{"id":1190,"date":"2015-08-06T10:45:40","date_gmt":"2015-08-06T09:45:40","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=1190"},"modified":"2019-08-02T12:08:31","modified_gmt":"2019-08-02T11:08:31","slug":"panorama-de-lannee-culturelle-saintongeaise-en-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=1190","title":{"rendered":"Panorama de l&rsquo;ann\u00e9e culturelle Saintongeaise en 2012"},"content":{"rendered":"<p>Discours d&rsquo;ouverture de Madame Dani\u00e8le Sallenave de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/p>\n<p>Madame la directrice de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, Mmes et MM. les Acad\u00e9miciens,<br \/>\nC&rsquo;est un grand honneur que vous me faites de m&rsquo;inviter \u00e0 ouvrir la s\u00e9ance de remise des prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge pour 2012. Et j&rsquo;y suis d&rsquo;autant plus sensible que je sais bien n&rsquo;y avoir aucun titre particulier, sinon l&rsquo;amiti\u00e9 de Mme Marie-Dominique Montel, et peut-\u00eatre aussi mon appartenance \u00e0 la grande r\u00e9gion de l&rsquo;Ouest de la France, \u00e0 sa culture, puisque je suis n\u00e9e un peu plus au Nord, dans la vall\u00e9e de la Loire et ses vignobles d&rsquo;Anjou. Ces deux r\u00e9gions et ces deux cultures sont tr\u00e8s proches, notamment par la langue qu&rsquo;on y parle et par sa prononciation : lorsque je lis sur la notice Wikipedia de la Saintonge que le \u00ab g \u00bb se prononce \u00ab expir\u00e9 \u00bb, je comprends parfaitement de quoi il s&rsquo;agit : j&rsquo;ai entendu toute mon enfance dans un village pr\u00e8s d&rsquo;Angers, ses habitants prononcer ainsi le \u00ab g \u00bb, comme je vais le faire \u00e0 l&rsquo;instant, \u00ab je n&rsquo;vais pas m&rsquo; g\u00eaner \u00bb et je pense que bien d&rsquo;autres traits nous sont aussi communs, peut-\u00eatre ce \u00ab \u00e9 \u00bb qu&rsquo;on prononce plut\u00f4t comme une sorte de \u00ab \u00e8 \u00bb en Anjou : le \u00ab cur\u00e8 \u00bb et non le \u00ab cur\u00e9 \u00bb.<br \/>\nMais l\u00e0 o\u00f9 je me sens pleinement l\u00e9gitime, c&rsquo;est en pensant qu&rsquo;\u00e0 travers moi, c&rsquo;est l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise qui adresse \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge adresse un signe d&rsquo;accueil, d&rsquo;amiti\u00e9 et de confraternit\u00e9. Et ce mouvement est l&rsquo;une des particularit\u00e9s les plus riches et les plus heureuses de notre Acad\u00e9mie : de son ant\u00e9riorit\u00e9 sur toutes les autres acad\u00e9mies de France, elle tire un sentiment non de sup\u00e9riorit\u00e9 mais de responsabilit\u00e9. Sa t\u00e2che, ses fonctions, ses devoirs, d\u00e9finis il y a plus de trois cents ans, elle sait les reconna\u00eetre et les saluer partout o\u00f9, sur le territoire, des personnalit\u00e9s de haut talent et de m\u00e9rite, \u0153uvrent comme elle le fait pour soutenir \u00e0 travers le temps les richesses et les particularit\u00e9s de la culture fran\u00e7aise. Et l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge l&rsquo;a toujours reconnu, ne serait-ce qu&rsquo;en ayant accueilli en son sein, celui que l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise devait \u00e9lire dix ans plus tard, l&rsquo;un de mes confr\u00e8res, l&rsquo;\u00e9crivain et critique Pierre-Henri Simon. Oserais-je compl\u00e9ter cette observation par une autre, plus personnelle ? A Pierre-Henri Simon, au 7\u00e8me fauteuil, devait succ\u00e9der Andr\u00e9 Roussin, \u00e0 qui succ\u00e9da Jacqueline de Romilly, dont j&rsquo;eus l&rsquo;honneur et la chance d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans le milieu des ann\u00e9es 60.<br \/>\nMais revenons \u00e0 nos Acad\u00e9mies. Elles se compl\u00e8tent, et compl\u00e8tent admirablement leurs travaux. Et pourtant, il semblerait que leur projet m\u00eame les s\u00e9pare : l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise a vocation d&rsquo;aider \u00e0 unifier et purifier une langue, le fran\u00e7ais. Tandis que la v\u00f4tre, lorsqu&rsquo;elle se voit cr\u00e9\u00e9e le 9 mars 1957 par le chanoine Tonnelier, c&rsquo;est pour soutenir la vitalit\u00e9 de la culture r\u00e9gionale. Mais nous nous rejoignons &#8211; la notion m\u00eame de soutien \u00e0 une \u00ab culture r\u00e9gionale \u00bb suppose le soutien \u00e0 la langue dans laquelle elle se dit. Le fran\u00e7ais, sans doute, mais dans les formes qu&rsquo;on parle en Poitou Saintonge, et qui vont se retrouver dans la \u00ab Belle Province \u00bb.<br \/>\nCe genre de d\u00e9bat devait \u00eatre cependant assez \u00e9tranger au Cardinal de Richelieu, m\u00eame si la l\u00e9gende veut qu&rsquo;il soit n\u00e9 en Poitou au ch\u00e2teau de Richelieu. La notion de \u00ab culture r\u00e9gionale \u00bb est relativement moderne, et elle est une nouveaut\u00e9 heureuse dans une France qui, d\u00e8s l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, c&rsquo;est-\u00e0-dire bien longtemps avant la France issue de la r\u00e9volution, bien avant la France r\u00e9publicaine et r\u00e9put\u00e9e jacobine, avait pour objectif l&rsquo;unification de la nation, autour de sa langue, et sa centralisation politique. Et donc forc\u00e9ment de sa culture : m\u00eame si Moli\u00e8re avait s\u00fbrement l&rsquo;accent du midi, son \u0153uvre appartient \u00e0 la culture nationale, qu&rsquo;elle a contribu\u00e9 \u00e0 forger.<br \/>\nMon id\u00e9e cependant est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;antagonisme entre une culture nationale et des cultures r\u00e9gionales, pour deux raisons : la premi\u00e8re est que la culture nationale s&rsquo;est forg\u00e9e \u00e0 partir de ses sources r\u00e9gionales, par un aller retour constant entre elles, la deuxi\u00e8me est que cela n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rendu possible que par l&rsquo;existence d&rsquo;une langue commune, avec toutes ses composantes locales, la langue fran\u00e7aise. A ce titre, il faudrait donc parler plut\u00f4t des langues fran\u00e7aises.<br \/>\nJe le redis, cette id\u00e9e \u00e9tait \u00e9trang\u00e8re au cardinal de Richelieu. Par ses statuts de 1635 l&rsquo;Acad\u00e9mie rejoint en effet et compl\u00e8te le mouvement d&rsquo;unification du territoire autour de sa langue, commenc\u00e9 par Fran\u00e7ois ler avec l&rsquo;ordonnance de Villers Cotterets, et qui sera loin d&rsquo;\u00eatre achev\u00e9 en 1789, o\u00f9 moins de la moiti\u00e9 des Fran\u00e7ais parlent sa langue. Mais il se poursuit, parfois sans douceur, et on range l&rsquo;Acad\u00e9mie parmi ceux qui ont \u00e9t\u00e9 les \u00e9radicateurs des parlers r\u00e9gionaux, fran\u00e7ais ou venus d&rsquo;autres origines linguistiques. Je pense naturellement \u00e0 la mani\u00e8re assez brutale dont l&rsquo;Abb\u00e9 Gr\u00e9goire d\u00e9clare en 1793 devant de Comit\u00e9 de l&rsquo;Instruction publique : \u00ab il est plus important qu&rsquo;on ne pense en politique d&rsquo;extirper cette diversit\u00e9 d&rsquo;idiomes grossiers, qui prolongent l&rsquo;enfance de la raison et la vieillesse des pr\u00e9jug\u00e9s. \u00bb<br \/>\nDans son rapport \u00ab sur la n\u00e9cessit\u00e9 et les moyens d&rsquo;an\u00e9antir les patois et d&rsquo;universaliser l&rsquo;usage de la langue fran\u00e7aise \u00bb, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Convention nationale le 4 juin 1794 (16 prairial an II) l&rsquo;abb\u00e9 Gr\u00e9goire \u00e9crit : \u00ab Cette entreprise qui ne fut pleinement ex\u00e9cut\u00e9e chez aucun peuple, est digne du peuple fran\u00e7ais, qui centralise toutes les branches de l&rsquo;organisation sociale et qui doit \u00eatre jaloux de consacrer au plus t\u00f4t, dans une R\u00e9publique une et indivisible, l&rsquo;usage unique et invariable de la langue de la libert\u00e9. \u00bb<br \/>\nMais les choses sont en r\u00e9alit\u00e9 moins simples. Car cette langue, le fran\u00e7ais, qui va s&rsquo;imposer sur et contre les langues r\u00e9gionales, continue de tirer sa richesse d&rsquo;avoir su pr\u00e9server ses particularismes locaux, jusqu&rsquo;\u00e0 une date r\u00e9cente, disons jusqu&rsquo;\u00e0 ses trente derni\u00e8res ann\u00e9es o\u00f9 ils se sont vus r\u00e9duits, non par une politique jacobine d&rsquo;\u00e9radication, mais par la domination d&rsquo;une langue artificielle, dans sa structure, dans ses accents, la langue de la communication t\u00e9l\u00e9visuelle et journalistique.<br \/>\nLa d\u00e9fense des cultures r\u00e9gionales doit donc passer aussi par la d\u00e9fense des particularit\u00e9s r\u00e9gionales de notre langue, le fran\u00e7ais. C&rsquo;est un combat aujourd&rsquo;hui beaucoup moins \u00e0 la mode que le combat pour la pr\u00e9servation et la renaissance de langues issus d&rsquo;autres champs linguistiques, et qui \u00e9taient autrefois parl\u00e9es en France comme le breton ou le basque. Mon combat est diff\u00e9rent, et \u00e0 mon sens, indispensable pour rendre toute sa complexit\u00e9 \u00e0 la langue fran\u00e7aise : ce que je voudrais soutenir et sauver, ce sont les formes de la langue fran\u00e7aise, \u00ab les \u00bb langues fran\u00e7aises, dans leur histoire, leur vocabulaire, et leur expression culturelle, parl\u00e9e, comme \u00e9crite. Et malgr\u00e9 sa r\u00e9sistance \u00e0 la reconnaissance dans la constitution de l&rsquo;existence en France d&rsquo;autres langues que le fran\u00e7ais, je ne pense pas que l&rsquo;Acad\u00e9mie y soit aujourd&rsquo;hui oppos\u00e9e.<br \/>\nNous n&rsquo;en sommes plus ni \u00e0 Richelieu, ni \u00e0 l&rsquo;Abb\u00e9 Gr\u00e9goire, et il me semble que l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, dans son immense mission envers la langue fran\u00e7aise, a vocation \u00e0 consacrer une part de son \u00e9nergie et de son action \u00e0 la m\u00e9moire, \u00e0 la conservation, mais aussi \u00e0 l&rsquo;usage des anciennes tournures de la langue fran\u00e7aise parl\u00e9es sur le territoire. Pour ma part, d\u00e8s que je commencerai \u00e0 travailler \u00e0 la Commission du dictionnaire, je souhaiterai que soit pr\u00e9sent\u00e9es dans les diff\u00e9rents articles, certaines acceptions anciennes ou actuelles des mots, tels qu&rsquo;on les emploie ou les prononce dans les r\u00e9gions.<br \/>\nMais ce sont mes origines angevines qui parlent sans doute ! Et je terminerai donc sur une s\u00e9rie de questions : Est-ce qu&rsquo;en poitevin saintongeais on dit \u00ab \u00e0 c&rsquo;t&rsquo;heure \u00bb, prononc\u00e9 \u00ab asture \u00bb, pour aujourd&rsquo;hui ? \u00ab Banner \u00bb pour pleurer ? \u00ab Barrer ou crouiller la porte \u00bb, pour fermer la porte \u00e0 cl\u00e9 ? Avoir \u00ab la goule ben&rsquo;aise \u00bb pour \u00ab \u00eatre content ? \u00bb<br \/>\nDit-on aussi le \u00ab choual \u00bb ou \u00ab joual \u00bb pour le cheval, comme on le dit en Anjou et au Qu\u00e9bec, d&rsquo;o\u00f9 le surnom donn\u00e9e \u00e0 sa la langue?<br \/>\n\u2026 Amis de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, vous savez que vous aurez toujours en moi un ferme soutien, dans votre d\u00e9fense d&rsquo;une culture r\u00e9gionale incarn\u00e9e dans sa langue, ses mots, les tournures de ses formes \u00e9crites, les accents de sa forme parl\u00e9e &#8211; qu&rsquo;elle a eux et qu&rsquo;elle a peut-\u00eatre encore. Mais qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas : il ne s&rsquo;agit en aucune fa\u00e7on de vouloir s&rsquo;enfermer dans une vision purement conservatrice de la langue, tourn\u00e9e vers le pass\u00e9. Il s&rsquo;agit bien plut\u00f4t de la renforcer et de renforcer ses assises historiques afin de l&rsquo;ouvrir aux n\u00e9cessit\u00e9s d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, de l&rsquo;art, de la recherche, de la science. Car on ne construit bien que si l&rsquo;on est assur\u00e9 de la solidit\u00e9 des fondations<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours d&rsquo;ouverture de Madame Dani\u00e8le Sallenave de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise Madame la directrice de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, Mmes et MM. les Acad\u00e9miciens, C&rsquo;est un grand honneur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":1858,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[100,171],"tags":[],"class_list":["post-1190","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-100","category-la-vie-culturelle-2012"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1190"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1271,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190\/revisions\/1271"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1858"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1190"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}