{"id":1115,"date":"2015-08-06T10:00:24","date_gmt":"2015-08-06T09:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=1115"},"modified":"2019-08-02T12:08:44","modified_gmt":"2019-08-02T11:08:44","slug":"panorama-de-lannee-culturelle-saintongeaise-en-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=1115","title":{"rendered":"Panorama de l&rsquo;ann\u00e9e culturelle Saintongeaise en 2011"},"content":{"rendered":"<p>Par Marie-Dominique Montel, directeur en exercice<\/p>\n<p>Mesdames et messieurs, chers amis, bienvenue \u00e0 tous. Je d\u00e9clare ouverte cette c\u00e9r\u00e9monie des Prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, qui nous rassemble pour couronner les personnalit\u00e9s charentaises de l&rsquo;ann\u00e9e dans le domaine de la culture. Ce palmar\u00e8s que vous allez d\u00e9couvrir est compos\u00e9 cette ann\u00e9e de 14 prix, s\u00e9lectionn\u00e9s par le jury de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, et financ\u00e9s par des aides publiques et priv\u00e9es. Je tiens \u00e0 remercier ici tous nos m\u00e9c\u00e8nes, en particulier le d\u00e9partement de Charente-Maritime qui \u00e9paule notre Acad\u00e9mie depuis de longues ann\u00e9es et qui nous fait l&rsquo;honneur de s&rsquo;associer d\u00e9sormais, en le finan\u00e7ant, \u00e0 notre grand prix. Il nous faut remercier aussi la ville de Saintes qui offre \u00e0 nos rendez-vous le cadre de cette salle Saintonge, et tous ceux, collectivit\u00e9s locales, journaux, entreprises ou personnalit\u00e9s priv\u00e9es qui nous aident \u00e0 financer les prix et \u00e0 les faire connaitre.<br \/>\nIl y a un nouveau prix, dans ce palmar\u00e8s 2011, dont je voudrais saluer la naissance car sa fondation nous \u00e9meut particuli\u00e8rement, c&rsquo;est le \u00ab Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois, cr\u00e9\u00e9\u00e0 l&rsquo;initiative de Christine Sebert, fille de notre coll\u00e8gue Jacques Badois et de son \u00e9pouse r\u00e9cemment disparus. Le prix comm\u00e9morera leur attachement \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie, leur \u0153uvre \u00e0 La Roche Courbon, et r\u00e9compensera \u00e0 partir de cette saison les restaurations exemplaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;Acad\u00e9mie a eu le chagrin de voir disparaitre, cette ann\u00e9e, trois de ses grandes figures tut\u00e9laires, notre directeur historique Jean Gl\u00e9nisson qui a \u00e9t\u00e9 notre brillant mentor de 1982 \u00e01991, madame Pauline Reverchon merveilleuse biblioth\u00e9caire et historienne de Cognac qui \u00e9tait le plus ancien membre de l&rsquo;acad\u00e9mie puisqu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lue en 1972, enfin notre doyen, Michel Danglade, \u00e9crivain plein de finesse et peintre de la marine que nous avions c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l&rsquo;an dernier. Marc Seguin et Pierre Dumousseau leur rendront hommage tout \u00e0 l&rsquo;heure. Quant \u00e0 moi, je voudrais, en leur honneur vous raconter une histoire qui leur aurait je crois plu \u00e0 chacun d&rsquo;entre eux, et que chacun aurait aim\u00e9 \u00e0 sa fa\u00e7on.<\/p>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 50, un groupe de jeunes cin\u00e9astes qui maniaient la cam\u00e9ra de fa\u00e7on insolente et novatrice a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 la nouvelle vague par les journalistes et le nom leur est rest\u00e9 ; ils s&rsquo;appelaient Francois Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol ou Jacques Rivette, pour les tous premiers d&rsquo;entre eux, et ils avaient en commun d&rsquo;avoir us\u00e9 leurs fonds de culotte sur les si\u00e8ges de la cin\u00e9math\u00e8que et d&rsquo;avoir un m\u00eame p\u00e8re spirituel, un charentais, de la Rochelle, sans doute le plus grand critique de cin\u00e9ma du XXe si\u00e8cle, Andr\u00e9 Bazin. Ils avaient tous travaill\u00e9 et peaufin\u00e9 leurs id\u00e9es dans la revue qu&rsquo;il dirigeait, Les cahiers du cin\u00e9ma. Un journal o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et au style autant, sinon plus, qu&rsquo;au sujet du film et aux vedettes. Un journal dirig\u00e9 par un homme qui visiblement donne des ailes \u00e0 ses journalistes puisqu&rsquo;ils vont tous, ou presque, devenir cin\u00e9astes et d\u00e9dier \u00e0 leur ancien patron leurs premiers films. Que Bazin n&rsquo;a jamais vu puisqu&rsquo;il est mort quelques mois avant la sortie des \u00ab 400 coups \u00bb de Truffaut, en 1958. Il avait tout juste 40 ans.<\/p>\n<p>Pour Bazin, la culture est un cadeau inestimable parce que c&rsquo;est un moyen d&rsquo;\u00e9mancipation quand elle fait partie de la vie. Maigre, un peu vo\u00fbt\u00e9, le regard vif, catho de gauche, il s&rsquo;\u00e9tait fait l&rsquo;ap\u00f4tre du cin\u00e9ma de qualit\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;un public de plus en plus vaste, dans ses articles mais aussi en montant cin\u00e9-club sur cin\u00e9-club au sein des r\u00e9seaux \u00e9tudiants, catholiques ou du syndicalisme ouvrier. A la Rochelle o\u00f9 il revient toujours r\u00e9guli\u00e8rement il est, d\u00e8s 1947, le parrain du premier cin\u00e9-club la Lanterne magique et son p\u00e8re en est le directeur pendant de longues ann\u00e9es.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait \u00ab une esp\u00e8ce de saint en casquette de velours \u00bb disait de lui le jeune Fran\u00e7ois Truffaut que Bazin et sa femme avaient h\u00e9berg\u00e9 chez eux pendant deux ans. Il aurait voulu \u00eatre instituteur et avait suivi le cursus logique \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole normale de La Rochelle puis \u00e0 Versailles avant d&rsquo;\u00eatre recal\u00e9 sans piti\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oral parce qu&rsquo;il b\u00e9gayait (on se demande au passage comment ses professeurs l&rsquo;avaient laiss\u00e9 s&rsquo;engager dans cette voie). Il savait pourtant tenir une salle en haleine, par l&rsquo;intelligence de son propos et la finesse de ses id\u00e9es, c&rsquo;est du moins ce que les anciens du cin\u00e9-club de la Rochelle racontent volontiers.<\/p>\n<p>Quelques temps avant sa mort, on lui avait propos\u00e9 de passer \u00e0 son tour derri\u00e8re la cam\u00e9ra et, apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi, car c&rsquo;\u00e9tait un homme qui ne faisait pas les choses \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, il avait r\u00e9dig\u00e9 une proposition de film. Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, un peu comme son testament, par les Cahiers du cin\u00e9ma quelques mois apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s ; et il a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 par un critique actuel, Jean-Jacques Bernard, qui a eu la gentillesse de me le confier pensant que l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge pourrait y trouver quelque int\u00e9r\u00eat. Et de fait, ce texte s&rsquo;intitule : Les \u00e9glises romanes de Saintonge, projet de film d&rsquo;Andr\u00e9 Bazin. D\u00e8s les premi\u00e8res lignes, il y fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 deux de nos anciens coll\u00e8gues de l&rsquo;Acad\u00e9mie, une sommit\u00e9 dans le monde de l&rsquo;art Roman de notre r\u00e9gion, le Chanoine Tonnellier (fondateur de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, justement dans ces ann\u00e9es l\u00e0) et Fran\u00e7ois de Chasseloup Laubat qui avait entrepris le relev\u00e9 photographique des \u00e9glises saintongeaises.<\/p>\n<p>Mais pourquoi choisir, comme th\u00e8me de film, les \u00e9glises romanes de Saintonge? C&rsquo;est la question qu&rsquo;Andr\u00e9 Bazin s&rsquo;est bien dit que vous vous poseriez et celle qu&rsquo;il pose lui-m\u00eame d&rsquo;entr\u00e9e de jeu.<br \/>\n\u00ab La richesse, la force et la vari\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;art roman sur le territoire fran\u00e7ais justifieraient \u00e0 priori cent films diff\u00e9rents qui n&rsquo;\u00e9puiseraient pas le sujet&#8230; on peut, dans ces conditions, se poser d&rsquo;abord le probl\u00e8me de la justification particuli\u00e8re d&rsquo;un film sur les \u00e9glises de Saintonge. \u00bb D&rsquo;autant qu&rsquo;elles ne sont pas les plus spectaculaires ni les plus grandioses de toutes. Bien sur, dit-il, \u00ab Si le film est en couleurs, tout un champ d&rsquo;observation nous est offert par les harmonies admirables de la pierre saintongeaise \u00bb.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, leur caract\u00e8re exceptionnel ne vient pas de l\u00e0. Il vient d&rsquo;une plus grande connivence avec les paysages et avec l&rsquo;humanit\u00e9. Ce qu&rsquo;elles ont de vraiment sp\u00e9cial, explique-t-il, c&rsquo;est leur densit\u00e9 sur le territoire et leur int\u00e9gration dans la vie des hommes et des villages. On comprend \u00e0 le lire qu&rsquo;il a d\u00e9couvert la plupart de ces \u00e9difices lors d&rsquo;exp\u00e9ditions \u00e0 v\u00e9lo dans son adolescence charentaise. Il raconte comment pour entrer dans les \u00e9glises de village, il faut d&rsquo;abord aller demander la cl\u00e9 : on n&rsquo;arrive chez le bon Dieu qu&rsquo;en passant par les hommes. Ce qui lui plaisait, apr\u00e8s la beaut\u00e9 architecturale de Talmont, d&rsquo;Aulnay de Saintonge, de Corme Ecluse, d&rsquo;Echillais, c&rsquo;est \u00ab la familiarit\u00e9 quasi organique de l&rsquo;\u00e9glise et de la vie paysanne. Parfois, \u00e9crit-il, le monument religieux a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement absorb\u00e9 comme dans la prodigieuse abbaye de Trizay, transform\u00e9e en ferme o\u00f9 les poules couvent dans les niches des saints et o\u00f9 la salle capitulaire est devenue la grange \u00e0 foin \u00bb<br \/>\nIl admire cette \u00ab harmonie naturelle et ancestrale o\u00f9 la vie rurale contemporaine parait poursuivre avec l&rsquo;\u00e9glise une amiti\u00e9 si vieille. Nul sentiment de sacril\u00e8ge pourtant, peut-\u00eatre justement parce que quelque chose dans l&rsquo;art roman saintongeais le pr\u00e9disposait \u00e0 cette lente et insensible humanisation paysanne. Nulle part mieux qu&rsquo;ici l&rsquo;art et l&rsquo;architecture romans n&rsquo;apparaissent de fa\u00e7on plus constante et plus subtile entretenir avec la g\u00e9ographie physique et humaine de relation aussi n\u00e9cessaire et naturelle \u00bb<br \/>\nMerci monsieur Bazin. Si ce film sur les \u00e9glises romanes de Saintonge n&rsquo;exista jamais que dans votre t\u00eate, nous n&rsquo;oublierons pas que l&rsquo;essentiel se situe dans l&rsquo;harmonie et l&rsquo;amiti\u00e9 que les hommes entretiennent avec les valeurs spirituelles et la culture, que vous l&rsquo;aviez reconnue, cette harmonie sur notre coin de terre qui \u00e9tait aussi le v\u00f4tre. Et nous nous r\u00e9p\u00e9terons, pour le bonheur de l&rsquo;entendre la teneur de votre magnifique conclusion : \u00ab Nulle part mieux qu&rsquo;ici peut \u2013\u00eatre l&rsquo;esprit et l&rsquo;art n&rsquo;entretiennent avec la g\u00e9ographie et les hommes de relation aussi n\u00e9cessaire et naturelle \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Marie-Dominique Montel, directeur en exercice Mesdames et messieurs, chers amis, bienvenue \u00e0 tous. Je d\u00e9clare ouverte cette c\u00e9r\u00e9monie des Prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":1858,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[96,4,165],"tags":[],"class_list":["post-1115","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-96","category-archives","category-la-vie-culturelle-2011"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1115"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1115\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1272,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1115\/revisions\/1272"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1858"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}