouage, de Rochefort et de la Seudre.

Pierre Barthélémy, journaliste scientifique, blog « Passeur de sciences »

Prix de la Ville de Royan

Pierre Barthélémy, journaliste scientifique au Monde, blog « Passeur de sciences »

Rapport : Jean-François Girard

Pierre BarthélémyEn distinguant, par le prix de la Ville de Royan, Pierre Barthélémy, l’Académie de Saintonge distingue un journaliste, pas un scientifique. Mais un journaliste dans le domaine des sciences qui le passionne depuis très longtemps. À onze ans, il reçoit un microscope et un peu plus tard une lunette astronomique lui permettant ainsi de s’intéresser à l’infiniment petit comme à l’infiniment grand. Aussi, devenu journaliste au journal Le Monde, Pierre Barthélémy anime la rubrique scientifique remarquant qu’en science, il n’y a pas beaucoup de « scoop » et que le journaliste scientifique est un solitaire tant ses collègues ignorent tout de la science. Devenu rédacteur en chef de Science et Vie, il revient rapidement au Monde pour y tenir un blog dont la réputation n’est plus à faire.

Ainsi le grand mérite de Pierre Barthélémy est de militer pour rendre la science accessible et compréhensible par le plus grand nombre afin de permettre à nos contemporains de comprendre les questions aussi essentielles que les énergies, le climat ou encore les OGM et les cellules souches. Ce souci porte aussi bien sur le produit de la science, c’est-à-dire la connaissance, que sur la démarche scientifique qui peut conduire à des recherches inattendues ou saugrenues. En science, l’humour et la rigueur semblent faire bon ménage.

Son port d’attache est Cognac. Mais Pierre Barthélémy ferait certainement sienne la maxime de Pascal et de tous les marins : le centre du monde est partout !

Allain Glykos pour les pages charentaises de son œuvre littéraire

Prix de la communauté de communes de Haute Saintonge

Allain Glykos pour Cinq petites solitudes (2017), La Signature (2011) et autres pages charentaises de son œuvre littéraire

Rapport : Alain Quella-Villéger

Allain GlykosLes éditions Le Croît vif ont publié il y a quelques années un fort utile et bienvenu ouvrage collectif intitulé Migrants et immigrés en Poitou-Charentes. Les Grecs en sont absents et pourtant Allain Glykos, fils d’immigré, illustre parfaitement par son parcours de vie, d’origine et création littéraire cette solidarité qui m’est chère entre identité de terroir et frontières poreuses, chacune nourrissant l’autre inextricablement.

Né en 1948 à Bordeaux, fils d’exilé grec, un ouvrier agricole venu d’Anatolie, et d’une paysanne charentaise de Marans, Allain Glykos réunit dans son œuvre aussi bien la Crète où vécut son père que l’île d’Oléron où il possède une maison (à Dolus) et surtout où il situe son récit drôle et pertinent, La Signature. Et il a passé de nombreuses vacances chez un oncle à Chepniers, près de Montendre.

Cette dernière agglomération du sud de la Haute-Saintonge suffirait, s’il en était besoin, à justifier le prix que nous lui remettons aujourd’hui, mais il prend sens géographique parce qu’il récompense une œuvre qui se construit à mi-chemin de ports atlantiques comme La Rochelle et Bordeaux (il ne s’agit évidemment pas ici d’en occulter Vourla, Le Pirée et toute généalogie hellénique).

Dans la vingtaine d’ouvrages publiés par Allain Glykos, le pays charentais creuse en effet un sillon, aussi bien dans Aller au diable, où les lieux non explicitement nommés font écho aux marais rochefortais, que dans son tout dernier ouvrage, qui sort ce mois même : Cinq petites solitudes. L’un des récits nous apprend que « La Charente était le bout du monde, la dernière escale en terre domestiquée avant le Grand Nord. »

Pour beaucoup d’écrivains, de Parisiens, le pays charentais réserve des connivences méridionales ; or, avec Glykos le Méditerranéen, il serait donc plutôt un dernier seuil habitable avant les régions polaires !

Philippe Besson, pour « Arrête avec tes mensonges »

Grand Prix 2017 de l’Académie de Saintonge

Philippe Besson, pour « Arrête avec tes mensonges » (Ed. Julliard)

Rapport : Didier Colus

Philippe BessonAutant le dire d’emblée : ceux qui espéreraient trouver ici le récit d’une aventure inouïe en seront pour leurs frais. L’histoire que Philippe Besson nous raconte, l’histoire qu’il extrait enfin de lui, c’est l’histoire de tous ceux qui, à Barbezieux comme lui, ou n’importe où, ont connu un premier vrai amour. C’est-à-dire l’histoire d’à peu près tous ceux qui ont un cœur et un sexe.

Que ce soit l’amour d’une fille ou d’un garçon importe peu. Ce qui compte, c’est la force qui emporte. Car le vrai premier amour, chacun le sait, est aussi celui qu’on ruminera toute sa vie, une sorte de paradis perdu où tout s’est découvert et où, sans qu’on l’ait su sur le moment, tout s’est perdu. Toute la fraîcheur, l’innocence.

Tout le monde ou presque a vécu la merveilleuse aventure, mais combien sont capables de la transcrire pour l’offrir en partage à autrui ? Avec cette pureté de ton, cet apparent manque de détours et de duplicité, cette délicatesse qui ne s’embarrasse pourtant ni de
fioritures ni de périphrases. Avec, surtout, cette sincérité qui fait dire, quelquefois dans une larme ou un sourire :
« Oui, tout ça a été vécu, tout ça est vrai ». Et tant pis si c’est encore un mensonge.

L’air de rien, Philippe parsème son texte de pensées qu’aurait aimées Proust : « La vraisemblance importe plus que la vérité, la justesse compte davantage que l’exactitude. Un lieu, ce n’est pas une topographie, mais la manière dont on le raconte, pas une photographie, mais une sensation, une impression. » Comment mieux définir l’art ?

Les mensonges du titre, ce sont des histoires. « Arrête avec tes mensonges », dit la mère, qui veut en fait parler d’histoires. Alors bien sûr, on souhaite pour Philippe que la première partie du récit soit une histoire vraie et que la suite soit un mensonge, celui du romancier qui invente pour notre enchantement. Et pour notre chagrin aussi.

Et ce qu’on souhaite surtout, c’est qu’il continue à mentir longtemps, tant que sa plume saura mentir sans se mentir ni nous mentir.

Remise des prix 2016

La prochaine séance publique annuelle de Remise des Prix de l’Académie de Saintonge aura lieu

le dimanche  2 octobre 2016 à 14 h 30,
salle Jean Gabin,
112 rue Gambetta à Royan

Plan d’accès :

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Plan d’accès à la salle Jean Gabin, 112 rue Gambetta, Royan

Christine de Ponchalon