{"id":1058,"date":"2015-08-06T09:30:12","date_gmt":"2015-08-06T08:30:12","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=1058"},"modified":"2016-01-28T15:49:03","modified_gmt":"2016-01-28T14:49:03","slug":"reception-de-odile-pradem-faure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=1058","title":{"rendered":"R\u00e9ception de Odile Pradem-Faure"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/prademfaure.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-256 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/prademfaure.jpg\" alt=\"prademfaure\" width=\"170\" height=\"210\" \/><\/a>16\u00e8me si\u00e8ge, cinqui\u00e8me titulaire.<\/p>\n<p>Biographie \u00e0 venir<br \/>\nRapport par Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/julien.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-320 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/julien.jpg\" alt=\"julien\" width=\"170\" height=\"210\" \/><\/a>Madame,<\/p>\n<p>Au nom de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge et de tous ses membres, je suis heureux de vous y accueillir. L&rsquo;hommage \u00e0 Jacques Badois que vous venez de nous donner nous a tous \u00e9mus, car il en est ainsi dans une acad\u00e9mie, les nouveaux sont charg\u00e9s d&rsquo;entretenir la m\u00e9moire des anciens. Il s&rsquo;agit l\u00e0 du r\u00f4le des si\u00e8ges &#8211; vous noterez que je ne parle pas de fauteuils car l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge est un organisme qui, comme on dit maintenant dans les cours de r\u00e9cr\u00e9ation, ne se prend pas la grosse t\u00eate &#8211; des si\u00e8ges donc, qui traversent le temps et assurent \u00e0 l&rsquo;institution sa continuit\u00e9.<\/p>\n<p>Vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9lue au seizi\u00e8me si\u00e8ge de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 celui dont la caract\u00e9ristique est la plus marqu\u00e9e. Ses quatre titulaires avant vous se sont tous occup\u00e9s de patrimoine. Cela commen\u00e7a avec Samuel Viaud-Loti qui consacra sa vie enti\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de son p\u00e8re, tant litt\u00e9raire que mus\u00e9ale. Son successeur, Ren\u00e9 Mesnard, est surtout connu pour les recherches historiques qu&rsquo;il mena sur le patrimoine de Surg\u00e8res. Puis vint Jehan de Latour de Geay dont les prix des Vieilles maisons fran\u00e7aises et des Chefs d&rsquo;\u0153uvre en p\u00e9ril sont encore dans les m\u00e9moires pour la restauration de ses deux ch\u00e2teaux, \u00c9coyeux et Beaufief pr\u00e8s de Saint-Jean-d&rsquo;Ang\u00e9ly. Quant \u00e0 Jacques Badois, vous l&rsquo;avez parfaitement dit, avec la magnifique r\u00e9fection des jardins de La Roche-Courbon et son animation ind\u00e9fectible du ch\u00e2teau, on ne peut mieux faire en mati\u00e8re de patrimoine. A moins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abbaye aux Dames, vous vous classiez \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec La Roche-Courbon&#8230;<\/p>\n<p>Je dois avouer, Madame, avoir \u00e9t\u00e9 surpris lors d&rsquo;une r\u00e9cente r\u00e9union priv\u00e9e de notre Acad\u00e9mie, vous avez commenc\u00e9 votre pr\u00e9sentation par ces mots : \u00ab Amen\u00e9e \u00e0 si\u00e9ger \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s, je me sens une charmante imb\u00e9cile. \u00bb Vous vouliez rendre hommage \u00e0 la belle \u00e9rudition de certains acad\u00e9miciens et aux \u0153uvres des autres, \u00e9tablies dans \u00e0 peu pr\u00e8s tous les domaines de la culture. Mais, le faisant, vous vous rabaissiez, certes avec un sens de l&rsquo;humour achev\u00e9&#8230; Permettez-moi toutefois d&rsquo;en ignorer la finesse. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris de ces deux mots parce que votre carri\u00e8re m\u00e9rite, \u00f4 combien, votre \u00e9lection au sein de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge. Elle m\u00eale animation culturelle et patrimoine, exactement dans les bris\u00e9s de vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs du seizi\u00e8me si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Mes coll\u00e8gues m&rsquo;ont demand\u00e9 de vous recevoir, Madame, parce que je suis, ch\u00e8re Odile, celui d&rsquo;entre eux qui te conna\u00eet le mieux. Chacun ici le sait, Odile et moi travaillons ensemble depuis une bonne dizaine d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 valoriser Saintes gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;abbaye aux Dames dont nous sommes loin d&rsquo;\u00eatre les seuls \u00e0 consid\u00e9rer qu&rsquo;elle est l&rsquo;atout majeur en termes d&rsquo;identit\u00e9 pour la ville. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une responsabilit\u00e9 importante dont Odile est la cheville ouvri\u00e8re. Alors me direz-vous, c&rsquo;est une OPA de l&rsquo;Abbaye aux Dames sur l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge ? Je peux vous assurer du contraire : au vu de comment s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Odile, ce serait plut\u00f4t une OPA amicale de l&rsquo;Acad\u00e9mie sur l&rsquo;Abbaye ! Je n&rsquo;\u00e9tais pas pr\u00e9sent lors de cette \u00e9lection et quand Marie-Dominique Montel m&rsquo;en a communiqu\u00e9 le r\u00e9sultat, ma premi\u00e8re r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9tonnement devant la quasi unanimit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tait faite autour du nom d&rsquo;Odile Pradem Faure. Un succ\u00e8s plut\u00f4t rare dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge dont les membres se font un malin plaisir \u00e0 disperser leurs votes sur plusieurs noms, montrant ainsi que le vivier culturel saintongeais est beaucoup plus nombreux qu&rsquo;on le pr\u00e9tend&#8230; Puis je me suis souvenu de quelques orientations qui guident les choix de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge : vers les femmes qui restent encore largement minoritaires, vers la culture non livresque qui, elle aussi, est sous-repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie, le tout arros\u00e9 d&rsquo;une petite dose de cognac.<\/p>\n<p>L&rsquo;origine d&rsquo;Odile, c&rsquo;est le Gers, en plein armagnac, \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un joli pied de nez \u00e0 Cognac o\u00f9 elle habite&#8230; Pour elle, existe un parall\u00e8le entre le Gers o\u00f9 elle a conserv\u00e9 ses attaches familiales et les Charentes o\u00f9 elle vit, un parall\u00e8le valant mieux qu&rsquo;un pied de nez : le pays de l&rsquo;armagnac poss\u00e8de le charme de la tradition mais aussi un c\u00f4t\u00e9 repli\u00e9 sur lui-m\u00eame et content de soi qui le rend \u00e9triqu\u00e9, tandis que le pays du cognac manque de ce charme intime mais lui semble plus apte \u00e0 comprendre le monde et ses \u00e9volutions, notamment dans le domaine des affaires. En revanche, ce qu&rsquo;elle regrette c&rsquo;est la coupure, la fronti\u00e8re, le foss\u00e9, le mur qui existent entre Saintes et Cognac. Comme quoi, comprendre le monde est une chose, vivre dans sa r\u00e9gion en est une autre, beaucoup plus complexe ! Apr\u00e8s des \u00e9tudes de gestion, option restauration, non pas du patrimoine comme on pourrait le supposer, mais tout simplement restauration au sens d&rsquo;h\u00f4tellerie, Odile passe d&rsquo;abord un an \u00e0 Londres comme ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel puis deux ans en Californie, sans carte verte &#8211; et j&rsquo;insiste l\u00e0-dessus car elle en est fi\u00e8re -, responsable de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nementiel dans une soci\u00e9t\u00e9 de catering, autrement dit un traiteur de taille industrielle. Son grand exploit et son grand souvenir reste l&rsquo;organisation c\u00f4t\u00e9 restauration de la convention nationale d&rsquo;Apple computers en 1985. Pas mal pour une immigr\u00e9e ill\u00e9gale ! Voil\u00e0 en tout cas un trait qui exprime bien la personnalit\u00e9 entreprenante d&rsquo;Odile et sa sensibilit\u00e9 aux probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9, car il n&rsquo;y a pas qu&rsquo;\u00e0 Los Angeles qu&rsquo;existent des travailleurs sans papiers. La conclusion personnelle qu&rsquo;elle tire de ces deux ann\u00e9es am\u00e9ricaines est qu&rsquo;elle a appr\u00e9ci\u00e9 leur aspect formateur mais qu&rsquo;elle ne s&rsquo;y est pas faite, parce que selon ses propres mots \u00ab les Am\u00e9ricains ont l&rsquo;espace, c&rsquo;est grisant, mais ils n&rsquo;ont pas le temps, c&rsquo;est suffocant \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourtant l\u00e0 qu&rsquo;elle se m\u00eale pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la culture, genre flower power, hippie branch\u00e9e psych\u00e9d\u00e9lique. Rien \u00e0 voir avec une cantate de Bach comme les affectionne le public du festival de Saintes&#8230; C&rsquo;est cette notion de temps escamot\u00e9 qui lui manque le plus. Apr\u00e8s un accident de moto \u00e0 Acapulco qui joue le r\u00f4le de r\u00e9v\u00e9lateur, elle revient en France, rencontre celui qui va devenir son mari, un psychologue dont le premier m\u00e9tier consiste \u00e0 socialiser des enfants ayant des troubles du comportement. Quand on conna\u00eet Odile, on sait toute l&rsquo;importance que Pascal, son mari, tient dans son existence. C&rsquo;est \u00e9vident pour sa vie de famille, ce l&rsquo;est aussi dans sa profession, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intuition qu&rsquo;elle en tire.<\/p>\n<p>Le premier enseignement qu&rsquo;elle retient de son retour en France et de sa rencontre avec Pascal est de d\u00e9missionner des h\u00f4tels Pullman o\u00f9 elle est entr\u00e9e comme chef de service. \u00ab On me demandait de mettre la pression sur les gens, l&rsquo;Am\u00e9rique m&rsquo;avait appris \u00e0 susciter l&rsquo;adh\u00e9sion \u00bb. Elle revient \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nementiel dans le groupe Caisses d&rsquo;\u00e9pargne et y organise la communication du sponsoring du premier Vend\u00e9e Globe de Tituan Lamazou, puis des courses d&rsquo;Isabelle Autissier.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/abbaye.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1059 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/abbaye.jpg\" alt=\"abbaye\" width=\"235\" height=\"250\" \/><\/a>Cherchant \u00e0 se rapprocher du lieu de travail de son mari, elle entre en 1992 \u00e0 l&rsquo;Abbaye aux Dames. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, deux associations y cohabitent, parfois difficilement : l&rsquo;Abbaye aux Dames elle-m\u00eame pour le spectacle vivant et les expositions, et l&rsquo;Institut de musique ancienne pour le festival. Depuis cette date, Odile n&rsquo;a pas quitt\u00e9 l&rsquo;abbaye et a connu toutes ses vicissitudes, les bonnes et les mauvaises, comme par exemple la faillite de l&rsquo;Institut de musique ancienne en 1994 qui valut finalement au festival de rena\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 un accord unanime de ses financeurs publics, qu&rsquo;ils soient de droite ou de gauche. Ou bien en 1998, la cr\u00e9ation du premier orchestre en Europe de jeunes musiciens se formant aux instruments d&rsquo;\u00e9poque, celui qu&rsquo;on appelle le Jeune Orchestre atlantique. Ou encore en 2003, le regroupement autour du festival de l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 l&rsquo;abbaye, ce qui aboutira en 2009 \u00e0 la signature d&rsquo;une convention d&rsquo;objectifs regroupant une fois encore l&rsquo;ensemble des financeurs publics, ville de Saintes, d\u00e9partement de la Charente-Maritime, r\u00e9gion Poitou-Charentes et \u00c9tat.<\/p>\n<p>De 1992 \u00e0 aujourd&rsquo;hui, une double m\u00e9tamorphose se produit, celle de l&rsquo;abbaye et celle d&rsquo;Odile. Celle-ci passe par tous les stades de la responsabilit\u00e9. Elle commence comme secr\u00e9taire, devient vite charg\u00e9e de production, un r\u00f4le essentiel en mati\u00e8re culturelle o\u00f9 elle d\u00e9couvre les caprices des musiciens et les a priori du public, puis administratrice du festival aupr\u00e8s de Philippe Herreweghe, son mentor en mati\u00e8re musicale. Comme tout parcours de ce style, le sien passe peu \u00e0 peu du contenu au contenant, ou si on pr\u00e9f\u00e8re de l&rsquo;action \u00e0 l&rsquo;institution, pour enfin piloter l&rsquo;ensemble comme directrice g\u00e9n\u00e9rale. Quant \u00e0 l&rsquo;association, elle aussi a fortement \u00e9volu\u00e9 avec le temps, passant du seul festival \u00e0 un ensemble d&rsquo;activit\u00e9s musicales, patrimoniales, culturelles, h\u00f4teli\u00e8res et commerciales qui font de l&rsquo;Abbaye aux Dames un des sites majeurs de la r\u00e9gion Poitou-Charentes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dire si la place d&rsquo;Odile Pradem-Faure va \u00eatre essentielle au sein de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge. Elle lui apportera son exp\u00e9rience de l&rsquo;animation culturelle, sa sensibilit\u00e9 \u00e0 la musique &#8211; domaine qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie -, sa pratique du patrimoine et son sens de l&rsquo;humour. Certes, notre r\u00e9gion est minuscule en regard de l&rsquo;Am\u00e9rique, mais bienvenue au temps retrouv\u00e9 de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge&#8230;<\/p>\n<p>Hommage \u00e0 Jacques Badois par Odile Pradem-Faure<\/p>\n<p>Madame la Directrice, Mesdames, Messieurs, Dans un pays o\u00f9 la loi salique a refus\u00e9 aux femmes, pendant des si\u00e8cles, le droit d&rsquo;acc\u00e9der au tr\u00f4ne, chacune, \u00e0 l&rsquo;heure d&rsquo;\u00eatre honor\u00e9e, se pose la question de sa l\u00e9gitimit\u00e9. Dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle, il m&rsquo;est parfois arriv\u00e9 de m&rsquo;interroger sur le bien-fond\u00e9 de ma place ou de mes fonctions. Mais je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 aussi dubitative que le jour o\u00f9 vous m&rsquo;avez fait l&rsquo;honneur de m&rsquo;accueillir dans cette acad\u00e9mie. Ni de Saintonge &#8211; mon accent m&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 trahi, ni \u00e9rudite ni \u00e9crivain, puis-je \u00eatre digne de succ\u00e9der \u00e0 Jacques Badois au 16e si\u00e8ge de l&rsquo;Acad\u00e9mie, en quoi pourrais-je \u00eatre utile \u00e0 \u00ab soutenir la vitalit\u00e9 de la culture r\u00e9gionale \u00bb ?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/badois.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-253 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/badois.jpg\" alt=\"badois\" width=\"170\" height=\"210\" \/><\/a>OUI ! Comment succ\u00e9der \u00e0 Jacques Badois &#8211; que vous avez tous si bien connu, et que l&rsquo;an pass\u00e9 notre ch\u00e8re directrice d\u00e9crivait comme un \u00ab prince charmant \u00bb. Rien semble-t-il ne pr\u00e9disposait Jacques Badois \u00e0 devenir le magicien qui a redonn\u00e9 vie au ch\u00e2teau de La Roche-Courbon. Centralien, il a au cours de sa brillante carri\u00e8re d&rsquo;ing\u00e9nieur de la m\u00e9tallurgie particip\u00e9 activement \u00e0 la sp\u00e9cialisation notamment en Ari\u00e8ge d&rsquo;une usine dans les alliages l\u00e9gers pour l&rsquo;aviation, usine qui existe encore aujourd&rsquo;hui.<br \/>\nNous sommes loin de la Saintonge et de ses palais de Belles au Bois Dormant ! Seule la pi\u00e9t\u00e9 et la tendresse filiale, le sens du devoir aigu qui l&rsquo;habite expliquent qu&rsquo;il ait accept\u00e9 en 1967 de relever le d\u00e9fi de succ\u00e9der \u00e0 son beau-p\u00e8re \u00e0 la t\u00eate du domaine de la Roche Courbon. A ce moment-l\u00e0, le domaine cherche un souffle nouveau. Apr\u00e8s avoir sauv\u00e9 de l&rsquo;abandon ce joyau de notre Saintonge, apr\u00e8s l&rsquo;avoir remeubl\u00e9 et cr\u00e9\u00e9 avec l&rsquo;architecte paysagiste Ferdinant Duprat un magnifique jardin classique qui permettait un son et lumi\u00e8re dont tous les anciens se souviennent avec \u00e9motion, apr\u00e8s avoir r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 l&rsquo;exploitation agricole du domaine autour de l&rsquo;\u00e9levage, il n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que Paul Ch\u00e9nereau se trouve dans une situation d\u00e9licate. Comment poursuivre cet \u00e9lan ? Comment l&rsquo;amplifier ? Autrement dit, comment transformer le sauvetage du domaine en v\u00e9ritable entreprise ? Jacques Badois, aid\u00e9 de son \u00e9pouse et de l&rsquo;\u00e9quipe de collaborateurs en place, se donne quatre ans. Il attaque les travaux de toiture (charpentes et couverture) et, assure le redressement de la galerie du XVIIe si\u00e8cle. Dans un second temps, autour des ann\u00e9es 1980, il entreprend ce qui sera un chantier de vingt quatre longues ann\u00e9es : reconstruire une partie des jardins sur pilotis pour \u00e9viter qu&rsquo;ils ne s&rsquo;enfoncent dans le marais du Bruant.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9part, Jacques Badois s&rsquo;impose une parfaite rigueur de gestion, refusant de faire courir quelque risque financier que ce soit \u00e0 sa famille : il consid\u00e8re \u00e0 raison que La Roche Courbon doit \u00eatre une entit\u00e9 \u00e9conomique ind\u00e9pendante. Jacques Badois est alors convaincu que le projet de renouveau de La Roche Courbon passe en grande partie par le d\u00e9veloppement d&rsquo;une activit\u00e9 touristique, l&rsquo;activit\u00e9 agricole \u00e9tant sur son d\u00e9clin. Chaque centime gagn\u00e9 \u00e0 la Roche Courbon est imm\u00e9diatement r\u00e9investi dans les travaux d&rsquo;entretien et de r\u00e9novation du site. Par son approche innovante liant d\u00e9veloppement culturel et \u00e9conomique, Jacques Badois appara\u00eet ind\u00e9niablement comme un pr\u00e9curseur.<br \/>\nCette rigueur dans l&rsquo;action est le fruit d&rsquo;un engagement quasi \u00ab constitutif de sa personne \u00bb : le mouvement \u00e9claireur, il a m\u00eame c\u00f4toy\u00e9 Baden Powell dans sa jeunesse. Cet engagement est aussi sans doute une autre cl\u00e9 de son succ\u00e8s : sa capacit\u00e9 \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer les \u00e9nergies, \u00e0 emporter l&rsquo;adh\u00e9sion de tous ceux &#8211; famille comprise &#8211; qui s&rsquo;investissent et qui travaillent dans le lieu. Tout ce qui se fait \u00e0 la Roche Courbon se fait \u00ab ensemble \u00bb. Au fil du temps se constitue une \u00e9quipe de salari\u00e9s pleinement engag\u00e9s dans la renaissance du lieu. Ainsi les m\u00eames qui certains jours faisaient visiter le ch\u00e2teau l&rsquo;apr\u00e8s-midi, allaient \u00e0 l&rsquo;heure du d\u00e9jeuner apporter aux revendeurs du march\u00e9 les fromages de la propri\u00e9t\u00e9. Encore aujourd&rsquo;hui l&rsquo;animateur du site peut dans la m\u00eame journ\u00e9e troquer son veston de commercial pour la veste du couvreur afin de remettre quelques tuiles en place. Ou encore un petit-fils en vacances (la 4e g\u00e9n\u00e9ration) peut se transformer en agent de promotion dans l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ol\u00e9ron pendant que d&rsquo;autres curent les bassins de l&rsquo;escalier d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise La Roche Courbon a su \u00e9voluer, s&rsquo;adapter ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e \u00e0 tous les contextes. L&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;exploitation se r\u00e9sume en deux chiffres : en 1950 80% des produits proviennent de l&rsquo;agriculture, en 1997 85 % viennent du tourisme. On ne compte pas les innovations lanc\u00e9es par Jacques Badois, telle que l&rsquo;acceptation de l&rsquo;ouverture du site \u00e0 des op\u00e9rations de formation autour des jeunes, de classe du patrimoine. Jacques Badois refuse l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un patrimoine fig\u00e9, enferm\u00e9 dans ses \u00ab atours \u00bb, il veut un patrimoine vivant, d\u00e9cor de film publicitaire ou autres, lieu de f\u00eates et de th\u00e9\u00e2tre dans lequel le spectateur d&rsquo;hier ou l&rsquo;invit\u00e9 du mariage d&rsquo;aujourd&rsquo;hui revient demain en famille visiter les lieux. S&rsquo;il est un homme qui a su, en g\u00e9rant intelligemment le patrimoine dont il a h\u00e9rit\u00e9, porter au loin la renomm\u00e9e de notre ch\u00e8re Saintonge, c&rsquo;est bien Jacques Badois. A cet homme rigoureux, f\u00e9d\u00e9rateur, p\u00e9dagogue, g\u00e9n\u00e9reux, qui ne se d\u00e9courage jamais (\u00e0 90 ans pass\u00e9s, au lendemain de la temp\u00eate terrible de d\u00e9cembre 1999, il propose \u00e0 sa fille de saisir l&rsquo;opportunit\u00e9 de ce d\u00e9sastre pour cr\u00e9er une \u00e9cole de b\u00fbcheronnage dans la for\u00eat d\u00e9vast\u00e9e), \u00e0 cet homme qui a su brillamment passer de manager industriel \u00e0 manager culturel il ne sera pas ais\u00e9 de lui succ\u00e9der \u00e0 ce seizi\u00e8me si\u00e8ge.<br \/>\nApr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 Christine S\u00e9bert Badois, sa fille, \u00e9voquer sa forte personnalit\u00e9, je sais en revanche que Jacques Badois est pour moi un mod\u00e8le \u00e0 suivre, comme spirituel dans mon action quotidienne.<\/p>\n<p>D&rsquo;autant qu&rsquo;\u00e0 la naissance du festival de Saintes, La Roche-Courbon accueillit de m\u00e9morables concerts dans ses jardins (Watermusic de Haendel avec Jean-Claude Malgoire et La Grande Ecurie &amp; la Chambre du Roy, Jean-Claude Casadesus avec l&rsquo;Orchestre de Lille, ainsi que de nombreuses formations vocales principalement anglaises). Il y a quelques semaines, un fid\u00e8le du festival m&rsquo;a apport\u00e9 un petit tr\u00e9sor photographique, des ann\u00e9es 1971\/1973 dans lequel je retrouvai Jacques Badois, en compagnie de Michel Guy, ministre de la Culture, en ces lointaines ann\u00e9es. Preuve suppl\u00e9mentaire de la reconnaissance de ses pairs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce membre du Conseil \u00e9conomique et social.<br \/>\nJ&rsquo;ai peu connu Jacques Badois. A peine nous sommes-nous crois\u00e9s parfois. Mais gr\u00e2ce \u00e0 vous, chers acad\u00e9miciens, je peux imaginer entre lui et moi des int\u00e9r\u00eats communs, des missions partag\u00e9es.<\/p>\n<p>En effet, depuis 1992 &#8211; ann\u00e9e \u00e0 laquelle je suis arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Abbaye aux Dames &#8211; j&rsquo;ai inscrit mon action dans la poursuite du travail de mes pr\u00e9d\u00e9cesseurs, mais aussi dans l&rsquo;adaptation d&rsquo;un projet alliant patrimoine architectural, musique et activit\u00e9s touristiques et commerciales \u00e0 de nouveaux enjeux \u00e9conomiques.<br \/>\nAinsi pr\u00e9sent\u00e9es, me direz-vous, les choses peuvent sembler bien arides. C&rsquo;est pourtant un plaisir et une passion de chaque jour que Jacques Badois a d\u00fb ressentir lui aussi de faire vivre quotidiennement un patrimoine culturel qui nous a \u00e9t\u00e9 transmis ; c&rsquo;est un d\u00e9fi exaltant de le transmettre \u00e0 son tour tout en l&rsquo;inscrivant dans l&rsquo;\u00e9poque actuelle.<br \/>\nFille d&rsquo;un instituteur de l&rsquo;\u00e9cole publique, la\u00efque et obligatoire comme je l&rsquo;\u00e9crivais obstin\u00e9ment \u00e0 chaque fois que l&rsquo;on me demandait mon adresse, j&rsquo;ai longtemps cru avoir rejet\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de transmission, de p\u00e9dagogie ou de partage des savoirs. Plus vers\u00e9e dans la gestion h\u00f4teli\u00e8re ou la communication, je pr\u00e9f\u00e9rais voyager \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger que de m&rsquo;inqui\u00e9ter de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la culture pour tous. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 j&rsquo;ai d\u00e9couvert Saintes, son abbaye, son festival, cette ville \u00e0 la lumi\u00e8re si particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Les premiers temps, il a fallu apprivoiser l&rsquo;histoire de la ville, celle du site et la chose musicale. Autant dire un monde. Tr\u00e8s vite, au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9motion provoqu\u00e9e par le \u00ab Beau \u00bb, j&rsquo;ai pu constater le hiatus entre les musiciens classiques et la majorit\u00e9 du public. Le musicien classique est comme le matheux, comme le sp\u00e9cialiste de l&rsquo;architecture m\u00e9di\u00e9vale, et peut-\u00eatre devrais-je dire comme tout \u00e9rudit, il s&rsquo;exprime avec un langage compris de lui seul, ou d&rsquo;un nombre restreint d&rsquo;initi\u00e9s. Et pourtant dans le m\u00eame temps, les plus belles pages de la musique, ou la construction au fil des si\u00e8cles d&rsquo;un lieu aussi beau que l&rsquo;abbaye aux Dames &#8211; ces langages musicaux et architecturaux sont porteurs d&rsquo;une force symbolique et \u00e9motionnelle qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mieux partag\u00e9es. Et c&rsquo;est la question du comment mieux partager, mieux faire conna\u00eetre, donner au plus grand nombre les mots pour s&rsquo;approprier ces langages qui m&rsquo;anime depuis vingt ans. Et je ne parle pas de ces multiples ateliers de sensibilisation dont le milieu culturel et les minist\u00e8res successifs ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement friands ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Je parle d&rsquo;un questionnement plus essentiel sur la place des arts et leur repr\u00e9sentation dans notre d\u00e9lirante soci\u00e9t\u00e9 de consommation et de divertissement.<\/p>\n<p>Pascal Quignard en 1979 \u00e9crivait : \u00ab\u00a0La musique est la seule langue qui puisse se passer de langage\u00a0\u00bb. Certes mais encore faut-il appartenir \u00e0 la communaut\u00e9 qui pratique cette langue.<\/p>\n<p>Poursuivre avec vous ce questionnement sur la langue du partage des savoirs sans doute est-ce l\u00e0 ma l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 si\u00e9ger dans cette sympathique compagnie, en essayant de r\u00e9pondre avec vous \u00e0 la question \u00ab comment \u0153uvrer pour le rayonnement de notre r\u00e9gion \u00bb ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>16\u00e8me si\u00e8ge, cinqui\u00e8me titulaire. 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