{"id":2004,"date":"2019-05-24T13:57:49","date_gmt":"2019-05-24T12:57:49","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=2004"},"modified":"2019-08-02T12:14:49","modified_gmt":"2019-08-02T11:14:49","slug":"reception-de-didier-colus-au-12e-siege-de-lacademie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=2004","title":{"rendered":"R\u00e9ception de Didier Colus au 12e si\u00e8ge de l\u2019Acad\u00e9mie"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>Discours de pr\u00e9sentation par <a href=\"\/?p=86\">Jacques Bouineau<\/a><\/b><\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><img decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/bouineau.jpg\" alt=\"Jacques Bouineau\" class=\"wp-image-195\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">\n\nEncha\u00een\u00e9s sur leur rocher, tournant le dos \u00e0 la lumi\u00e8re, les hommes de la caverne de Platon regardent passer les ombres. Pour affronter la lumi\u00e8re, il faut se d\u00e9tacher des illusions, se tourner vers l&rsquo;essentiel et oser emprunter les chemins de traverse. Didier Colus est de ceux qui ne se contentent pas des ombres projet\u00e9es.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Son parcours est une symphonie qu&rsquo;il ne cesse de composer dans la rigueur, en harmonie avec ceux \u00e0 qui il la destine. C&rsquo;est en effet une de ses caract\u00e9ristiques majeures de ne rien accomplir qu&rsquo;il ne le destine \u00e0 quelqu&rsquo;un. La premi\u00e8re entreprise litt\u00e9raire de Didier Colus traduit ce mouvement. <i>Les chemins de J\u00e9rusalem<\/i> et <i>Les poulains du royaume<\/i> ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits avec celui \u00e0 qui, quand il avait dix ans, il expliquait les \u00e9toiles du haut de ses quatre ans de plus.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">En effet, le nouvel acad\u00e9micien de Saintonge fait partie de ces hommes, trop rares de nos jours, qui ne se d\u00e9tournent ni de leurs combats, ni de leurs convictions, ni de ceux qu&rsquo;ils ont choisis accompagner pour leur bout de chemin. Attach\u00e9 \u00e0 la langue fran\u00e7aise, lui le descendant d&rsquo;immigr\u00e9s a conserv\u00e9 de sa culture d&rsquo;origine le sens de la <i>gens<\/i>, dont la coh\u00e9sion ne peut \u00eatre que si chacun des membres s&rsquo;y trouve solidairement responsable, comme on dit en droit. Cette fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la structure jalonne son parcours et nul doute que l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge ne soit pour lui d\u00e9sormais un des rep\u00e8res de son environnement, aussi infrangible que les pr\u00e9c\u00e9dents, car le nouveau ne chasse pas chez lui l&rsquo;ancien ; il l&rsquo;accomplit.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Cette disposition int\u00e9rieure qui est la sienne va bien au-del\u00e0 d&rsquo;une simple qualit\u00e9 morale ; elle se double des qualit\u00e9s d&rsquo;un vrai ma\u00eetre, comme on en connaissait dans les corporations : celui qui excellait dans son art tout en respectant autrui.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Il a men\u00e9 avec son p\u00e8re une de ces aventures que les enfants r\u00eavent de vivre avec ceux qui leur ont permis d&rsquo;advenir. <i>Parlez-moi d&rsquo;enfance<\/i> a s\u00e9duit l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge par la puissance du r\u00e9cit et la qualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture. Quand l&rsquo;int\u00e9gration est r\u00e9ussie et que la famille l&rsquo;est aussi, les hommes qui portent tout cela m\u00e9ritent, en effet, d&rsquo;\u00eatre distingu\u00e9s. En leur offrant cette distinction, l&rsquo;Acad\u00e9mie a rendu respect pour respect.. \u00ab L&rsquo;estime des gens que l&rsquo;on m\u00e9prise ne renvoie qu&rsquo;au m\u00e9pris qu&rsquo;on se porte \u00e0 soi-m\u00eame \u00bb, comme l&rsquo;a \u00e9crit Didier Colus, \u00e9tranger qu&rsquo;il est aux compromissions. En revanche, la reconnaissance de ceux qu&rsquo;il reconna\u00eet, et qui sont d\u00e9sormais ses pairs, lui donnent l&rsquo;occasion d&rsquo;exercer sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Fid\u00e8le par exigence, respectueux par ma\u00eetrise de soi, notre nouveau coll\u00e8gue est aussi et plus encore peut- \u00eatre un passeur.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Professeur exceptionnel, il a marqu\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves, inflexible avec tous, il accompagnait chacun au palier sup\u00e9rieur, puis \u00e0 l&rsquo;autre et au suivant transformant les cancres en m\u00e9diocres, les m\u00e9diocres en passables, les passables en bons, les bons en excellents, br\u00fblant m\u00eame quelquefois les \u00e9tapes&#8230; Il ne r\u00e9ussissait jamais tant que dans l&rsquo;aridit\u00e9 de la grammaire, dont ses \u00e9l\u00e8ves faisaient des guirlandes. Son secret ? Une empathie dont tous ceux qui l&rsquo;approchent peuvent prendre la mesure. Il comprend d&rsquo;un regard, trouve la faille, offre son bras, son intelligence et ses mots. Lui qui n&rsquo;est pas croyant poss\u00e8de la rigueur d&rsquo;un directeur de conscience, l&rsquo;abn\u00e9gation d&rsquo;un pr\u00eatre, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d&rsquo;un confesseur. Il dira qu&rsquo;il est un la\u00efc, simplement, et que la la\u00efcit\u00e9 ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux articles de <i>L\u2019\u00c9cole lib\u00e9ratrice<\/i> qui a berc\u00e9 son enfance, \u00e0 lui qui a appris \u00e0 lire tout seul au fond de la classe de sa m\u00e8re.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, cette \u00e9coute sont d&rsquo;autant plus grandes qu&rsquo;il en nourrit les institutions qui l&rsquo;accueillent,  et l&rsquo;Acad\u00e9mie a en ce jour bien de la chance, car moi qui chemine \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s depuis cinquante-sept ans,  je n&rsquo;en ai encore pas fait le tour. Sans doute parce que sa culture me fascine encore. Nous n&rsquo;avons plus gu\u00e8re, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;exemplaires de ce que le  XVII<sup>e<\/sup>  si\u00e8cle appelait l&rsquo;\u00ab honn\u00eate homme \u00bb. Didier Colus est de ceux-l\u00e0. Il apporte la touche qui manque quand on cherche l&rsquo;image, l&rsquo;allit\u00e9ration, la correspondance entre le mot et le contexte, dans un environnement pr\u00e9cis, lui f\u00fbt-il tout \u00e0 fait \u00e9tranger. Ainsi a-t-il nourri la traduction des m\u00e9moires de Hampel, que l&rsquo;Acad\u00e9mie a \u00e9galement prim\u00e9s en son temps, sous le titre <i>J&rsquo;occupais Royan<\/i>, publi\u00e9 par le Cro\u00eet Vif. Il poss\u00e8de un talent dont on ne se lasse pas : il sent les mots. Et tout ce qui semblait complexe devient limpide ; on se sent intelligent apr\u00e8s l&rsquo;avoir entendu nous expliquer quelque chose.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Un long chemin \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s permet de l&rsquo;affirmer : il est pour chacun de ceux qui partagent son monde le nautonier gr\u00e2ce \u00e0 qui le port devient visible. Dans ce p\u00e9riple, chacun est \u00e0 sa place et tous jouent un r\u00f4le unique ; il est, lui, un et multiple. Je me souviens d&rsquo;un jour &#8211; il devait avoir une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es et moi d\u00e9j\u00e0 quatre de moins. -, il m&rsquo;a avou\u00e9 qu&rsquo;il regrettait de ne pas poss\u00e9der l&rsquo;ubiquit\u00e9. J&rsquo;ai compris bien plus tard que beaucoup souhaitaient poss\u00e9der cette qualit\u00e9 pour prendre ; lui la d\u00e9sirait pour donner. Quand il a particip\u00e9 aux <i>Canons de l&rsquo;Hermione<\/i>, il n&rsquo;a rien fait d&rsquo;autre que de faire revivre un monde \u00e0 partir d&rsquo;un f\u00fbt de canon, ou de plusieurs. Agencer, <i>suum cuique tribuere<\/i>, comme on disait en droit romain &#8211; \u00ab attribuer \u00e0 chacun ce qui lui revient \u00bb -, \u00eatre partie prenante d&rsquo;une aventure collective, celui que l&rsquo;Acad\u00e9mie accueille aujourd&rsquo;hui sait admirablement le faire. Peut-\u00eatre parce qu&rsquo;\u00e0 la capacit\u00e9 de donner qui est la sienne s&rsquo;ajoutent ces deux autres principes de base du droit romain : <i>honeste vivere<\/i> &#8211; vivre de mani\u00e8re honn\u00eate &#8211; et <i>non l\u0153dare<\/i> &#8211; ne pas tromper. Ces fondements du droit romain, issus de la philosophie d&rsquo;Aristote, s&rsquo;efforcent de demeurer la base de notre soci\u00e9t\u00e9 et de notre droit, et sont \u00e0 coup  s\u00fbr l&rsquo;\u00e9pine dorsale de notre nouvel acad\u00e9micien. Il n&rsquo;a pas trop de m\u00e9rite : sa famille est originaire d&rsquo;Aquil\u00e9e, qui fut, un temps, capitale de l&rsquo;Empire. Mais l\u00e0 o\u00f9 il en a, du m\u00e9rite, c&rsquo;est en nous permettant \u00e0 tous de comprendre que l&rsquo;estime des gens que l&rsquo;on respecte renforce le respect que l&rsquo;on se porte \u00e0 soi-m\u00eame.<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Discours de r\u00e9ponse de <a href=\"\/?p=2035\">Didier Colus<\/a><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Didier_Colus.jpg\" alt=\"Didier Colus\" class=\"wp-image-1242\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>\n<span style=\"font-size: medium;\">Il y a peu, accompagn\u00e9 d&rsquo;un acad\u00e9micien de mes amis, je d\u00e9ambulais \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de France, au milieu de la belle exposition \u00ab Pascal, le c\u0153ur et la raison \u00bb. Non que je sois un fervent de cet homme universel, mon XVII<sup>e<\/sup> \u00e0 moi est plut\u00f4t celui de Racine, de La Fontaine et de Descartes. Mais vous veniez de m&rsquo;\u00e9lire \u00e0 votre acad\u00e9mie, sur le si\u00e8ge qu&rsquo;occupait Jean Mesnard, le meilleur de nos \u00e9rudits pascaliens.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Une arri\u00e8re-salle pr\u00e9sentait en boucle l&rsquo;ensemble des \u00e9missions consacr\u00e9es par la t\u00e9l\u00e9vision \u00e0\nPascal depuis 1952&#8230; J&rsquo;entrai. Et l\u00e0, sur l&rsquo;\u00e9cran, me parlait l&rsquo;homme que je n&rsquo;avais jusqu&rsquo;alors rencontr\u00e9 qu&rsquo;en habit vert et \u00e9p\u00e9e au c\u00f4t\u00e9 : le savant bienveillant de 1962 \u00e9voquait le g\u00e9nie absolu de 1662, comme s&rsquo;il se f\u00fbt agi d&rsquo;un intime qui venait de mourir. Je dis \u00ab me parlait \u00bb parce que j&rsquo;\u00e9tais seul face \u00e0 lui,  comme lui \u00e9tait seul face \u00e0 Pascal.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Confront\u00e9 \u00e0 ces deux g\u00e9ants, \u00e0 cet amusant clin d&rsquo;\u0153il de la co\u00efncidence, j&rsquo;ai ressenti une intense humilit\u00e9, dans tout ce qu&rsquo;elle peut avoir de profond et de nourricier. Moi, j&rsquo;allais m&rsquo;asseoir l\u00e0 o\u00f9 ce grand monsieur s&rsquo;\u00e9tait assis, m\u00eame si la notion de fauteuil rel\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9mie plus de la notion id\u00e9ale que de la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te&#8230;<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">La carri\u00e8re de Jean Mesnard a \u00e9t\u00e9 si souvent retrac\u00e9e, notamment dans le bel hommage rendu l&rsquo;an pass\u00e9 par notre directrice, que je ne voudrais en souligner ici que quelques traits.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Normalien, agr\u00e9g\u00e9 de Lettres, docteur \u00e8s Lettres avec une th\u00e8se d\u2019\u00c9tat intitul\u00e9e <i>Pascal et les Roannez<\/i>, Jean Mesnard suit le parcours brillant d&rsquo;un universitaire au sens plein du terme, dans les postes qu&rsquo;il occupe \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, les conf\u00e9rences qu&rsquo;il donne, dans les soci\u00e9t\u00e9s savantes qu&rsquo;il anime ou pr\u00e9side (telles la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Port-Royal ou la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tudes du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), dans les d\u00e9corations qu&rsquo;il  re\u00e7oit ou dans les acad\u00e9mies qui l&rsquo;accueillent (Acad\u00e9mie des Sciences morales et politiques, Acad\u00e9mie de Bordeaux, Acad\u00e9mie de Saintonge).<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Pour acc\u00e9der \u00e0 Pascal, l&rsquo;objet de la recherche de toute sa vie, Jean Mesnard dut souvent \u00ab se faire math\u00e9maticien, physicien, ing\u00e9nieur, urbaniste, philosophe, historien de la litt\u00e9rature, critique litt\u00e9raire et th\u00e9ologien, \u00bb comme dit Philippe Sellier. Il laisse notamment l&rsquo;\u00e9dition  des  <i>\u0152uvres compl\u00e8tes  de  Pascal<\/i>, h\u00e9las inachev\u00e9e quoique monumentale, des centaines d&rsquo;articles, le souvenir d&rsquo;innombrables conf\u00e9rences et communications, d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de la plan\u00e8te. Beau symbole, il offre la derni\u00e8re \u00e0 Catane, au Centre de Recherches sur Pascal et le XVII<sup>e<\/sup> s., qui lui doit beaucoup.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Au-del\u00e0 de l&rsquo;\u0153uvre immense, c&rsquo;est la d\u00e9marche unique que je veux souligner. En vrai disciple de Pascal, pour qui rien ne pouvait \u00eatre admis qui ne f\u00fbt v\u00e9rifi\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience, il incarne cet id\u00e9al d&rsquo;honn\u00eate homme aux savoirs multiples tir\u00e9s de l&rsquo;observation du d\u00e9tail.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">La qualit\u00e9 humaine de Jean Mesnard ne le c\u00e9dait en rien \u00e0 son \u00e9rudition. D&rsquo;humeur toujours \u00e9gale, chaleureux, humaniste, ce professeur sert sa patrie (il s&rsquo;engage dans la Seconde Guerre mondiale \u00e0 23 ans), sa famille (il se marie l&rsquo;ann\u00e9e de l&rsquo;agr\u00e9gation et son \u00e9pouse, normalienne comme lui, lui donnera cinq enfants), ses \u00e9l\u00e8ves, qu&rsquo;il tance sans arrogance, flatte peu, mais soutient toujours. Il sert la science avec fid\u00e9lit\u00e9 : ainsi est-il rest\u00e9 pendant soixante ans membre de la Soci\u00e9t\u00e9 de Port-Royal.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Voil\u00e0 bien des qualit\u00e9s r\u00e9unies chez un seul homme ! Comment s&rsquo;\u00e9tonner d\u00e8s lors que ses savants coll\u00e8gues, tous plus ou moins ses disciples, soient accourus du Japon, d&rsquo;Italie et d&rsquo;ailleurs pour f\u00eater ses 90 ans dans le grand salon du rectorat de Paris et aient coul\u00e9 dans le bronze leur admiration pour le  ma\u00eetre : un beau disque de la Monnaie de Paris l&rsquo;unissant \u00e0 jamais au philosophe du XVII<sup>e<\/sup>.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est cet \u00e9rudit affable et modeste, si joliment \u00e9voqu\u00e9 sur son site par Nicole Bertin, que vous avez fr\u00e9quent\u00e9 avec bonheur depuis 1994. N\u00e9 \u00e0 Champagnac en 1921, il est demeur\u00e9, toute sa vie, attach\u00e9 \u00e0 cette province qui l&rsquo;avait vu na\u00eetre, parce que sa m\u00e8re ne concevait pas de mettre au monde ailleurs qu&rsquo;au pays natal. Il y revenait aussi souvent que possible, restaurant une maison o\u00f9 il comptait achever \u00e0 l&rsquo;ordinateur son grand \u0153uvre. Il trouvait dans la campagne un sens v\u00e9ritable aux choses et pensait qu&rsquo;il existe deux cat\u00e9gories d&rsquo;hommes : ceux qui ont l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te de la terre, et les autres. Cette exp\u00e9rience, il l&rsquo;avait v\u00e9cue au cours de la guerre, alors que, les hommes ayant d\u00e9sert\u00e9 le village, il lui avait fallu redevenir paysan. Sensible \u00e0 l&rsquo;harmonie en toute choses, c&rsquo;\u00e9tait aussi un passionn\u00e9 de musique, membre par exemple du comit\u00e9 d&rsquo;honneur du Festival de Saintes.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">En m&rsquo;offrant ce 12<sup>e<\/sup> si\u00e8ge, vous me faites, apr\u00e8s celui que je viens d&rsquo;\u00e9voquer, successeur de Maurice Hugot, qui d\u00e9couvrit Sagan en 1954 ; du grand philologue saintongeais Raymond Doussinet qui nous a laiss\u00e9 une v\u00e9ritable anthologie du parler de chez nous. Et surtout, du cher Robert Colle, qui a \u00e9t\u00e9 la lumi\u00e8re de mes ann\u00e9es-lyc\u00e9e ; celui qui, outre le go\u00fbt de la pr\u00e9histoire et la passion de la d\u00e9couverte, a \u00e9veill\u00e9 en moi le bonheur de savoir, le plaisir de r\u00eaver et le d\u00e9sir de raconter.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Comment ne serais-je pas singuli\u00e8rement \u00e9mu de retrouver, en m\u00eame temps que 24 coll\u00e8gues savants et bien vivants, ces ombres pr\u00e9cieuses du pass\u00e9 ?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">\u00catre des v\u00f4tres est certes un honneur, mais c&rsquo;est surtout et avant tout un enrichissement, car s&rsquo;ouvrent de nouvelles possibilit\u00e9s d&rsquo;action en faveur de tout ce qui me tient \u00e0 c\u0153ur, de la mise en valeur de notre patrimoine \u00e0 la qualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture, de la promotion de l&rsquo;inventivit\u00e9 \u00e0 la qu\u00eate du talent d&rsquo;autrui.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Pour, peut-\u00eatre &#8211; soyons fou ou orgueilleux &#8211; apporter une pierre, si humble soit-elle, \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice immense de notre patrimoine de Saintonge. Mais je m&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, car, comme l&rsquo;a \u00e9crit le grand Pascal, si vous voulez qu&rsquo;on croie du bien de vous, n&rsquo;en dites point&#8230;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours de pr\u00e9sentation par Jacques Bouineau Encha\u00een\u00e9s sur leur rocher, tournant le dos \u00e0 la lumi\u00e8re, les hommes de la caverne de Platon regardent passer [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":2405,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[198,4,203],"tags":[],"class_list":["post-2004","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-198","category-archives","category-receptions-2017"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2004"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2004\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2112,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2004\/revisions\/2112"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2405"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2004"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}