Historique


Le palmarès 2019 de l’Académie de Saintonge

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Rémy Babiaud, facteur d’un piano de concert entièrement réalisé à la main

Prix de l’innovation René Coutant

Rémy Babiaud, facteur d’un piano de concert entièrement réalisé à la main

Rapport : Didier Colus

Rémy Babiaud Rémy Babiaud. Recette du piano à queue. Vous avez toujours rêvé de posséder un piano à queue, n’est-ce pas ? Eh bien, rien de plus simple : fabriquez-le vous-même, Rémy vous donne la recette.

D’abord, soyez comme lui fils de menuisier, pour connaître le bois, et d’institutrice pour apprendre tout petit à jongler avec chiffres et idées. Ensuite, prévenez la tribu que, pendant les neuf années à venir, vous allez occuper le salon familial, piller l’épargne du ménage, user et abuser de la patience de tous, casser les cochons des petits, penser piano, rêver piano, vivre piano. Ces babioles réglées, trouvez le bois idoine, mouillez-le, chauffez-le, cintrez-le, collez-le. Donnez la forme, séchez un épicéa du Jura pour la table d’harmonie et une branche de hêtre pour le chevalet. Collez la ceinture avec une forêt de serre-joints. Voilà, votre caisse est prête. Grosso modo.

Passez maintenant aux choses sérieuses : le cadre en fonte. Facile, la fonderie de l’Isle d’Espagnac vous mitonnera ça à 1420°C, entre deux canons de l’ Hermione. C’est fait ? Ah oui, de menus détails encore : dorez le cadre, percez le chevalet, montez les cordes, tracez et découpez le clavier, composez et installez la mécanique, insérez le pédalier, laquez la coque et découpez l’« ivoire »… Et l’accord ? Avez-vous pensé à faire l’accord ?

Vous aurez des moments de doute, des enthousiasmes, des imprévus, des fous-rires, peut-être quelques nuits courtes ou même blanches. Mais imaginez votre fierté, au bout de 108 mois, quand vous signerez votre œuvre, sans majuscules, comme Rémy, qui a eu cette modestie : Rémy Babiaud. Et, tels Pleyel, Bechstein ou Steinway, vous pourrez ajouter la prodigieuse mention : facteur de piano(s).

Un peu compliqué ? Alors demandez-en un à l’ami Rémy. Ce champion de l’innovation en solitaire vous arrangera ça en même pas dix ans !

Association « Les Amis de la Porte royale de La Rochelle »

Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois

L’Association « Les Amis de la Porte royale », de La Rochelle, pour la restauration et l’animation du lieu

Rapport : Christine de Ponchalon

Association Les Amis de la Porte royale Ils ont commencé par une « petite porte » si l’on peut dire, la porte Maubec, dernier vestige des fortifications protestantes du Grand siège. Réhabilitée, elle est devenue une galerie d’art. Puis le président de l’association et ses amis se sont dit pourquoi pas la Porte royale. Autre bâtiment, majestueux et austère à la fois, conçu par Pierre Bullet, architecte de Louis XIV. Autre budget aussi, pour lequel un solide dossier de mécénat été monté. Les travaux peuvent alors commencer en 2014. L’association dispose d’un bail emphytéotique.

Hors les travaux, l’objectif de l’association est de faire vivre le lieu. À objectif militaire défensif, le site est constitué d’une enfilade de pièces se prêtant bien aux expositions, aux concerts et représentations théâtrales en petite formation. La saison dure d’avril à octobre. Son organisation repose essentiellement sur les bénévoles de l’association, qui travaillent avec des compétences de vrais professionnels.

Lucille Bourroux, pour son ouvrage « Jean-Jacques Audubon, dessins de jeunesse »

Prix Dangibeaud

Lucille Bourroux, pour son ouvrage Jean-Jacques Audubon, dessins de jeunesse. Catalogue raisonné (Les Indes savantes / Le Croît vif, 2017)

Rapport : Pascal Even

Lucille Bourroux L’ouvrage présenté est le catalogue d’une exposition des dessins de jeunesse de Jean-Jacques Audubon, peintre d’oiseaux, une exposition qui s’est tenue au Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle de décembre 2017 à mars 2018. Cet ouvrage abondamment illustré, réunit, sous la direction de Lucile Bourroux, attachée de conservation du patrimoine et responsable de la bibliothèque scientifique du Muséum, plusieurs contributions scientifiques de haut niveau réalisées par des spécialistes français et étrangers qui évoquent la vie et les travaux d’Audubon, notamment en Amérique.

Rappelons que l’exposition montre, pour la première fois, les 131 dessins de jeunesse de l’artiste, documents retrouvés dans les collections de la Société des sciences naturelles de la Charente-Maritime, une collection unique dans notre pays. L’essentiel de l’œuvre de ce peintre naturaliste est en effet conservé dans les collections des États-Unis où il jouit d’une réputation qui frise l’adulation.

Ces dessins aux riches coloris restituent l’œuvre de jeunesse de l’artiste au moment précis où Audubon s’apprête à gagner les États-Unis, une œuvre dans laquelle il manifeste ses talents d’observateur de la nature, talents développés au contact de Charles Marie d’Orbigny, fondateur, sous l’égide de l’Académie de La Rochelle, du Muséum de la ville et père d’Alcide, autre gloire rochelaise.

Christian Thomas, pour le parc du château de Beaulon à Saint-Dizant-du-Gua

Prix de la Haute-Saintonge

Christian Thomas, pour le parc du château de Beaulon à Saint-Dizant-du-Gua

Rapport : Marc Seguin

Christian Thomas Il existe des Trésors de Saintonge, et plus particulièrement de Haute-Saintonge, laquelle, comme chacun sait, en est la plus belle partie. Nous n’en retiendrons aujourd’hui que Beaulon, un site enchanteur si bien mis en valeur qu’il est sans doute le plus beau de Haute-Saintonge.

Le 4 mars 1503, une transaction termine un procès confus entre les Belleville, seigneurs de Cosnac, et Me Pierre Beaulon, procureur au parlement de Bordeaux, époux de Françoise Tartarin. Les seconds reçoivent une partie de Saint-Dizant-du-Gua avec la permission de « faire bastir où bon leur semble – peut-être sur un site déjà occupé – une maison noble deffensable » sans pont-levis. S’ajoute le « droit de garenne, fuye et estang ». Les Beaulon sont gens de loi, bientôt magistrats à l’Ombrière, qui, comme leurs semblables, bénéficient alors d’une ascension sociale fulgurante, bousculant l’ancienne noblesse de sang à laquelle ils s’allient et qu’ils évincent. Ils sont travailleurs, cultivés, et de plus en plus riches, très portés aussi sur les querelles familiales. Ils ont voulu ce château qui marie le gothique flamboyant aux grâces de la Renaissance. Depuis ce temps, les lieux ont connu des fortunes diverses. En 1864, Rainguet se désolait de « l’état de dégradation et de ruine » du château « confié à des fermiers ». En 1961, Charles Connoué, qui fut un des fondateurs de cette Académie, se réjouissait au contraire : « dans le très beau site du parc… jaillissent les « Fonts bleues », belles fontaines aux eaux profondes. Les eaux de ces magnifiques sources sont, par endroits, d’un bleu splendide » comme le « Bouille-Bleu » de la Roche Courbon. Venez à Beaulon ; vous serez émerveillés, vous n’oublierez ni la beauté de l’architecture, ni le charme des « Fontaines bleues », ni le sourire de ceux qui sauront vous accueillir.

Chloé Henry-Biabaud et Sibylle d’Orgeval, pour le film « Vents contraires, une histoire de la pêche française »

Prix de la Ville de Marennes

Chloé Henri-Biabaud et Sibylle d’Orgeval pour le film Vents contraires, une histoire de la pêche française (Talweg prod., 2017)

Rapport : Roselyne Coutant-Bénier

Chloé Henri-Biabaud et Sibylle d'Orgeval Co-réalisatrices elles réalisent des documentaires pour les télévisions françaises et internationales. Elles se rencontrent autour du projet de Yan Arthur Bertrand : « Six milliards d’autres » qui a fait l’objet d’une exposition au Grand Palais en 2009. Passionnées toutes les deux par la mer, (l’une navigatrice, l’autre a partagé la vie d’un marin pêcheur) elles décident de réaliser en 2017, Vents contraires, une histoire de la pêche française. Ce film, sans parti pris, nous interroge sur l’avenir du métier de pêcheur face à la raréfaction du poisson et les choix politiques français et européen. Un documentaire inédit à voir absolument.

Entourée par trois mers, la France est un pays de marins. Les pêcheurs sont depuis toujours ancrés dans la culture et l’histoire française. Mais les avancées technologiques de l’après-guerre ont ébranlé cet ordre ancien… les fiers pêcheurs seraient devenus des destructeurs. Aujourd’hui, marins, écologistes, scientifiques et politiques sont face à une équation quasi insoluble : sauvegarder le poisson, ou le métier de pêcheur. En voici un extrait, remis par Vincent Gazaigne (Talweg production).

Monique Le Hénaff, pour « De l’île de la Réunion à Rochefort, journal de Julie Desgravelles-Bérar »

Prix de la Mer / Aquarium de La Rochelle

Monique Le Hénaff, pour De l’île de la Réunion à Rochefort, journal du voyage en mer de Julie Desgravelles-Bérar, 1828 (La Geste, 2017)

Rapport : Pascal Ferchaud

Monique Le Hénaff Monique Le Hénaff, agrégée et docteur en histoire, est l’auteur d’une thèse sur la démographie historique de Rochefort de 1680 à 1820. Elle est un membre actif de la Société de Géographie de Rochefort, où elle a publié divers articles.

La recherche en archives révèle parfois d’agréables surprises. Ce fut le cas quand Monique Le Henaff découvrit un cahier de 150 pages, inédit. Il s’agit d’un récit de voyage maritime écrit par une jeune femme, Julie Desgravelle-Bérar, quittant l’île de la Réunion pour rejoindre Le Havre en compagnie de son époux, officier de marine muté à Rochefort.

Dans son journal, Julie Bérar, âgée de vingt-deux ans, s’adresse à ses parents qu’elle vient de quitter. Elle leur raconte les conditions matérielles à bord d’un trois-mâts de 412 tonneaux : logement, nourriture, maladie, promiscuité, tempêtes et difficultés de la navigation. Elle montre une grande curiosité en décrivant oiseaux et poissons rencontrés.

Il s’agit d’un témoignage vivant, écrit dans une langue élégante, constituant une source précieuse, tant sur le déroulement des voyages maritimes, que sur la société réunionnaise ou même l’histoire du féminisme. Le récit est plein d’anecdotes, de retournements et de péripéties, parmi lesquelles l’escale à Sainte-Hélène et la visite du tombeau de Napoléon 1er, qui s’y trouvait encore.

Il faut remercier Monique Le Hénaff d’avoir découvert ce document et de nous avoir permis de partager ce voyage maritime qui lui vaut aujourd’hui de recevoir ce prix de la Mer.

Jean Gaborit, artiste-peintre, pour l’ensemble de son œuvre

Prix de la Ville de Rochefort

Jean Gaborit, artiste-peintre, pour l’ensemble de son œuvre

Rapport : Jean-François Girard

Jean Gaborit Aujourd’hui, Jean Gaborit se voit décerner un des prix 2019 de l’Académie de Saintonge, le prix de la Ville de Rochefort pour l’ensemble de son œuvre de peintre. Jean Gaborit peint depuis que son professeur de dessin en sixième au Lycée Pierre Loti de Rochefort, Jean Tardy, l’a emmené dans la nature avec tout ce qu’il faut pour peindre. Il est vrai que son grand-père, déjà peintre amateur, lui a appris à regarder, à s’arrêter, à distinguer les volumes, les couleurs, les éclairages.

La Ville de Rochefort dont son père fut député-maire, l’a vu grandir jusqu’à son départ pour la capitale. Diplômé de Sciences Po, il mènera une carrière heureuse dans une banque d’affaires mais veillera toujours à conserver disponibles toiles, pinceaux et couleurs en parallèle à sa vie professionnelle et familiale.

Son œuvre est le reflet de ses origines et des paysages qui ont marqué son itinéraire, de la Saintonge intérieure à celle du bord de mer, là où l’Aunis prend le relais pour s’ouvrir sur les iles et les Pertuis, devenant ce pays qui vaut par sa lumière. Au cours d’une longue carrière, Jean Gaborit a vu l’évolution de son art passant de l’omniprésence du sujet pour atteindre une liberté totale des formes et des couleurs mais l’air et l’eau restent toujours présents et continuent de s’affronter sous le couteau du peintre. En récompensant le talent de Jean Gaborit, l’Académie de Saintonge s’honore de rendre hommage à un art essentiel, indispensable mais trop rarement récompensée : la peinture.

Éric Lem, pour son ouvrage « Louisbourg dans l’île royale »

Prix Champlain

Éric Lem, pour son ouvrage Louisbourg dans l’île royale (Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, 2017)

Rapport : Marc Fardet

Éric Lem Entré dans la carrière diplomatique en 1964, vous avez, pendant près de 40 ans, alterné les postes dans l’administration centrale et à l’étranger. Parmi les seconds je voudrais citer celui de Consul général pour les quatre provinces atlantiques situées sur la côte est du Canada qu’après avoir été secrétaire d’ambassade à Ottawa, vous avez occupé dans les années 80. Vous êtes président d’honneur du Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine où, en décembre 2017, vous avez publié votre étude sur Louisbourg.

Il s’agit en fait de la reprise de deux conférences données par vous au CRDHM : l’une, en octobre 2004, à l’occasion du quatrième centenaire de la fondation du premier établissement français en Amérique du Nord dans l’île Sainte-Croix et l’Acadie, l’autre, en avril 2008, à l’occasion du quatrième centenaire de la fondation de Québec, lors de la journée d’études sur Rochefort et le Canada. Après le traité d’Utrecht (1713) la France fait construire une ville-forteresse à Louisbourg (dans l’Île Royale, actuelle île du Cap-Breton). Soutenue par le port de Rochefort, elle est chargée de maintenir les liens avec les habitants français de l’Acadie, que le traité d’Utrecht nous a enlevée et de défendre Québec contre une attaque des Britanniques. Mais ceux-ci s’en emparent, puis la restituent, l’occupent à nouveau et la détruisent en 1760. Elle tombe dans l’oubli pendant deux siècles. De 1961 à 1981, le gouvernement fédéral finance la reconstruction du quart de la ville-forteresse qui reçoit 100 000 visiteurs par an. Le maître d’œuvre et le principal restaurateur de cette extraordinaire entreprise a été l’architecte acadien Yvon Leblanc, aujourd’hui centenaire, avec qui vous avez gardé le contact et à qui vous rendez hommage dans votre publication.

Association « Les passeurs de temps », Fléac sur Seugne

Prix Louis Joanne

Association « Les Passeurs de temps », Fléac sur Seugne (Rémy Ribot)

Rapport : Pierre Dumousseau

Association Les Passeurs de Temps Le conteur-poète malien Amadou Hampâté Bâ a déclaré un jour : « Si tu ne sais pas où tu vas, n’oublie jamais d’où tu viens ». C’est sans doute ce que s’est dit Rémy Ribot en s’installant à Fléacsur-Seugne. Il avait le terrain, le toit, la famille… il lui manquait encore l’âme du pays. Il a donc puisé au cœur de la mémoire vive : les autochtones, anciens et « modernes » qu’il a poussés à se réunir une fois par mois pour évoquer la vie du village, rassembler les photos anciennes, se remémorer les anecdotes, bref, ouvrir l’armoire aux souvenirs.

Et ça a marché ! Au-delà même de ses espérances. Le village a répondu en masse ; l’atelier « si ma mémoire est bonne » s’est établi durablement ; et cela s’est concrétisé : des expos photos à l’église, à la salle des fêtes ; en 2016 : un premier spectacle déambulatoire autour de la vie d’un ancien maire surnommé ‘‘Balandar » ; un livre d’histoire et d’historiettes sous la houlette de Guy Mouillot, lui-même ancien maire de Fléac ; en 2017 : un deuxième spectacle, « Jour de fête » qui s’est exporté jusqu’à la salle des fêtes de Pons ; une célébration de la mémoire des poilus de la commune pour le 11 novembre 2018 ; un troisième spectacle : « Le bouchon de Pons » en 2019, et un deuxième ouvrage en préparation. À chaque événement les bénévoles – une soixantaine au minimum – se mobilisent avec enthousiasme. La flamme est ranimée régulièrement par Rémy Ribot, et c’est donc à lui que l’Académie de Saintonge est heureuse de remettre ce prix Louis Joanne qui honore l’association « Les Passeurs de Temps ».

Bernard de Maisonneuve, pour le livre « Pierre Garcie : le grand routier et les Rôles d’Oléron au XVe s. »

Prix de l’agglomération Royan-Atlantique

Bernard de Maisonneuve, pour le livre Pierre Garcie dit Ferrande : le grand routier et les Rôles d’Oléron au XVe s. (Saint-Gilles-Croix-de-Vie, CRHIP, 2016, préface de François Bellec)

Rapport : Jacques Bouineau

Bernard de Maisonneuve « Si tu veux aller trouver l’extrême entrée des Ânes, va au nord de la Tour de Cordouan… Pour savoir quand tu seras au bout des Ânes et que tu seras dans le bon chenal, il faut que tu places la plus grosse dune de sable qui soit en la pointe de l’Anse de la Coubre sur celles qui sont au sud-est [Terre-Nègre, vers Saint-Palais] et le reste sur est nord-est… Du bout de l’Anse, côté mer, à Royan, il y a… quatre lieues jusqu’aux dunes de sable [de Saint-Palais] et trois lieues jusqu’à Royan. ». Les Ânes ? Un banc de sable à l’embouchure de la Gironde, au sud-ouest du banc de la Mauvaise, vers Bonne Anse. On dit qu’il avait vaguement la forme d’un âne, mais on raconte également que le grondement des flots qui s’y brisaient pouvait faire penser au braiement de l’animal.

En tout cas, pour qu’un pilote de navire ne se comportât pas comme un âne en échouant son bateau dans une zone périlleuse, une seule solution pour lui consistait à s’y aventurer avec le Routier de la mer de Pierre Garcie, dit Ferrande, pour « aller fermement » comme le lui enjoint l’auteur de ce guide de voyage maritime du tournant du XVIe s., que Bernard de Maisonneuve nous restitue dans toute sa fraîcheur. C’est donc avec plaisir qu’en tant qu’académicien de Saintonge historien du droit, je prends la suite d’Henri Legohérel, historien du droit président de l’Académie de Marine, pour louer un travail qui est aujourd’hui couronné par le prix Royan Atlantique.

Sébastien Cassen, pour son film « Le Samaritain de Shanghai »

Prix de la Ville de Saintes

Sébastien Cassen, pour son film Le Samaritain de Shanghai (2019) sur le père Jacquinot de Besanges

Rapport : Alain Michaud

Sébastien Cassen C’est, dans toute l’acception du terme, un film choc que nous avons primé à l’unanimité. Film choc par ses images et par son contenu aussi spectaculaire qu’émouvant, par la personnalité du père Jacquinot, de la même trempe que l’abbé Pierre ou mère Térésa. Et il faut rendre grandement hommage à Sébastien Cassen et à une poignée d’intellectuels, notamment chinois, de l’avoir tiré en grande partie de l’oubli.

Le père Robert Jacquinot de Besanges, est né chez nous à Saintes en 1878. L’un des rares noms propres cités dans la Convention de Genève, il fut l’un de ses inspirateurs pour ce qui est de la protection des populations civiles en temps de guerre. Ce jésuite, professeur d’anglais, de littérature, polyglotte, fin diplomate, amputé d’un bras, s’est signalé en Chine par d’importantes œuvres humanitaires. Pendant la guerre sino-japonaise, il a surtout, au milieu de difficultés sans nombre, réussi le tour de force d’imposer aux dirigeants nationalistes et communistes, dans Shanghai envahi par les Rouges, bombardé en 1937, éventré, incendié, et au milieu des pires atrocités – le film est d’ailleurs parfois difficile à soutenir – la première zone neutre de réfugiés de l’histoire, dite zone Jacquinot. Il est mort en 1946 à Berlin aux prises à nouveau avec la question des sans-abris.

Le réalisateur signe ici un film remarquable, une enquête prenante conduite par de jeunes intellectuels chinois pour tenter de retrouver les traces du père Jacquinot en particulier dans les rues du Shanghai d’aujourd’hui où la révolution culturelle et la modernité ont effacé jusqu’à son souvenir. Ce reportage est un émouvant carnet de route sur les traces oubliées de celui qu’on a surnommé le Samaritain oublié de Shanghai.

Matthieu Garrigou-Lagrange, pour son émission « La compagnie des auteurs » sur France Culture

Prix Madeleine La Bruyère

Matthieu Garrigou-Lagrange, pour l’émission La compagnie des auteurs sur France Culture

Rapport : Marie-Dominique Montel

Matthieu Garrigou-Lagrange Pour la plupart d’entre nous, Matthieu Garrigou-Lagrange est une voix. La voix amie qui nous invite à passer l’après-midi sur France culture dans La compagnie des auteurs. C’est le joli titre de l’émission où un grand écrivain français ou étranger, de ce siècle ou d’un autre, est analysé, examiné, raconté par ses collègues, les écrivains d’aujourd’hui. Le talent de Matthieu Garrigou-Lagrange est de nous donner ainsi le sentiment de passer vraiment une semaine « en compagnie » d’Hemingway, Colette, Casanova, Simenon ou Balzac. Grâce à des interlocuteurs, chaque jour différents, qui nous parlent chacun à sa façon du même personnage, comme d’un ami commun, il nous donne envie de lire ou de relire cet auteur auquel, au fil de la semaine, nous aussi nous nous sommes attachés.

J’ai cité Simenon car c’est dans l’émission qui lui était consacrée que le discret Matthieu Garrigou-Lagrange a jeté le masque. Pierre Assouline, biographe de Simenon, parlait des séjours de l’écrivain à La Rochelle et a dit : « Il prenait la rue des Merciers à gauche » et Matthieu Garrigou-Lagrange l’a repris « vous voulez dire sur la droite ». Assouline a ri en demandant : « Est-ce le Rochelais qui parle ? » et la conversation a dérapé en beauté, mélangeant les souvenirs de Simenon et ceux du présentateur qui a grandi à La Rochelle, au milieu des livres, et qui revient chaque été dans sa maison familiale de Charente Maritime… Et je gagerais que c’est toujours au milieu des livres auxquels il porte un amour communicatif.

Pascal Vimenet, pour son « Abécédaire de la fantasmagorie » et ses recherches cinématographiques

Prix de la Ville de Royan

Pascal Vimenet, grand spécialiste des images animées, pour son livre Abécédaire de la Fantasmagorie (L’Harmattan, 2016) et ses recherches cinématographiques

Rapport : Bernard Mounier

Pascal Vimenet Pascal Vimenet dit de lui-même qu’il est « un libre rêveur, un libre chercheur et un libre passeur, dont le fil de pensée et de pratique renvoie constamment au cinéma ». Après un cheminement buissonnier parisien, au cours duquel il est initié à la critique par Jean Douchet, fait ses premières armes aux Cahiers du cinéma, puis filme pour la série « Palettes » d’Alain Jaubert sur Arte, il s’installe, il y a 16 ans, à Saint-André-de-Lidon, en Charente-Maritime.

De ce fief, il conçoit un grand corpus critique en 5 volumes sur le cinéma d’animation international, Un abécédaire de la fantasmagorie qui fait autorité. Il y condense ses 35 ans d’expérience : celle du fondateur de la revue Animatographe (1985-1988) et de l’auteur spécialisé des éditions de l’Œil, couronné par un Prix du livre d’art et d’essai (2002) ; celle de l’enseignant en esthétique des Gobelins à Paris, puis de l’École des Métiers du Cinéma d’Animation d’Angoulême ; celle du chercheur associé de l’Université de Toulouse Jean-Jaurès ; celle du réalisateur, notamment, de Fantômes du cinéma forain (2011), tourné à Angoulême…

Il conçoit aussi, en 2006, avec sa femme, Claudine Lemaître, une remarquable exposition, pour le Musée de Royan, des peintures et sculptures de son père Jean Vimenet. Pour cette œuvre protéiforme et singulièrement cinématographique, laquelle, dit-il, « doit beaucoup à la quiétude de la Saintonge », Pascal Vimenet reçoit le Prix de la Ville de Royan.

Jean-Philippe Beaulieu, astrophysicien, pour le projet européen Ariel sur l’atmosphère des exo-planètes

Grand prix 2019 de l’Académie de Saintonge

Jean-Philippe Beaulieu, astrophysicien, pour le projet européen Ariel sur l’atmosphère des exo-planètes

Rapport : Nicole Bertin

Hortense Dufour L’ESA, Agence Spatiale Européenne, a sélectionné la mission Ariel au sein du programme « Cosmic Vision ». En mai 2028, ce télescope sera lancé à partir de la base de Kourou en Guyane et placé en orbite à Lagrange L2 située à 1,5 million de kilomètres de la Terre. Sondant les atmosphères de mille planètes extrasolaires, des géantes gazeuses aux planètes rocheuses, qu’elles soient chaudes ou tempérées autour d’étoiles de types différents, il mesurera la composition et la structure des atmosphères planétaires, limitera la nature de leurs noyaux, détectera la présence de nuages et étudiera les interactions avec l’étoile hôte.

Jean-Philippe Beaulieu, astrophysicien originaire de Jonzac, directeur de recherches au CNRS, est l’un des responsables de l’équipe française qui fournira le spectrographe infrarouge et la caméra d’Ariel. Une aventure passionnante à la découverte des autres mondes !

200 personnes, 15 pays participants, 450 millions d’euros de l’Agence Spatiale Européenne, plus les contributions : Ariel est un gros projet. Comment cette formidable aventure a-t-elle vu le jour ? En 2007, avec Giovanna Tinetti, votre collègue professeur à l’University College de Londres, vous avez réalisé la première détection de vapeur d’eau dans une atmosphère de planète. Cette planète était une géante gazeuse, comme Jupiter, tournant en trois jours autour de son étoile, un Jupiter chaud. En guise d’eau, c’était plutôt de la vapeur d’eau, ambiance sauna. Mais c’était la première fois qu’une molécule était détectée dans une atmosphère de planète.
Après ce travail, quelle serait l’étape suivante ? Bien évidemment, un télescope spatial avec instrumentation dédiée et optimisée pour faire des mesures très difficiles ! Au fil des ans, une équipe a été constituée, développant un projet pour répondre aux appels d’offres de l’Agence Spatiale Européenne. La concurrence est rude. Bonne nouvelle, le projet Ariel a été retenu en mars 2018 pour un lancement en 2028.

Ariel sera la machine ultime pour étudier les atmosphères de planètes extrasolaires. Observer 1000 planètes va ouvrir un nouveau domaine pour leur compréhension. Peut-être obtiendrez-vous une réponse à une question qui vous tient à cœur : Vénus et la Terre sont deux planètes qui étaient très semblables autrefois avec des masses voisines, Vénus recevant un peu plus d’énergie du soleil, de l’ordre de 30% environ. Comment pouvons-nous avoir une planète comme la Terre et une autre comme Vénus aujourd’hui ? Vénus a une atmosphère cent fois plus dense avec une température de 500 degrés et une pluie d’acide sulfurique. Est-ce que l’activité humaine et le réchauffement climatique – qui est en train de s’emballer – ne vont pas transformer notre bonne vieille Terre en Vénus en quelques milliers d’années ? Ariel donnera peut-être des indications. Avec la masse d’informations recueillies, la recherche avancera à grands pas. Ariel nous permettra de mieux comprendre notre place sur notre bonne vieille Terre et combien elle est précieuse et fragile. Il n’y a pas de planète B ! Enfin pour le moment…

Contributions : octobre 2018 – octobre 2019

Contributions personnelles des académiciens depuis octobre 2018

Nicole Bertin

Jacques Bouineau

Alain Braastad

  • Deux conférences données sous l’égide de la Municipalité de Jarnac : l’une sur « les Poètes jarnacais », en octobre 2018 ; l’autre sur « La bataille de Jarnac d’après les Ymages » en mars 2019 pour la commémoration des 450 ans de la bataille (le 13 mars 1569).
  • Publication dans le vol. LXIX de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis de « Copie de lettres (1742/1743) de Jean Martell L’aîné, négociant à Cognac ».

Didier Colus

  • « Publication et étude annotée de la correspondance reçue par Pierre de Bremond d’Ars, député aux États généraux et à l’Assemblée constituante, lors de son émigration (décembre 1791-juillet 1800) », première partie (1791-1796) à paraître dans les Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis.
  • Préparation du colloque international de Ste-Eulalie-de-Cernon (Association Méditerranées et CEIR, université de La Rochelle.).
  • Relecture et correction de travaux universitaires.

Roselyne Coutant-Bénier

  • Actions de communications pour mieux faire connaître l’Académie de Saintonge, notamment en Aunis et sur l’île de Ré. Recherche de partenariats.

Pierre Dumousseau

  • Animation d’une soirée « Ganipote » à l’abbaye de Trizay (Toussaint 2018).
  • Spectacles :
    • « Libertins-Libertines » (contes de Jean de La Fontaine) en Poitou-Charentes ;
    • « La chanson d’un gâ qu’a mal tourné » (Gaston Couté) en région et lors de la sortie du livre commémoratif à St-Pierre d’Oléron (Eldorado) ;
    • « J’vous ai apporté des chansons » (Jacques Brel), labellisé par le Conseil départemental 17.
  • Création d’un conte théâtralisé et musicalisé, «  Les deux aveugles », d’après la pièce de J. M. Synge, avec la Cie l’Ilot Théâtre de l’île de Ré (inscription au catalogue pour l’aide à la diffusion en juillet 2019).
  • Veillées contes et balades en Poitou-Charentes et Périgord.
  • Animations scolaires.
  • Sortie du livre Frissons-Frissons (contes pour ados et adulescents) en avril 2019.

Pascal Even

  • Publications :
    • « Pouvoir et économie. L’intendant Pierre Arnoul et le grand commerce protestant rochelais à l’heure de la Révocation », Revue de la Saintonge et de l’Aunis, t. XLIII, 2017-2018, pp. 53-67 ;
    • « Une ville ouverte sur le monde, La Rochelle au XVIIIe s. », Actes du CHIMAS, n° 11, mars 2019, pp. 18-22 ;
    • « Le chirurgien Jean Gabaude, acteur rochelais des Lumières », ibid. , pp. 23-25 ;
    • « Le rôle des sociétés de publication de documents dans la transmission des savoirs : l’exemple de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis », Pratiques de la médiation des savoirs, dir. Michel Sot, Paris, CTHS, 2019.

Marc Fardet

  • Comme président du Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, organisation de six conférences par an et publication de deux conférences («Une famille de marins protestants (…). Les Boulineau de la presqu’île d’Arvert », par Annie Fouquet ; « Le rôle du climat dans l’avènement de la Révolution française », par Frédéric Surville).
  • Comme délégué des Sites et Monuments 17, étude des projets de parcs éoliens à Varzay et à Villeneuve-La Comtesse/Vergné.
  • Membre de la Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites et de la Commission locale du Site Patrimonial Remarquable de Rochefort.
  • Étude sur les canons de marine.
  • Divers : membre du Comité du Mémorial de la Nouvelle-France et des Amis du Musée du Bon Pasteur d’Angers.
  • Petit Concert du Soir organisé par la Chorale Saint-Vincent de Rochefort avec des œuvres de Mendelssohn (30 juin 2019).

Pascal Ferchaud

  • Participation à un ouvrage collectif sur la Seudre, à paraître prochainement.
  • À la bibliothèque du Gua, conférence sur la seigneurie de Dercie au XVIIIe s., et présentation d’un censif inédit en provenance d’archives privées.
  • Découverte, aux Archives Nationales d’un document concernant la vérification des droits maritimes perçus par le seigneur de Dercie (elle sera présentée à Saujon, lors d’une des conférences mensuelles, organisées par la Société d’Histoire et d’Archéologie en Saintonge Maritime).

Jacqueline Fortin

  • Avec la SEFCO, promotion de la langue en Poitou-Charentes-Vendée.
  • Animations : Floralions à St Jean d’Angély, Foire aux Pirons de Blanzac, Soirées patoisantes avec le « Fi à Feurnand ».
  • Exposition à l’EHPAD de Loulay sur la ferme.
  • Finalisation de la création de la Fondation « Maison de Jeannette ».
  • Promenades et conférences sur le thème des pigeonniers.

Jean-François Girard

  • Conférences et interviews sur le développement de la santé publique en France.

Francette Joanne

  • Les Protestantes au couvent, de gré ou de force ou l’exploitation d’un registre d’entrées des Nouvelles Catholiques de Pons : en 1683, la Dame de Pons, Marie d’Albret, comtesse de Marsan, fait construire un couvent pour recevoir des pensionnaires et les instruire dans la foi catholique ; le registre des abjurations et d’entrées de ces jeunes filles a été conservé. Mon travail fut donc de numériser, transcrire en partie pour informatisation les noms, âges, provenances des pensionnaires, c’est-à-dire plus de 1500 noms de 1684 à 1790. Une partie de ce travail a fait l’objet de conférences.

Alain Michaud

  • Participation au Congrès archéologique de France : présentation du couvent saintais des Dominicains (à paraître).
  • Publication pour la revue Le Picton d’un article : « Saintes, à la recherche des murailles médiévales ».
  • Poursuite, avec la Société d’archéologie et d’histoire de la Charente-Mme, des travaux sur les monuments disparus de Saintes, en tant que coordinateur du groupe de travail sur les voies romaines de Saintonge.
  • Présentation d’un exposé sur la ville de Saintes au Moyen-Âge.
  • Présentation des thermes de Saint-Saloine à Saintes au cours des Journées de l’archéologie.
  • Participation au Projet collectif de recherches (PCR) sur Saint-Eutrope (dirigé par Christian Gensbeitel, de l’université de Bordeaux).
  • Participation aux travaux de la Société d’archéologie et d’histoire de la Charente-Mme et en particulier à l’élaboration et aux rubriques de son bulletin.

Marie-Dominique Montel

  • Trois nouveaux films, coréalisés avec Christopher Jones :
    • Romanov, la contre-enquête (chaîne Histoire) ;
    • Claudia la mystérieuse (Ciné+Classic), sélectionné au Festival de Bologne ;
    • Stierlitz, le James Bond russe, en tournage pour Histoire.
  • Plusieurs de nos films plus anciens poursuivent leur carrière :
    • Lénine et Marcel, un jeune français chez les Soviets (2017), présélectionné pour les prix Etoiles de la Scam ;
    • Camille Guérin et le BCG (2017, projeté à l’Institut Pasteur de Paris et rediffusé sur France3) ;
    • Ciao Cinecitta (2015) rediffusé sur Ciné+classic.
  • Membre du Comité de surveillance de la SCAM et du jury des films « Mémoires de la mer ».
  • Communication sur l’Académie de Saintonge aux Rencontres académiques de l’Ouest (La Rochelle, juin 2019).

Bernard Mounier

  • Mise en place d’un lien culturel entre le Musée d’histoire locale de Talmont et l’Office de Tourisme communautaire Royan-Atlantique.
  • Préface du livret rassemblant les dix Grands Livres du Canton de Cozes.
  • Articles dans l’Estuarien, Revue du Conservatoire de l’Estuaire.
  • Projections des films Grains de folie (esturgeons et caviar) et Pilotes de l’Estuaire, dans diverses associations.

Didier Néraudeau

  • Sélection des publications universitaires de paléontologie concernent les Charentes et au moins en partie la Saintonge.
  • En collaboration :
    • « Re-examination of the palynological content of the Lower Cretaceous deposits of Angeac, Charente, south-west France : age, palaeoenvironment and taxonomic déterminations », Cretaceous Research, 2018
    • « Early Cenomanian palynofloras and inferred resiniferous forests and vegetation types in Charentes », Cretaceous Research, 2018.
  • « The paralic Albian-Cenomanian Lagerstätte of Puy-Puy : An overview and new data », Cretaceous Research, 2019.
  • « Exceptionnal preservation of Cretaceous biota (Terrestrial plants, marine algae and invertebrates) in flint-bearing alterites from Moragne », Paleontologica electronica, 2019.
  • Coéditeur/coordonnateur de : Lagertätten 2. Fossiles à conservation exceptionnelle. Comptes rendus de l’Académie des Sciences de Paris, série Palevol, 2018.

Christine de Ponchalon

  • Publication d’articles techniques et d’information cynégétique dans le journal Chasseur en Nouvelle-Aquitaine.
  • Secrétaire de l’Académie depuis 2016, en charge de la brochure annuelle remise lors de la cérémonie des prix, le premier dimanche d’octobre.
  • Contribue à la réalisation du diaporama illustrant cette même cérémonie et gère l’organisation pratique des réunions trimestrielles.

Alain Quella-Villéger

  • Lauréat avec Bruno Vercier du prix Émile-Faguet 2018 décerné par l’Académie française en décembre dernier pour la publication critique du journal intime inédit de Pierre Loti (Les Indes savantes, 5 volumes, 2006-2017).
  • A notamment publié cette année :
    • Loti en Oléron (Bleu autour/Le Carrelet)
    • France Bloch-Sérazin. Une femme en résistance 1913-1943 (Des Femmes-Antoinette Fouque)
    • Pierre Loti. Une vie de roman (Calmann-Lévy)

Philippe Ravon

  • Rédaction d’un texte sur Roger Bonniot (ancien membre de l’Académie de Saintonge) dans le catalogue de l’exposition Courbet au musée de Saintes.
  • Au Salon de l’objet d’art, au Grand Palais, à Paris, conférence autour d’un tableau inédit d’Athanase Bourgeois, peintre saintongeais, représentant une grotte à La Roche Courbon (tableau peint en collaboration avec Gustave Courbet).
  • Organisation de conférences pour les Amis des musées de Saintes.
  • Élu en juin vice-président de la Chambre Nationale des experts spécialisés.

Marc Seguin

  • Publication de « Le clergé de la cathédrale de Saintes en 1517 », Revue de la Saintonge et de l’Aunis, t. XLIII (2017-2018)
  • « Les mésaventures médicales d’Élie Muse, marchand de Saintes (1487) », Bulletin de la SHACM
  • Conférence « Peur sur la ville : Bernard Palissy et les commissaires du parlement à la recherche des « hérétiques » (1558) », Académie de La Rochelle

Événements

Une année de l’Académie, octobre 2018 – septembre 2019

Les Prix de l’Académie de Saintonge 2018
Les treize lauréats du palmarès 2018 ont été couronnés lors de La cérémonie des Prix de l’Académie de Saintonge, à Royan, devant une salle comble où les élus locaux – maires, député, représentant du conseil départemental – étaient nombreux. Ces Prix de l’Académie de Saintonge 2018, émaillés d’extraits de films et d’interventions passionnantes, se sont conclus sur une page théâtrale proposée par Dominique Chartier et sa troupe, chaleureusement applaudis. Grand succès aussi pour Pascal Ferchaud, nouvel académicien, reçu officiellement dans nos rangs par notre collègue Bernard Mounier. En clôture, le traditionnel verre de l’amitié a favorisé les échanges entre le public et les héros du jour.

Palmarès 2018
Grand Prix : Hortense Dufour pour son livre « Port des vents » publié aux Presses de la cité
Prix de la Ville de Royan : Benjamin Caillaud pour son livre « Fernand Braun, photographe des Charentes »
Prix Jehan de Latour de Geay : Olivier Doat et Jean-Jacques Bernard pour leur film « André Bazin, le grand critique de cinéma charentais »
Prix de la Ville de Marennes : Fabrice Rousselot pour le site internet « Conversation France » qui publie quotidiennement des contributions de chercheurs universitaires
Prix de la mer/Aquarium-La Rochelle : Jean-Paul Lagardère, l’homme qui écoute les poissons, pour ses travaux scientifiques
Prix Champlain : Guy Martinière et Jean-Bernard Vaultier pour le livre « Les voyageurs charentais et la redécouverte des Amériques » (Croit vif / Indes savantes)
Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois : Véronique Bergonzoni, pour la mise en valeur de l’Abbaye de Trizay
Prix Royan Atlantique : Raphael Musseau, pour ses travaux de surveillance de la faune de l’estuaire
Prix de la Ville de Saintes : Gérard Moitrieux et Pierre Tronche pour leur livre sur la sculpture antique « Saintes, la cité des Santons et Angoulême »
Prix Louis Joanne : L’association « L’écriture prend le large » pour l’organisation du Salon du livre de Thénac
Prix de l’innovation/René Coutant : Xavier Bertin géologue du CNRS pour ses travaux sur l’érosion et protection des rivages
Prix de la Haute Saintonge : François Baudin, photographe
Prix Madeleine La Bruyère : Dominique Chartier pour son œuvre en faveur du théâtre et du spectacle vivant

Un bon « audimat »
Le succès d’une telle manifestation se mesure aux applaudissements, mais aussi au nombre de sièges occupés et le pointage a dénombré environ 250 spectateurs auxquels la revue annuelle de l’Académie a été offerte. Cette brochure en couleurs de 25 pages présente les lauréats du palmarès de l’année, les textes des académiciens et les activités de l’Académie et de ses membres. Elle est déposée à la Bibliothèque Nationale et aux archives départementales de la Charente-Maritime à Jonzac. Dans la presse, Les Prix de l’Académie de Saintonge ont été cités par le journal Sud-Ouest dans plusieurs de ses éditions, La Charente libre, La Haute-Saintonge, le blog de Nicole Bertin, le journal de Royan et de Marennes, ainsi que par plusieurs radios.

L’Académie poursuit sa politique d’assemblées itinérantes de manière à entretenir ses liens avec les municipalités et les établissements culturels de la région
À l’Aquarium de La Rochelle, en mars 2019 : assemblée générale de l’Académie s’est tenue que notre collègue Rose Coutant (co-fondatrice de l’Aquarium avec son frère) nous a fait visiter dans la matinée. Après le vote du budget et du rapport moral, l’Académie a renouvelé les mandats de sa directrice Marie-Dominique Montel, de son directeur adjoint Alain Quella-Villéger. La secrétaire de l’Académie, Christine de Ponchalon assumera désormais également les fonctions de trésorière tandis que Rose Coutant entre au bureau pour s’occuper des relations extérieures de l’Académie. Il a ensuite été procédé au premier tour de table pour le Palmarès de l’année.
À l’île d’Aix, en mai 2019 : notre réunion a été consacrée au 2e tour de scrutin du palmarès 2019, dans la salle des mariages de la mairie de l’ile d’Aix où nous avons été reçus par Monsieur le Maire, son adjoint à la culture et le nouveau président de la Société des amis de l’Ile d’Aix. Le matin, une visite venteuse du village et du musée Napoléon, où nous étions les invités du directeur de la Malmaison, nous avaient mis en appétit pour un solide et sympathique repas aixois.
À Rétaud, en juin 2019, une après-midi studieuse mais informelle a réuni quelques académiciens à l’invitation de Jacques Bouineau et Didier Colus afin de préparer d’autres réunions amicales du même ordre, l’an prochain, qui permettront en particulier aux membres de l’Académie qui le souhaitent de présenter leurs travaux en cours.

Une nouvelle académicienne  : Christine Sébert-Badois
Lors de l’assemblée générale de mars 2019, l’Académie a élu une nouvelle académicienne, Christine Sébert-Badois, fille de feu notre collègue Jacques Badois, propriétaire et animatrice du château de la Roche Courbon, présidente de l’association des Trésors d’Aunis et Saintonge, viceprésidente de la Demeure Historique et membre du Conseil national des parcs et jardins. Reçue officiellement en octobre 2019 à l’Académie, elle remplace au 16e siège notre collègue et amie Odile Pradem-Faure, directrice de l’Abbaye aux Dames de Saintes et de son festival qui a demandé à devenir membre honoraire.

Banquet inter-académique
Pascal Even, président de l’Académie de La Rochelle et notre directrice, avaient décidé d’organiser en 2019 un déjeuner inter-académique pour consolider les liens entre les deux académies. Ce fut chose faite le 2 mars à La Rochelle, lors d’un banquet réunissant la majeure partie des membres des deux académies qui ont pu présenter chacun brièvement leurs travaux ou leur spécialité. L’initiative ayant recueilli l’approbation générale, il a été décidé à l’unanimité de recommencer prochainement.

La réunion des Académies de l’Ouest
En juin 2019, l’Académie de La Rochelle organisait les Rencontres des Académies de l’Ouest. Pour la première fois, l’Académie de Saintonge était invitée à cette réunion des plus prestigieuses aux côtés des plus anciennes académies de France. Au cours de cette journée d’étude consacrée aux nouveaux rôles des académies, notre directrice, Marie-Dominique-Montel a présenté nos activités dans une communication intitulée « Le dialogue avec les acteurs culturels locaux, une académie à l’écoute du public ».

Panorama de l’année culturelle Saintongeaise en 2019

Discours d’ouverture des Prix de l’Académie de Saintonge 2019 : Marie-Dominique Montel

Directrice de l’Académie de Saintonge

01 montel À la fin du XVIIIe s., l’auteur du roman Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre, écrivain et grand voyageur, soumit une théorie à l’académie des Sciences sur le phénomène des marées. Elles étaient dues, expliquait-il, à l’action du soleil sur les banquises du pôle. De jour, les glaces réchauffées fondaient, la quantité d’eau liquide augmentait, la marée montait. De nuit, la glace se reformait, le niveau de la mer redescendait. La preuve, les grandes marées ont lieu à la fin de l’été quand il y a eu beaucoup d’ensoleillement. Vous pensez bien que dans une région d’ostréiculture, de marine à voile et de pêche à pied comme la nôtre, le sujet a fait mouche. On a saisi tout l’intérêt d’une académie. Et l’idée a fait son chemin. Seulement, à la façon des charentais qui sont renommés pour leur lenteur : l’Académie de Saintonge a vu le jour en… 1957. Entre temps, la théorie de Bernardin de Saint-Pierre avait été battue en brèche. Ce n’est pas grave ; les 25 académiciens élus ne se consacrent pas seulement aux marées, mais à tous les domaines de la culture.

Notre académie a deux particularités : la première est géographique, L’académie de Saintonge – comme son nom l’indique – n’est pas l’émanation d’une ville mais d’une région. L’ancienne province de Saintonge recouvre l’ensemble du département de Charente-Maritime et même au delà, jusqu’à Jarnac, Cognac ou Barbezieux en Charente, tandis qu’au nord elle englobe l’Aunis de création récente puisqu’il date seulement de 1374. En conséquence, mes collègues viennent d’un large territoire dont ils connaissent fort bien les richesses et les difficultés. En conséquence également, nos assemblées sont itinérantes, chaque trimestre nous voit dans une localité différente, à la decouverte de son patrimoine, de ses ressources culturelles et des personnes qui en assument la responsabilité.

La deuxième spécificité de l’Académie de Saintonge, ce sont ses prix. Soucieuse de vulgariser les travaux et les réalisations remarquables, elle s’est positionnée comme le jury régional de référence. Chaque année l’Académie décerne environ 15 prix de littérature, de science, d’histoire, des arts, du patrimoine et de la culture régionale. Il n’y a pas de dépôt de candidatures à l’académie de Saintonge, ce sont les académiciens eux-mêmes qui repèrent et soumettent à leurs collègues, qui à leur tour les examinent, les travaux et les réalisations dignes de concourir pour un prix. Quant au financement, à part le grand prix offert par les académiciens, ce sont des collectivités locales, ou des personnes morales ou privées qui y pourvoient. Il y a des prix de la Ville de Royan, de Rochefort, de Saintes, de Marennes, de la Haute-Saintonge, de la communauté Royan atlantique, de l’Aquarium de La Rochelle etc.
Le résultat c’est que les courroies de transmissions avec le monde de la culture sont de trois ordres, le réseau des lauréats, 150 en dix ans, qui sont les forces vives de la création et de la recherche dans notre région, les élus locaux maires et adjoints chargés de la culture ou responsables des institutions et associations culturelles avec qui nous sommes en contact, enfin les académiciens eux-mêmes à leur poste d’observateurs et de dénicheurs de talents.

Notre objectif est de mettre en valeur, de faire découvrir et de faire se rencontrer des spécialistes de domaines qui ne vivent pas toujours sur la même planète et qui sont parfois les premiers surpris, tel le climatologue Hervé Le Treut, l’un de nos grands prix, qui nous a écrit une de ces lettres qu’on a envie d’encadrer : « J’ai été extrêmement impressionné par la qualité des autres personnes, associations et travaux qui ont été primés. L’ouverture thématique de l’Académie est absolument remarquable, le mélange entre enracinement régional et visibilité nationale aussi ».

Notre site Internet permet, à ceux qui le souhaitent, de retrouver notre actualité, nos palmarès et de nous contacter. Nous avons aussi une page Facebook sur laquelle je vous invite à nous retrouver. Notre souci constant est d’appliquer nos exigences de qualité et d’excellence à des travaux qui suscitent la curiosité ou l’intérêt aujourd’hui. Selon la formule à la mode, de ne pas être « hors-sol » d’être en contact avec l’actualité de la création et de la recherche, mais aussi avec les attentes du public. Pour cela, nous disposons d’un instrument de mesure que nous ne soupçonnions même pas, avec les prix financés par des mécènes privés qui en déterminent le thème. Il y a un prix de littérature, deux prix d’histoire etc. Il arrive qu’un prix disparaisse quand la personne qui le finançait disparait, il arrive en contrepartie que de nouveaux prix voient jour. Nous avons ainsi vu apparaitre un prix de l’innovation, un prix du patrimoine, un joli prix de la mer. Nous primons des bandes dessinées et des bandes d’individus entreprenants qu’on appelle des associations. Bref, on discerne ainsi des courants, peut-être des modes. Mais il nous fallait encore affiner nos radars.

Faute de moyens pour nous offrir une étude, rien que pour nous, nous avons profité d’une enquête nationale du ministère de la Culture sur les attentes et les opinions du public. Les résultats sont assez étonnants ; d’ailleurs, ils sont restés confidentiels. Sans doute, parce qu’ils révèlent que les Français plébiscitent des domaines de la culture qui ne sont pas du domaine du ministère de la Culture. On peut en sourire ou s’en alarmer, à vous de juger !

Pour commencer, de façon massive (77%), quand ils entendent le mot culture, les Français pensent d’abord à… la science. En deuxième position (73%), ils mentionnent les voyages, et en troisième, aller au théâtre (62%) – plus classique mais ex-aequo (62%) – c’est sans doute le résultat qui a le plus perturbé le ministère ! – avec la cuisine. Ces réponses imprévues devancent les pratiques culturelles auxquelles vous ou moi aurions pensé : lire la presse (58%), écouter de la musique classique (57%), lire des romans (57%), jouer d’un instrument de musique (53%) et aller au cinéma (50%). Devant ces chiffres, les experts ont conclu intelligemment que les gens attendent de la culture des expériences qui les touchent personnellement, mais aussi dont ils puissent parler avec d’autres. Dans une conversation, pour trouver un sujet qui crée des liens, la recette de la mouclade de ma grand-mère fait jeu égal avec la visite d’un monument ou un bouquin sensationnel !

En considérant nos activités de l’Académie de Saintonge à l’aune de ces résultats, pour la science, ça colle : nous primons des scientifiques, nous avons même un prix de l’innovation et les interventions des lauréats dans ce domaine connaissent toujours un grand succès. Les voyages, quant à eux, recouvrent en partie, ce que nous appelons le patrimoine, les musées et probablement l’histoire. La cuisine reste évidemment plus difficile à… digérer, c’est le cas de le dire par nos critères académiques. À moins de prendre les talents culinaires en considération pour l’élection d’un prochain académicien… Je ne sais pas si c’est pertinent mais j’avoue que c’est tentant !

Plus sérieusement, les Français se retrouvent autour d’une notion de la culture qui associe l’expérience personnelle et l’échange, la rencontre. Et ça, je pense que c’est très pertinent pour nos réflexions.
La suite de l’étude porte sur la réputation d’élitisme attachée à la culture. Près de la moitié des personnes interrogées accolent spontanément au mot culture l’adjectif général. La culture générale c’est le stock de savoirs qui permet de réussir à Questions pour un champion ou aux concours de la fonction publique. Du coup, les individus ne sont plus unis dans un rapport presqu’affectif avec une œuvre d’art, un livre ou une recette de cuisine, mais sélectionnés selon leurs connaissances. C’est intimidant, ça éveille des complexes de mauvais élève.

Comme tout n’est pas sombre dans la vie, ni dans les rapports officiels, pour équilibrer cette vision discriminante, j’ai gardé pour la fin la vision gratifiante de la culture, près d’un Français sur deux l’associe à des valeurs très positives. La liste là aussi est intéressante : la tolérance, le bien-être, la curiosité, l’enrichissement. Tout cela n’est pas forcement facile à transcrire dans nos palmarès, mais peut nous permettre d’en orienter l’esprit, du moins je l’espère, avec deux fils conducteurs : La culture est perçue comme une ouverture d’esprit et une ouverture aux autres.
Et ce sont ces convictions, je crois, qui nous rassemblent tous, ici !

Réception de Christine Sébert-Badois au 16e siège de l’Académie

Discours de présentation par Philippe Ravon

Philippe Ravon Christine Sébert-Badois rejoint aujourd’hui l’Académie de Saintonge. Sa présence nous a semblé naturelle tant sa vie et son destin sont liés à la Saintonge et tant son histoire familiale est associée par son père Jacques Badois à l’Académie, depuis bien longtemps.

Née en 1956 à Paris, Christine Sébert grandit en Ariège, elle fait ses études secondaires à Pamiers où son père, ingénieur, mène une brillante carrière dans la métallurgie au sein du Groupe Creusot-Loire. Après un Bac scientifique, Christine poursuit des études de langue à Toulouse et en Angleterre, couronnées par des diplômes de secrétariat de direction trilingue. Elle se marie en 1979 avec Philippe Sébert, photographe d’objets d’art. Une lignée de Sébert-Badois voit le jour au fil du temps avec trois filles et six petits-enfants. Parallèlement à une vie professionnelle parisienne et à une passion tenace pour les montagnes d’Ariège, Christine Sébert épaule son père dans la gestion et l’administration du domaine de La Roche Courbon dès 1975 ainsi que dans celle de la Route Historique des Trésors de Saintonge.

Bien que sa vie et sa personnalité soient riches, il faut, pour parler de Christine, évoquer de grands personnages et un site auquel elle est liée depuis sa naissance. Ce lieu, c’est La Roche Courbon où elle passait une grande partie de ses vacances ; sa famille et ce château ont un destin commun depuis 1920. Lorsque Paul Chénereau, son grand-père, répond à l’appel de Pierre Loti qui implore « que l’on sauve de la mort une forêt avec son château féodal campé au milieu », pouvait-il imaginer que la vie de sa famille se trouverait modifiée à ce point ?

Le château avait perdu son jardin à la française et Paul Chénereau s’attelle à ce premier chantier dès 1928 avec l’aide de l’architecte paysagiste bordelais Ferdinand Duprat ; il fait installer une majestueuse cascade en pierres pour structurer les jardins, crée des perspectives, des statues des plus grands artistes du XVIIe s. viennent orner les allées et border les miroirs d’eau reliés au Bruant pour redonner à ce monument historique un cadre à sa mesure. Paul Chénereau engage sa fortune pour lancer d’importants travaux à l’intérieur du château qu’il décore avec un goût sûr et visionnaire, entouré des meilleurs spécialistes, afin de respecter scrupuleusement l’esprit du lieu ; des visites sont organisées dès 1946 puis, sous l’égide des acteurs de la Comédie-Française, sont créées depuis 1960 d’inoubliables soirées « son et lumière ».

En 1967, c’est à sa fille Marie-Jeanne et son mari Jacques Badois que revient la responsabilité de poursuivre l’œuvre engagée. Pour continuer à faire vivre ce patrimoine et relever de nouveaux défis, il leur faut trouver quotidiennement, en eux-mêmes et en ce lieu, des forces inspirantes. Il semble que la devise des marquis de Courbon, FIDE-FIDELITATE-FORTITUDINE inscrite sur une cheminée du château, ait été écrite pour eux : foi, fidélité, courage ; ils n’en ont jamais manqué.

L’agriculture n’offrant plus les revenus nécessaires, il faut développer les activités liées au tourisme : les visites se structurent, le château offre de nombreuses activités artistiques. En 1968, des concerts de musique d’avant-garde y sont donnés, organisés par le festival de Royan, avec Olivier Messiaen, Iannis Xenakis et bien d’autres ; les premières années du Festival de Saintes offrent des moments uniques avec la redécouverte de la musique baroque aux côtés d’Alain Pacquier, Jordy Saval, Jean-Claude Malgoire, Jean-Claude Casadesus. Le château s’ouvre à son époque et Christine participe à tous ces événements, se forgeant ainsi une culture faite d’expériences et de rencontres.

Mais la réalité ne permet pas de rêver longtemps, les voûtes s’affaissent et menacent de s’écrouler, les toitures et charpentes doivent impérativement être restaurées ; un incendie détruit un bâtiment de 750 m². Une partie des magnifiques jardins à la française est inexorablement engloutie par les marais. Jacques Badois imagine pour les sauver une reconstruction sur pilotis, lançant un chantier commencé il y 25 ans. Puis la tempête Martin survient le 27 décembre 1999, dévastant la forêt et rendant impossible l’accès au château. Toutes ces épreuves semblent vécues par Jacques Badois comme autant de défis qu’il avait appris à relever dans ses années de scoutisme ; il est toujours resté fidèle au poème de Kipling «  If  » dont il aimait rappeler les vers : « si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir… »

La Roche Courbon devient au fil du temps un lieu vivant d’élaboration et de mise en pratique des valeurs d’une famille. Ces aventures sont constitutives de la personnalité de Christine Sébert et lorsqu’elle doit reprendre, au décès de ses parents, l’entière responsabilité du lieu, elle y travaille avec son mari depuis longtemps déjà et cela, malgré leur activité professionnelle à Paris. Elle se trouve dès lors à la tête d’une entreprise qu’elle connaît bien, mais elle doit trouver des subventions, équilibrer les budgets, faire des arbitrages parfois difficiles entre une restauration plutôt qu’une autre, bref la « vie de château » au XXIe s.

Christine Sébert veut donner ce qu’elle a reçu et partager ce qu’elle a appris de cette pratique quotidienne d’un monument historique. C’est ainsi qu’elle rejoint plusieurs organismes et associations liés au patrimoine : en 2002, administratrice puis une des vice-présidentes de la Demeure Historique (Association nationale de propriétaires gestionnaires de monuments historiques privés) ; en 2014, présidente de la Route Historique des Trésors de Saintonge (qui regroupe 29 adhérents de monuments publics et privés des Charentes) ; en 2015, élue à Charentes-Tourisme (Comité du Tourisme des départements de Charente et Charente-Maritime). Et depuis 2015, elle siège au Comité Leader de Charente-Maritime (gestion locale des fonds européens avec les collectivités locales – section patrimoine).

Christine Sébert donne sans compter son temps et son énergie à La Roche Courbon et à la région en offrant aux visiteurs des moments uniques comme les « sites en scène » qui depuis 25 ans et grâce au département de Charente-Maritime, font vivre le château sous le regard d’un metteur en scène. Le lieu accueille quotidiennement des réunions de sociétés savantes, des mariages, des événements allant de la course nature et des jeux anciens en bois à l’ Escapegame , sans oublier le musée de la préhistoire et ses riches collections, créé en 1949 et restructuré en 2016 par Yves Olivet et son équipe de bénévoles.

Jacques Badois, le père de Christine, disait : « les hommes sont semblables aux voyageurs d’un train. Ils passent tandis que le paysage reste, imperturbable. Je passerai, tandis que La Roche Courbon restera. » Avec son épouse, ils étaient tellement liés à La Roche Courbon que la transmission d’une telle aventure personnelle pouvait sembler difficile, les temps ayant changé ; mais ce passage délicat est réussi car, avant tout, ils ont transmis un patrimoine moral et spirituel, ce château n’étant que le vecteur de leurs idéaux. Les valeurs de cette famille qui a élaboré une véritable science de la mémoire et de la transmission sont aussi celles de l’Académie et c’est avec un grand plaisir que nous confions à Christine Sébert ce 16e siège occupé autrefois par Jacques Badois.

Discours de réponse de Christine Sébert-Badois

Christine Sébert-Badois Après la joie de l’annonce de cette nomination au 16e siège de votre docte Académie, je vous remercie de l’honneur qui m’est fait aujourd’hui de succéder à Madame Odile Pradem-Faure, directrice de la célèbre Association de l’Abbaye aux Dames de Saintes qui a demandé l’honorariat, puis à Jacques Badois, mon Père, qui l’a occupé de 1993 à 2008. Ingénieur, ayant fait toute sa carrière en Ariège où j’ai vécu mon enfance, il a su, par ses qualités de travailleur opiniâtre, mener de front la direction d’une usine de transformation de l’acier de 1 500 ouvriers et la sauvegarde et la mise en valeur touristique et artistique du château de La Roche Courbon dès que son beau-père, Paul Chénereau, l’a appelé à l’aide.

Ni de par ma naissance ou mon enfance, vous l’aurez compris, je ne suis Saintongeaise. Je le suis d’adoption et de cœur. La beauté des lumières et des paysages et l’intérêt culturel et patrimonial de cet héritage que j’ai reçu ne peuvent laisser indifférent et vous attachent inexorablement. De plus, les cagouillards sont accueillants ! Mon Père était aussi un homme pragmatique : il m’a ainsi appris la gestion patrimoniale par les pieds. Je ne compte plus les allées et venues et les rendez-vous auxquels j’ai participés ou préparés avec lui pour monter un dossier de restauration d’une tour ou d’un mur, d’un plan simple de gestion de la forêt ou du jardin classé. Il exploitait toutes les occasions pour distiller un peu de son apprentissage : elles furent foisonnantes et variées sur un tel lieu. Nous pratiquions la course de relais en famille, c’est une bonne école ! Fille unique, avais-je le choix ?

Être propriétaire gestionnaire d’un lieu comme La Roche Courbon, c’est accepter de prendre une responsabilité demandant des aptitudes diverses, allant de la maladie de la pierre à la gestion d’une forêt en passant par la direction d’une TPE et donc d’une équipe. Nous n’avons pas été formés pour ces tâches ; il n’existe pas d’école encore en France. Le tourisme et donc le patrimoine bâti ouvert, aussi bien public que privé, apportent pourtant une contribution non négligeable au PIB de notre pays… Il est nécessaire également de construire et alimenter un contact permanent avec les pouvoirs publics, d’élaborer des dossiers de subventions pour les restaurations majeures et l’entretien des bâtiments, puis de coordonner les services de la Direction Régionale des Affaires culturelles, des sports et cultures du département, les architectes du patrimoine et les artisans spécialisés.

C’est d’une part recevoir des artistes ou des spécialistes qui souhaitent partager avec nous leurs savoirs en s’exprimant sur ces lieux qui résonnent à leurs cœurs et à leurs talents et leur donnent envie d’aller plus loin ou de partager un bout de chemin avec nous et, d’autre part, assurer le rayonnement culturel du monument en le partageant avec le plus grand nombre en s’évertuant de faire ressentir à chacun qu’il est le premier à découvrir La Roche Courbon et que sa démarche procède de l’unique et de l’essentiel ! Le beau à la portée du plus grand nombre, à l’image du Cabinet de Curiosités. Celui-ci permettait différents niveaux de lecture en fonction de ce que l’on savait et pouvait comprendre et de ce que l’on voulait transmettre ou partager (celui de notre Salle de Peintures à la Roche Courbon en est un vivant exemple).

Il m’est apparu plus récemment intéressant de prendre des responsabilités sur le plan national, acceptant d’être administrateur puis une des vice-présidentes de la Demeure Historique, cette association qui a pour but de défendre le patrimoine bâti privé dans toutes ses diversités et ramifications. Sur le plan local, j’ai pris la suite de la présidence de la Route Historique des Trésors de Saintonge et d’Aunis qui a cette particularité de regrouper, en 2019, vingt-neuf sites patrimoniaux publics ou privés. C’est une chance d’allier terre et mer avec cette belle colonne vertébrale qu’est la Charente.

Mais je voulais aussi vous confier en quoi je suis personnellement attachée à votre Académie qui m’accueille. Dès que j’ai été en âge de lire et de tenter de comprendre, mes vacances à Saint-Porchaire ont raisonné des noms de certains académiciens, amis de mon grand-père, Paul Chénereau, qui a sauvé La Roche Courbon en 1920 pour rester fidèle à la promesse qu’il avait faite à son ami rochefortais Julien Viaud, dont le fils Samuel a eu la primeur d’occuper ce 16e siège. Je pense à Odette Commandon, notre « Jhavasse » et sa chienne Cassotte avec qui je jouais, enfant, lorsque nous étions reçus avec mes parents, le chanoine Tonnellier et ses livrets sur les églises romanes que je trouvais sur le bureau de mon grand-père, Jacques Texier qui avait restauré le château de Dampierre-sur-Boutonne et qui fut à l’initiative avec mon Père et d’autres de la Route Historique ; Pierre Geay qui a contribué à la recherche et mise en présentation des collections du Musée de Préhistoire de La Roche Courbon et dont le Musée de Saintes avec ses petits personnages façonnés de mie de pain m’ont fait imaginer, comme à tant d’autres, ce que pouvait être la vie des premiers hommes. Je pourrais aussi évoquer le chanoine Salün qui a concélébré notre mariage à Philippe et moi-même et aussi Jean-Claude Dubois, ami de mes parents, qui m’a enchantée par la lecture de ses poèmes.

Plus récemment, François Julien-Labruyère pour le Croît Vif et le Festival de musique ancienne de Saintes dont certains concerts ont eu lieu dans le Petit Théâtre à La Roche Courbon et Alain Quella-Villéger pour Loti dont il nous a fait découvrir les talents de photographe. Il est notre référent dans ce domaine et nous a permis d’initier, il y a quelques années, avec l’Association des amis du domaine, une intéressante exposition.

C’est tout naturellement que nous est apparu l’évidence à mon mari et à moi-même de proposer un prix Jacques et Marie-Jeanne Badois pour honorer leurs mémoires. Cela nous a permis, depuis maintenant huit ans, d’avoir la chance de rencontrer des initiateurs de sauvetage du patrimoine bâti local tous plus captivants et inventifs les uns que les autres. Peut-être est-ce cela aussi le rayonnement de l’Académie de Saintonge et je me dois de vous en remercier.
J’espère humblement y apporter ma pierre en souhaitant que les années futures voient les nouvelles générations s’intéresser à la vie et surtout au rayonnement de ces lieux dans lesquels chacun peut prendre conscience de son histoire et se demander comment il peut advenir tout en observant pour, éventuellement, imaginer son futur métier.

Je ne terminerais pas sans dire que si le patrimoine est l’école de l’humilité il est aussi constitutif de ceux qui le construisent, le restaurent et l’animent. Je tiens donc à dédier ces quelques mots à mon mari qui m’accompagne avec beaucoup de générosité et d’inventivité sur nos projets, à mes enfants qui apportent le sang neuf et les idées de la nouvelle génération et à l’équipe qui travaille avec nous en aidant et nous soutenant par son enthousiasme et sa fidélité.

Christine Sébert-Badois