{"id":458,"date":"2015-08-04T11:08:36","date_gmt":"2015-08-04T10:08:36","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=458"},"modified":"2016-02-03T12:36:35","modified_gmt":"2016-02-03T11:36:35","slug":"seance-publique-annuelle-du-dimanche-4-octobre-1998-salle-saintonge-saintes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=458","title":{"rendered":"Panorama de la vie culturelle Saintongeaise en 1998"},"content":{"rendered":"<p>S\u00e9ance publique annuelle du dimanche 4 octobre 1998 (salle Saintonge, Saintes).<\/p>\n<p><span class=\"textgras\">Par Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re, directeur en exercice.<\/span><\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Avez-vous remarqu\u00e9 que de plus en plus, et maintenant chaque ann\u00e9e, on c\u00e9l\u00e8bre des anniversaires?<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Plus ou moins proches, plus ou moins lointains&#8230; 1998 aura ainsi connu le trenti\u00e8me anniversaire d&rsquo;un mois de mai particuli\u00e8rement marquant, le cinquantenaire de la 2CV, de la fondation de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl et de la mort de Georges Bernanos, le quatre-vingti\u00e8me anniversaire de l&rsquo;armistice de Rethondes, le centenaire de l&rsquo;ouverture de l&rsquo;Op\u00e9ra comique, de la mort de Bismarck et de l&rsquo;assassinat de Sissi, de la naissance de Malaparte et de Lorca, et de cette fameuse g\u00e9n\u00e9ration de 1898, ch\u00e8re aux Espagnols car elle symbolise leur volont\u00e9 de renouveau apr\u00e8s leur d\u00e9faite de la guerre de Cuba contre les Etats-Unis. Au-del\u00e0 du si\u00e8cle, ce fut aussi le cent-cinquanti\u00e8me anniversaire de cette r\u00e9volution mal-aim\u00e9e dite des quarante-huitards ainsi que celui, tout aussi mal-aim\u00e9 mais devenu mythique de la ru\u00e9e vers l&rsquo;or californien apr\u00e8s la d\u00e9couverte des filons de Sacramento, le deux-centi\u00e8me anniversaire de la mort de Casanova et de la naissance de Leopardi, le deux-cent-cinquanti\u00e8me anniversaire de la parution de L&rsquo;Esprit des lois de Montesquieu tr\u00e8s dignement f\u00eat\u00e9 \u00e0 La Br\u00e8de par nos voisins bordelais, bien s\u00fbr le quatri\u00e8me centenaire de la promulgation de l&rsquo;\u00c9dit de Nantes, l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame de la naissance du Bernin et il ne me para\u00eet pas \u00e9vident, vu d&rsquo;un point de vue europ\u00e9en, que le premier \u00e9v\u00e9nement l&#8217;emporte en influence historique sur le second, enfin le cinqui\u00e8me centenaire du voyage de Vasco de Gama et le huit-centi\u00e8me anniversaire de la fondation de la Sorbonne&#8230;<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Je suis certain d&rsquo;en avoir oubli\u00e9, il n&rsquo;est pas de semaine sans qu&rsquo;on prenne ainsi l&rsquo;occasion de manifester un attachement. Il y a quelque chose d&rsquo;un peu artificiel dans ces comm\u00e9morations qui se multiplient, il y a aussi quelque chose en elles de r\u00e9confortant: le maintien du souvenir, sa mise \u00e0 jour et souvent sa r\u00e9interpr\u00e9tation. L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 La Roche-Courbon, nous souhaitions les quarante ans de notre Acad\u00e9mie. Pour \u00eatre le plus m\u00e9diatique possible (mettez un point d&rsquo;exclamation dans le ton que j&rsquo;utilise !), je me suis \u00e9videmment pos\u00e9 la question de savoir ce que nous pourrions f\u00eater cette ann\u00e9e, r\u00e9gionalement, autour d&rsquo;un chiffre rond. Il y avait bien le cinquantenaire de la fondation de la confr\u00e9rie du Franc-Pineau, mais comme il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 copieusement arros\u00e9 au ch\u00e2teau de La Rochefoucauld, je me suis dit que l&rsquo;\u00e9voquer sans la moindre d\u00e9gustation avait peu de sens, et surtout que cela pouvait ressembler \u00e0 une suggestion de Gascon; pour un ap\u00e9ritif qui se dit \u00abdes Charentes\u00bb, \u00e7&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 la pire des offenses! J&rsquo;aurais pu \u00e9galement nous raccrocher au bicentenaire de la naissance de Jules Michelet: en effet, si l&rsquo;historien n&rsquo;est nullement charentais, il passa un \u00e9t\u00e9 \u00e0 Saint-Georgesde-Didonne, sur l&rsquo;invitation de Camille Pelletan, son ancien \u00e9l\u00e8ve, et assista \u00e0 une temp\u00eate qui lui inspira la composition de son tr\u00e8s bel ouvrage, La Mer. Le tout jeune Julien Viaud assistait aussi \u00e0 cette temp\u00eate et, plus tard devenu Pierre Loti, il pr\u00e9facera La Mer \u00e0 l&rsquo;occasion du centenaire de Michelet. Une identit\u00e9 est faite de ce genre de rencontres; ce fut d&rsquo;ailleurs l&rsquo;occasion cet \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale tout pr\u00e8s du port de SaintGeorges, imaginant la rencontre du vieil historien et du futur grand \u00e9crivain. Mais ce qui est parfait au cours d&rsquo;une soir\u00e9e baln\u00e9aire risque de para\u00eetre bien r\u00e9ducteur pour symboliser une ann\u00e9e saintongeaise.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Aux dates rondes de chaque si\u00e8cle, 98 ou 48, aucune naissance, aucun d\u00e9c\u00e8s de Saintongeais c\u00e9l\u00e8bre n&rsquo;est suffisamment significatif \u00e0 lui seul pour en devenir l&#8217;embl\u00e8me de notre r\u00e9union. En revanche, dans les ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9daient la Grande Guerre, on disait \u00e0 Saintes de tous les \u00e9rudits n\u00e9s en 1848 qu&rsquo;ils constituaient la \u00abbelle g\u00e9n\u00e9ration\u00bb de l&rsquo;histoire r\u00e9gionale. Qu&rsquo;on en juge: M\u00e9d\u00e9ric Brodut, le monographe de TonnayCharente, Henri Choisnard, celui de Dompierre-sur-Mer, Pierre Cl\u00e9menceau, le c\u00e9l\u00e8bre patoisant sous le ch\u00e2fre de P\u00e9tras Zoufit, Adh\u00e9mar Esmein, le professeur de droit auteur notamment de tr\u00e8s beaux contes charentais, Jules Gandaubert, le biographe, James Meslier, le fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire de Barbezieux, une des plus actives de la r\u00e9gion en son temps, Daniel Touzaud, l&rsquo;historien du protestantisme, No\u00ebl Texier, l&rsquo;imprimeur et \u00e9diteur sans qui rien ne se serait d\u00e9velopp\u00e9 du grand mouvement de publications historiques qui caract\u00e9rise l&rsquo;\u00e9poque, tous sont n\u00e9s en 1848. J&rsquo;ajouterais volontiers \u00e0 cette liste quatre peintres qui ont joliment illustr\u00e9 la r\u00e9gion et dont les mus\u00e9es charentais poss\u00e8dent de nombreuses oeuvres en leurs collections: Alexandre Pellisson pour ses dessins et caricatures, Marcel Jambon pour ses grands d\u00e9cors, Ernest Lessieux pour ses paysages lumineux de la c\u00f4te et L\u00e9onard Jarraud pour ses sc\u00e8nes paysannes pleines d&rsquo;intimit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9. Ils sont en m\u00eame temps nos quarante-huitards et notre ru\u00e9e vers l&rsquo;or, notre belle g\u00e9n\u00e9ration, et parce qu&rsquo;ils ont su exprimer le pays charentais avec tant d&rsquo;ardeur, \u00e0 la fois comme historiens et comme artistes, je vous propose de placer notre r\u00e9union d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sous leur souvenir.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Il est un autre souvenir que je ne peux passer sous silence, c&rsquo;est celui de notre ancien coll\u00e8gue Thomas Narcejac, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Il occupait depuis 1969 le quatri\u00e8me si\u00e8ge de notre Acad\u00e9mie, \u00e0 la suite de Ren\u00e9 Guillot, l&rsquo;auteur du c\u00e9l\u00e8bre Crin blanc. De par l&rsquo;\u00e9tat-civil, il s&rsquo;appelait Pierre Ayraud et \u00e9tait originaire de Rochefort. Mais comme il avait fait ses \u00e9tudes au coll\u00e8ge de Saintes et que durant ses cong\u00e9s il adorait les bords de la Charente, lorsqu&rsquo;il se mit \u00e0 \u00e9crire ses histoires polici\u00e8res, il choisit le pseudonyme de Thomas Narcejac, du nom de deux villages proches de Port-d&rsquo;Envaux. Il avait publi\u00e9 quarante-trois romans, quatre pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et plus de cent nouvelles, la quasi totalit\u00e9 \u00e9crite avec son complice Pierre Boileau, d&rsquo;o\u00f9 le fameux nom de plume Boileau-Narcejac dans lequel Boileau cr\u00e9ait l&rsquo;\u00e9nigme et Narcejac r\u00e9digeait l&rsquo;intrigue. On les consid\u00e9rait comme les inventeurs du suspense \u00e0 la fran\u00e7aise et leur c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 devint mondiale avec deux films tir\u00e9s de leur oeuvre : Les diaboliques de Clouzot et vertigo de Hitchcock. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, tr\u00e8s affaibli, il ne participait plus directement aux travaux de notre Acad\u00e9mie, mais il continuait de s&rsquo;y int\u00e9resser de pr\u00e8s. Avec lui, nous perdons un de nos membres les plus prestigieux qui avait su conserver ce lien d&rsquo;\u00e9motion avec sa petite patrie. Afin de lui marquer notre amiti\u00e9 et notre respect, je vous propose que nous nous levions pour une minute de silence.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">La belle g\u00e9n\u00e9ration de 1848 et Thomas Narcejac, voil\u00e0 bien qui pourrait r\u00e9sumer notre attachement. La vocation de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge est en effet de servir la culture r\u00e9gionale sous toutes ses formes, ce qui pour chacun de ses membres devient une sorte de devoir personnel. Exactement comme autrefois on parlait des devoirs d&rsquo;un \u00e9colier. Les acad\u00e9miciens de Saintonge ne sont que les \u00e9coliers de leur r\u00e9gion, ils lui doivent des \u00e9gards et des obligations en termes de cr\u00e9ation. Je peux vous assurer que de ce c\u00f4t\u00e9-ci, la Saintonge peut \u00eatre fi\u00e8re des \u00e9coliers de son Acad\u00e9mie. Ils demeurent f\u00e9conds et productifs. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux d&rsquo;ailleurs l&rsquo;est tellement qu&rsquo;il n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 faire entrer votre Acad\u00e9mie dans un grand roman d&rsquo;aventures. Pour lui, il n&rsquo;y a gu\u00e8re que quelques encablures entre les pertuis charentais et des \u00eeles caralbes de l\u00e9gende. Une exp\u00e9dition partie de Saint-Martin-de-R\u00e9 \u00e0 la recherche d&rsquo;un cargo disparu, le Star of Cognac, se retrouve dans un casino exotique o\u00f9 se donne une grande soir\u00e9e. \u00abPour nous rendre \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie, \u00e9crit notre coll\u00e8gue le narrateur, nous nous \u00e9tions costum\u00e9s et avions fi\u00e8re allure, Lupin en smoking blanc, le Basque en gentilhomme. J&rsquo;avais rev\u00eatu mon habit d&rsquo;acad\u00e9micien de Saintonge, uniforme d&rsquo;apparat garni de lauriers, de dorures, de brandebourgs compliqu\u00e9s, qui flattait ma coquetterie, m&rsquo;attirait la consid\u00e9ration de mes \u00e9diteurs et le respect de mes cr\u00e9anciers. Des gamins moqueurs nous faisaient escorte en rigolant. Pour nous en d\u00e9barrasser, nous leur jetions \u00e0 poign\u00e9es des ouistitis. Sans succ\u00e8s. (Le singe est la monnaie locale; il y a cent ouistitis dans un singe)\u00bb, pr\u00e9cise le narrateur. En cette ann\u00e9e de pr\u00e9paration de l&rsquo;euro, on voit \u00e0 quel point l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge sait se projeter avec humour dans les d\u00e9guisements les plus fantaisistes. Le roman s&rsquo;appelle <strong><em>La commandante au long cours<\/em><\/strong>, il est de Michel Danglade et ses coll\u00e8gues en sont particuli\u00e8rement fiers.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Dans une veine proche, m\u00ealant humour et r\u00e9flexion sur notre temps, Jean Duch\u00e9 nous livre un conte philosophique, <em><strong>Nombreuses sont les merveilles<\/strong><\/em>, qui met en sc\u00e8ne un homme pr\u00e9historique cryog\u00e9nis\u00e9 dans un glacier, que les techniques actuelles permettent de rendre \u00e0 la vie. Autant dire qu&rsquo;avec son Cro-Magnon confront\u00e9 \u00e0 une modernit\u00e9 quelquefois si bizarre, Jean Duch\u00e9 nous oblige en souriant \u00e0 nous poser les vraies questions, comme autrefois le Huron de Voltaire ou le Persan de Montesquieu. De Madeleine Chapsal, notre \u00e9crivain de l&rsquo;amour au f\u00e9minin qui chaque ann\u00e9e publie au moins un roman, je retiens surtout son avant-dernier titre, Cet homme est mari\u00e9: il contient ce qu&rsquo;il faut d&rsquo;\u00eele de R\u00e9 pour ne pas nous d\u00e9payser et il s&rsquo;arrange d&rsquo;une dose parfaitement ma\u00eetris\u00e9e d&rsquo;impudeur pour qu&rsquo;on se laisse prendre \u00e0 son charme. Mais on ne peut pas \u00e9voquer l&rsquo;ann\u00e9e de Madeleine Chapsal sans mentionner deux manifestations dont elle a \u00e9t\u00e9 le pivot et qui ont anim\u00e9 Saintes d&rsquo;un \u00e9lan de sympathie: une exposition de ses propres peintures, tr\u00e8s marqu\u00e9es par les fleurs, et l&rsquo;organisation des March\u00e9s romanesques, une id\u00e9e toute simple, celle de demander \u00e0 des \u00e9crivains et des artistes de venir tenir un \u00e9tal de leurs oeuvres lors d&rsquo;un march\u00e9 du dimanche matin. Amiti\u00e9 et popularit\u00e9 assur\u00e9es&#8230; Enfin, je ne saurais oublier son \u00e9l\u00e9vation au grade de commandeur dans l&rsquo;ordre du M\u00e9rite, ce qui nous fait plaisir \u00e0 tous.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Nos autres coll\u00e8gues ne sont pas montr\u00e9s en reste. Pauline Reverchon a donn\u00e9 un cycle de conf\u00e9rences sur la peinture du d\u00e9but du si\u00e8cle, concernant notamment le groupe des Nabis, Maurice Denis, Pierre Bonnard, Paul S\u00e9rusier, F\u00e9lix Valloton ou encore cet \u00c9lie Ranson, un Charentais de Jamac, dont le mus\u00e9e du Prieur\u00e9 \u00e0 Saint-Germain-en-Laye, qui demeure le temple des Nabis, vient d&rsquo;organiser une exposition r\u00e9trospective de l&rsquo;oeuvre. Alain Michaud, lui, s&rsquo;efforce de redonner vie \u00e0 une vieille institution ch\u00e8re au coeur des Saintongeais, mais somnolente depuis des lustres, la Soci\u00e9t\u00e9 des Archives historiques de la Saintonge et de l&rsquo;Aunis; la sortie cette ann\u00e9e des tomes L et LI de la collection des Archives, consacr\u00e9e \u00e0 la correspondance de Fortin de La Hoguette, r\u00e9sonne en v\u00e9ritable augure de renouveau. Jean Gl\u00e9nisson, \u00e0 qui rien n&rsquo;\u00e9chappe de ce qui est r\u00e9gionalement symbolique, est \u00e0 la base de cette publication ambitieuse: c&rsquo;est lui qui conseilla Giuliano Ferretti sur les aspects proprement saintongeais de son travail, c&rsquo;est lui qui en sugg\u00e9ra les corrections. La belle g\u00e9n\u00e9ration que j&rsquo;\u00e9voquais \u00e0 l&rsquo;instant se retrouverait ais\u00e9ment dans cette passion commune d&rsquo;Alain Michaud et de Jean Gl\u00e9nisson \u00e0 servir l&rsquo;histoire r\u00e9gionale.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Charly Grenon continue de diriger la collection des monographies saintongeaises des \u00e9ditions de la Lucarne ovale et de la Malle aux livres, en pr\u00e9fa\u00e7ant chacun des nouveaux titres. Et ils sont de plus en plus nombreux&#8230; Jacques Badois poursuit la mise en valeur de La Roche-Courbon comme l&rsquo;un des joyaux identitaires de la r\u00e9gion; il le fait gr\u00e2ce \u00e0 de nouvelles id\u00e9es d&rsquo;animation touristique de ce chef d&rsquo;oeuvre que sont devenus les jardins: cet \u00e9t\u00e9, des promenades-concerts aux flambeaux; il le fait \u00e9galement par le biais de l&rsquo;\u00e9crit, en participant par exemple \u00e0 un bel ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 Pierre Loti et son pays natal. Jacques Daniel, quant \u00e0 lui, met \u00e0 disposition du public sa magnifique collection de cartes de la r\u00e9gion en les publiant dans un ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 la G\u00e9ographie historique des c\u00f4tes charentaises.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">D&rsquo;un tout autre genre est l&rsquo;album photographique que Christian Genet consacre \u00e0 Odette Comandon. On croit tout savoir de la vie de celle qui fut la Jhavasse des Charentes en m\u00eame temps que le directeur de notre compagnie. Eh bien, on se trompe! Il suffit de feuilleter le tr\u00e8s beau livre de Christian Genet pour se rendre compte qu&rsquo;on n&rsquo;en conna\u00eet qu&rsquo;une partie. Odette Comandon avait une activit\u00e9 si multiforme, passant du th\u00e9\u00e2tre au journalisme, de la publicit\u00e9 aux s\u00e9ances d&rsquo;acad\u00e9mie, des banquets \u00e0 toutes les formes de comm\u00e9moration, qu&rsquo;elle figura pendant une bonne vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es l&rsquo;essence m\u00eame de notre attachement charentais. Certes les puristes et les sourcilleux de tout poil lui reprochaient volontiers son succ\u00e8s m\u00e9diatique; c\u00f4t\u00e9 patois, on la consid\u00e9rait comme trop bourgeoise, c\u00f4t\u00e9 bons salons saintais comme trop triviale. Ces critiques se voient gentiment balay\u00e9es par l&rsquo;hommage que lui rend Christian Genet: c&rsquo;est justement ce m\u00e9lange des genres, l&rsquo;harmonie qu&rsquo;elle avait su donner \u00e0 ce m\u00e9lange des genres, qui fait de son personnage un symbole. Tout au long de l&rsquo;album, on remarque son rire, un rire joyeux et vivant, un rire qui aime la vie, un rire communicatif&#8230; Le talent d&rsquo;Odette Comandon se trouve vraiment l\u00e0: elle \u00e9tait une grande dame qui savait rire. Et je crois cette double qualit\u00e9 suffisamment rare pour qu&rsquo;on ne l&rsquo;oublie pas.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Je ne voudrais pas que ce rappel des principaux travaux des acad\u00e9miciens de Saintonge puisse donner l&rsquo;impression d&rsquo;un \u00e9talage de vanit\u00e9. Je ne les ai pas tous cit\u00e9s, loin de l\u00e0, ne retenant que ceux qui touchent de pr\u00e8s \u00e0 cette construction continue de l&rsquo;identit\u00e9 r\u00e9gionale \u00e0 laquelle nous sommes tous d\u00e9vou\u00e9s. Je ne voudrais pas non plus que ces travaux occultent le reste du panorama culturel charentais auquel, certes, ils participent, mais dont ils ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;une partie. Il est difficile et quelquefois un peu vain de vouloir forc\u00e9ment typer un cru culturel. Est-il fort en bouche ou d&rsquo;un fruit\u00e9 d\u00e9licat? Chacun en jugera&#8230; Ce qu&rsquo;on peut en dire \u00e0 coup s\u00fbr est qu&rsquo;il continue de foisonner. Les rayons charentais des biblioth\u00e8ques se remplissent all\u00e8grement d&rsquo;environ une trentaine de livres par an, ce qui signifie que nous sommes confront\u00e9s, en tant que jury culturel, \u00e0 un choix de plus en plus complexe: on voudrait tout retenir, mais ce serait nier l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de prix; on ne choisit donc que ce qui nous para\u00eet le meilleur&#8230; Th\u00e8ses, articles, romans, recueils de po\u00e9sie, revues et magazines, la moisson de ce qui se publie sur les Charentes reste d&rsquo;un excellent niveau, tant quantitatif que qualitatif.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Puisque la tradition oblige le directeur en exercice de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge \u00e0 savoir d\u00e9celer les grandes tendances du mouvement culturel r\u00e9gional, je m&rsquo;y risque. J&rsquo;en vois deux: le patois et le web, autrement dit le saintongeais et Internet&#8230; Cela fait plusieurs ann\u00e9es que le patois conna\u00eet un vrai regain. On l&rsquo;\u00e9coute lors de festivals de plus en plus suivis, on le joue au cours de soir\u00e9es th\u00e9\u00e2trales de plus en plus courues, on le lit dans des revues de plus en plus populaires, on le feuill\u00e8te dans des livres de plus en plus diffus\u00e9s&#8230; D\u00e8s qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9voque, quelques noms se mettent \u00e0 r\u00e9sonner avec chaleur: Matha ou Poullignac pour leurs f\u00eates patoisantes, la SEFCO pour son Subiet et son festival de th\u00e9\u00e2tre, les Veustujhons de Ch\u00e2tignac (autrement dit, ceux qui se remuent \u00e0 Ch\u00e2tignac) ou l&rsquo;Amicale du Dandelot \u00e0 Authon comme exemples de bonnes troupes th\u00e9\u00e2trales ou encore le Grand Simounet&rsquo; pour son livre \u00e0 succ\u00e8s, Galope-Chenaux&#8230; Il y a quelque chose d&rsquo;\u00e9tonnamment vivant dans ce renouveau fait d&rsquo;intimit\u00e9 villageoise. Durant les ann\u00e9es 1980, on avait connu une sorte de dictature intellectuelle en provenance du Poitou: il fallait \u00e9crire le patois de telle et telle fa\u00e7on, au point de le rendre illisible, il fallait lui assurer un statut de v\u00e9ritable langue au point de lui d\u00e9nier toute proximit\u00e9 affective et de refuser m\u00eame qu&rsquo;on l&rsquo;appel\u00e2t patois, il fallait surtout se plier b\u00e9atement aux injonctions venues du haut. Au bout du compte, les docteurs en parlange avaient quasiment abouti \u00e0 en d\u00e9go\u00fbter tout le monde! La r\u00e9action est l\u00e0, spontan\u00e9e, souvent remuante, refusant les r\u00e8gles \u00e9dict\u00e9es par les ma\u00eetres, elle emprunte volontiers cette forme du th\u00e9\u00e2tre ou du spectacle, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 privil\u00e9gier le rire&#8230; Et c&rsquo;est tant mieux! Autant la p\u00e9danterie du parlange faisait fuir l&rsquo;adh\u00e9sion, autant l&rsquo;enjouement du patois attire la foule, notamment celle des jeunes, ce qui augure bien de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">La seconde tendance est sans doute encore plus \u00e9vidente, la r\u00e9gion se met sur Internet&#8230; Le ph\u00e9nom\u00e8ne date de quelques mois \u00e0 peine, mais il est frappant par son ampleur. J&rsquo;ai d\u00e9nombr\u00e9 \u00e0 aujourd&rsquo;hui pr\u00e8s de trois cents sites Internet concernant les Charentes. Il n&rsquo;en existait qu&rsquo;une grosse dizaine il y a un an! La majorit\u00e9 sont des producteurs de cognac, de pineau, d&rsquo;hu\u00eetres, de fromages, que sais-je encore, des campings, des agences immobili\u00e8res, des clubs de sport qui tentent de trouver un nouvel \u00e9lan pour leurs produits et services. Certaines municipalit\u00e9s se montrent aussi tr\u00e8s actives. Confolens, Jarnac, Cognac, Saintes ou Royan poss\u00e8dent leurs sites Internet, mais l&rsquo;orientent quasi exclusivement sur le tourisme, sans autre effort que celui d&rsquo;avoir recopi\u00e9 un d\u00e9pliant publicitaire. En revanche, deux villes m\u00e9ritent un grand coup de chapeau pour la qualit\u00e9 et la diversit\u00e9 des informations qu&rsquo;elles mettent \u00e0 la disposition de leurs visiteurs internautes: il s&rsquo;agit de Rochefort et de Marans. Toutes deux ont v\u00e9ritablement con\u00e7u un site en s&rsquo;appliquant \u00e0 le rendre attractif et complet, n&rsquo;oubliant rien de leur histoire locale ou de leurs manifestations culturelles. On saura tout de la poule de Marans qui pond des oeufs roux dont raffole James Bond, on saura tout aussi des publications de la Soci\u00e9t\u00e9 de g\u00e9ographie de Rochefort, la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 savante charentaise \u00e0 ainsi se brancher sur le web.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">On pr\u00e9tend volontiers que la culture r\u00e9gionale se fossilise sous l&rsquo;effet d&rsquo;une constante r\u00e9p\u00e9tition de ses contenus et d&rsquo;un non-renouvellement de ses modes d&rsquo;expression. C&rsquo;est bien s\u00fbr l\u00e0 o\u00f9 je voulais en venir. Tout ceci est faux, notre r\u00e9gionalisme (et je ne mets dans ce mot aucune de ses habituelles connotations n\u00e9gatives, bien au contraire je le crois porteur d&rsquo;une bonne sant\u00e9 intellectuelle car il se situe en dehors des snobismes et du m\u00e9diatiquement correct qui gouvernent nos esprits), notre r\u00e9gionalisme donc se r\u00e9v\u00e8le un des moteurs de choix de la modernisation du pays charentais. Une trentaine de sites la concernant sont aujourd&rsquo;hui ouverts \u00e0 la consultation. On peut ainsi visiter des ch\u00e2teaux (comme celui de La Roche-Courbon gr\u00e2ce au gendre de Jacques Badois), on peut cliquer sur la cagouille et tout retrouver du patois saintongeais, on peut se documenter sur Loti, on peut lire de v\u00e9ritables monographies villageoises comme celles de Siecq, de Saint-Fort-sur-Gironde ou de Nieul-les-Saintes, on peut d\u00e9couvrir l&rsquo;ensemble des sites pr\u00e9historiques des deux d\u00e9partements charentais gr\u00e2ce \u00e0 Jacques Dassi\u00e9 que nous couronnions l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re&#8230; Le mouvement est lanc\u00e9 et je crois qu&rsquo;on doit \u00eatre satisfait du fait que notre r\u00e9gionalisme, non seulement n&rsquo;en soit pas absent, mais encore y tienne un r\u00f4le de fer de lance.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Le patois et le web, il y aurait \u00e0 philosopher longuement sur le sujet. Tradition contre modernit\u00e9, clocher contre monde entier&#8230; Au premier degr\u00e9, le conflit semble patent. En fait, et l&rsquo;exemple me para\u00eet int\u00e9ressant de ces sites Intemet d\u00e9di\u00e9s aux formes souvent consid\u00e9r\u00e9es comme les plus arri\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;attachement local que sont le symbole de la cagouille et la pratique d&rsquo;un dialecte marginalis\u00e9, il existe une compl\u00e9mentarit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vidence entre les deux p\u00f4les. Une compl\u00e9mentarit\u00e9 qui aboutit \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre. Le mondial suscite un d\u00e9sir de local, la vitesse un besoin de lenteur, le progr\u00e8s un refuge d&rsquo;archa\u00efsme. Le sentier de grande randonn\u00e9e se d\u00e9veloppe en relation \u00e9troite avec l&rsquo;extension des autoroutes, le retour au village est d&rsquo;autant plus enchanteur, agr\u00e2lant, qu&rsquo;il fait suite aux faubourgs de la ville&#8230; En ce sens, le retour sur soi que repr\u00e9sente notre attachement saintongeais n&rsquo;est en rien pass\u00e9iste; au contraire, il constitue une vigueur parfaitement actuelle. Ce sentiment, je l&rsquo;ai fortement \u00e9prouv\u00e9 cet hiver, tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le 16 mars, au grand amphith\u00e9\u00e2tre de la Sorbonne. Ce jour-l\u00e0 se d\u00e9roulait la c\u00e9r\u00e9monie de la remise de son \u00e9p\u00e9e d&rsquo;acad\u00e9micien \u00e0 notre coll\u00e8gue Jean Mesnard. Au milieu d&rsquo;un parterre d&rsquo;ambassadeurs, de professeurs d&rsquo;universit\u00e9, de conseillers d&rsquo;\u00c9tat, d&rsquo;anciens ministres, devant l&rsquo;immense fresque de Puvis de Chavannes repr\u00e9sentant l&rsquo;ensemble des disciplines de l&rsquo;esprit, Jean Mesnard, toujours modeste bien qu&rsquo;en habit brod\u00e9 d&rsquo;or, re\u00e7ut donc son \u00e9p\u00e9e et il remercia. Il parla du Japon, de la Cor\u00e9e, de ses missions \u00e0 travers le monde pour repr\u00e9senter la culture fran\u00e7aise et l&rsquo;ceuvre de Pascal, il \u00e9voqua des colloques nombreux et son s\u00e9minaire de critique litt\u00e9raire, c&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable plaisir, de haute vol\u00e9e et d&rsquo;une extr\u00eame actualit\u00e9 conceptuelle. Puis soudain sa voix se mit \u00e0 se brouiller l\u00e9g\u00e8rement, ce n&rsquo;\u00e9tait plus le grand savant qui s&rsquo;exprimait devant nous, mais l&rsquo;homme. Il rendit hommage \u00e0 sa femme, il rappela les origines de sa famille et tout de suite apr\u00e8s, dans le m\u00eame \u00e9lan d&rsquo;intimit\u00e9, celui qui, dit-il, \u00abforge les personnalit\u00e9s avec plus d&rsquo;influence encore que le monde professionnel\u00bb, il associa (je cite) \u00abune petite acad\u00e9mie provinciale qui m&rsquo;a appris les rites de ce genre de c\u00e9nacle\u00bb.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Jean Mesnard, merci de n&rsquo;avoir pas oubli\u00e9 votre petite acad\u00e9mie lors de la c\u00e9r\u00e9monie de votre grande acad\u00e9mie. Nous avons tous compris que le sens que vous lui donniez, c&rsquo;\u00e9tait celui de l&rsquo;attachement, de l&rsquo;\u00e9motion, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de ce qui se passe au sein d&rsquo;une famille. Comme \u00e0 la fin de sa remise d&rsquo;\u00e9p\u00e9e, Jean Mesnard eut droit \u00e0 ce qu&rsquo;on appelle une standing ovation, je vous propose que nous nous mettions tous debout pour nous associer \u00e0 cet hommage et pour que sa petite acad\u00e9mie en profite aussi un peu. Merci.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9ance publique annuelle du dimanche 4 octobre 1998 (salle Saintonge, Saintes). Par Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re, directeur en exercice. 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