{"id":486,"date":"2015-08-04T13:26:25","date_gmt":"2015-08-04T12:26:25","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=486"},"modified":"2016-01-27T16:55:00","modified_gmt":"2016-01-27T15:55:00","slug":"reception-de-jacques-dassie-par-louis-maurin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=486","title":{"rendered":"R\u00e9ception de Jacques Dassi\u00e9"},"content":{"rendered":"<table border=\"0\" width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"10\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">(Croyez bien, cher Jacques Dassi\u00e9, que nous n&rsquo;avons pas tir\u00e9 notre flamberge au clair, c&rsquo;est toujours un plaisir que de vous \u00e9couter&#8230; Louis Maurin dont on sait l&rsquo;attachement \u00e0 tout ce qui touche \u00e0 l&rsquo;arch\u00e9ologie a souhait\u00e9 absolument vous accueillir en nos rangs ; malheureusement pour nous, il consacre toujours ses fins septembre \u00e0 son grand chantier de fouilles romaines en Tunisie et regrette beaucoup de n&rsquo;\u00eatre pas aujourd&rsquo;hui parmi nous. Il s&rsquo;en excuse, tout particuli\u00e8rement aupr\u00e8s de vous, et m&rsquo;a charg\u00e9 de vous lire ce qu&rsquo;il aurait aim\u00e9 vous dire. Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re.)<\/p>\n<p>Charentais pur sang, vous \u00eates n\u00e9 \u00e0 Angoul\u00eame, en 1928, et vous y avez fait vos premi\u00e8res \u00e9tudes, au coll\u00e8ge Saint-Joseph, puis au gr\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, notamment la guerre, \u00e0 Metz, dans les Landes et \u00e0 Paris. Apr\u00e8s vos obligations militaires effectu\u00e9es dans l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;air, en 1951, vous \u00eates admis \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole sup\u00e9rieure des transmissions de Pontoise et vous commencez en 1953 une carri\u00e8re d&rsquo;ing\u00e9nieur au sein du groupe Thomson, carri\u00e8re qui \u00e9voluera de 1970 \u00e0 1985 en celle de responsable des affaires internationales.<\/p>\n<p>Brevet\u00e9 pilote en 1949, \u00e0 Versailles, ce qui fait que vous venez de f\u00eater cette ann\u00e9e votre jubil\u00e9 de pilotage, vous y fondez en 1965 un Centre de pr\u00e9paration \u00e0 la radio-navigation. Puis ce fut pour vous une phase de voyages et la participation, dans les ann\u00e9es 1960-1970, \u00e0 de nombreux rallyes a\u00e9riens internationaux, toujours aux places d&rsquo;honneur. Votre m\u00e9tier vous appelant fr\u00e9quemment \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, vous volez aussi bien \u00e0 Kinshasa qu&rsquo;\u00e0 Colomb-B\u00e9char, au Zimbabw\u00e9 ou au Br\u00e9sil&#8230; Mais c&rsquo;est pendant vos vacances que vous prenez un plaisir renforc\u00e9 \u00e0 voler, \u00e0 partir du terrain de Pons-Avy o\u00f9 vous accueille l&rsquo;A\u00e9ro-club de Pons, le plus proche de G\u00e9mozac, pays natal de votre \u00e9pouse, \u00e9galement pure charentaise.<\/p>\n<p>Pourquoi ce plaisir renforc\u00e9 ? Parce qu&rsquo;en plus de l&rsquo;avion, vous vous mettez \u00e0 la photographie a\u00e9rienne, intrigu\u00e9 que vous \u00eates par des formes g\u00e9om\u00e9triques, rep\u00e9r\u00e9es parfois dans la campagne saintongeaise. En bon curieux, vous les photographiez ; en bon collectionneur, vous les enregistrez ; en bon ing\u00e9nieur vous leur recherchez une explication rationnelle. Et en 1962, au-dessus de Semussac, vous photographiez votre premi\u00e8re n\u00e9cropole protohistorique.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9but d&rsquo;une tr\u00e8s grande aventure&#8230; Cherchant \u00e0 approfondir la question, vous mettez progressivement au point une m\u00e9thodologie de la prospection arch\u00e9ologique a\u00e9rienne, puis vous participez \u00e0 partir de 1971 au s\u00e9minaire du professeur Chevallier, \u00e0 la fameuse \u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, d&rsquo;o\u00f9 vous sortez dipl\u00f4m\u00e9 en 1975. Deux ans plus tard, vous soutenez votre th\u00e8se de doctorat \u00e0 la facult\u00e9 de Tours et la publiez sous le titre de Manuel d&rsquo;arch\u00e9ologie a\u00e9rienne, un ouvrage de base, multidisciplinaire et sans \u00e9quivalent \u00e0 ce jour.<br \/>\nDepuis vous n&rsquo;avez pas cess\u00e9 vos prospections. Et votre sp\u00e9cialit\u00e9 est devenue une belle histoire d&rsquo;amour attest\u00e9e par 2 000 heures de vol et 400 000 kilom\u00e8tres, dix fois le tour de la terre, en labourant le ciel des Charentes. En cinquante ans d&rsquo;aviation, vous avez survol\u00e9 plus de 800 fois le Poitou-Charentes, augmentant sans cesse votre collecte de nouveaux t\u00e9moignages sur notre patrimoine arch\u00e9ologique r\u00e9gional. Il en r\u00e9sulte un capital de plus de 100 000 images reliant notre r\u00e9gion \u00e0 son pass\u00e9, mais aussi vous-m\u00eame \u00e0 votre r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Devant l&rsquo;accroissement de vos d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques, vous d\u00e9cidez de cr\u00e9er une banque de donn\u00e9es informatiques : la \u00ab\u00a0Banque arch\u00e9ologique Poitou-Charentes\u00a0\u00bb, reconnue par la direction r\u00e9gionale des Affaires culturelles et les services r\u00e9gionaux de l&rsquo;Arch\u00e9ologie. Elle s&rsquo;est, depuis, ouverte aux soci\u00e9t\u00e9s arch\u00e9ologiques ainsi qu&rsquo;aux prospecteurs ind\u00e9pendants, \u00e9tablissant ainsi un climat de tr\u00e8s large collaboration au niveau de notre inventaire r\u00e9gional. En 1998, vous cr\u00e9ez sur internet le premier site didactique d&rsquo;arch\u00e9ologie a\u00e9rienne, illustr\u00e9 par vos r\u00e9sultats obtenus en Poitou-Charentes et compl\u00e9t\u00e9 par une large pr\u00e9sentation touristique. Ce site, dont une version en anglais a \u00e9t\u00e9 implant\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, est relay\u00e9 par Radio-France et le minist\u00e8re de la Culture, ainsi que par quelques universit\u00e9s am\u00e9ricaines, dont les prestigieuses Kansas et South-Carolina. Il est aujourd&rsquo;hui un des sites internet les plus visit\u00e9s de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Il existe une sorte de po\u00e9sie et de philosophie rassurantes dans la relation de ce site virtuel avec tous les sites r\u00e9els que vous avez d\u00e9couverts. Car ils sont innombrables, ces sites arch\u00e9ologiques qui ponctuent votre cheminement. Ils ont ouvert la possibilit\u00e9 de grandes fouilles, r\u00e9alis\u00e9es par l&rsquo;Universit\u00e9 ou le CNRS. La r\u00e9gion vous doit une meilleure connaissance du n\u00e9olithique saintongeais, des n\u00e9cropoles de la protohistoire aussi bien que celle des voies antiques, des villes gallo-romaines ou de grandes constructions m\u00e9di\u00e9vales. Pour illustrer le propos, il suffit de citer deux vastes chantiers de fouilles actuels qui sont en train de renouveler notre vision de la Santonie : le camp romain d&rsquo;Aulnay et surtout la ville portuaire du F\u00e2 de Barzan.<\/p>\n<p>De grandes expositions, une centaine de titres en bibliographie, quasi autant de conf\u00e9rences, donnent bien l&rsquo;id\u00e9e de votre r\u00e9ussite dans la prospection arch\u00e9ologique a\u00e9rienne et symbolisent parfaitement les liens que vous avez su cr\u00e9er, du ciel, avec les sous-sols de la r\u00e9gion. L&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge est fi\u00e8re d&rsquo;accueillir en son sein quelqu&rsquo;un qui a autant apport\u00e9 d&rsquo;angles de vue nouveaux au pays charentais.<\/p>\n<p>(Puis-je ajouter, cher Jacques Dassi\u00e9, que vous \u00eates le premier ing\u00e9nieur re\u00e7u par notre compagnie, et que nous esp\u00e9rons bien que vous saurez temp\u00e9rer et relativiser les c\u00f4t\u00e9s quelquefois trop litt\u00e9raires qu&rsquo;une acad\u00e9mie de notre type veut \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 d\u00e9velopper. Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table border=\"0\" width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"10\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<div><span class=\"textgras\">Hommage \u00e0 Thomas Narcejac<\/span> <span class=\"text\"> par Jacques Dassi\u00e9<\/span><\/div>\n<div class=\"text\" align=\"justify\">\n<p>Monsieur le Directeur, Mesdames, Messieurs , chers Coll\u00e8guesTout d&rsquo;abord, je tiens \u00e0 exprimer ma gratitude aux membres de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge. L&rsquo;attribution du Grand Prix, en 1997, fut un encouragement pour mes travaux. Aujourd&rsquo;hui, en m&rsquo;accueillant au sein de cette assembl\u00e9e, c&rsquo;est une cons\u00e9cration de leur choix initial qui me va droit au c\u0153ur. Mes remerciements vont \u00e9galement \u00e0 Madame Ren\u00e9e Narcejac pour l&rsquo;aide pr\u00e9cieuse qu&rsquo;elle a bien voulu m&rsquo;apporter .<\/p>\n<p>Dans les traditions de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, la notion de fauteuil rev\u00eat une certaine importance car il convient d&rsquo;avoir un si\u00e8ge attribu\u00e9 pour participer aux d\u00e9lib\u00e9rations. Notre Directeur m&rsquo;a inform\u00e9 que j&rsquo;occuperais le quatri\u00e8me, celui de Thomas Narcejac, du couple Boileau-Narcejac, les c\u00e9l\u00e8bres auteurs de romans policiers. Thomas Narcejac fut membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge de 1969 \u00e0 1998 et c&rsquo;est donc \u00e0 lui que je rendrais hommage.<\/p>\n<p>Thomas Narcejac \u00e9tait d&rsquo;origine rochefortaise, n\u00e9 en 1908, \u00e0 quelques maisons de celle de Camille Gabet. Les h\u00e9ros de ses lectures enfantines avaient pour nom Ars\u00e8ne Lupin, Nick Carter, Rouletabille et Fantomas. Pr\u00e9disposition, d\u00e9j\u00e0 ? Il avait tir\u00e9 son pseudonyme litt\u00e9raire des charmants petits villages de Saint-Thomas et de Narcejac, sur la route de Port d&rsquo;Envaux, \u00e0 peine \u00e0 deux kilom\u00e8tres de Saintes. A propos de son enfance, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0&#8230;un hameau pr\u00e8s de Saintes, un lieudit, Narcejac. Il y avait un petit lac que l&rsquo;on pouvait traverser dans une barque man\u0153uvr\u00e9e \u00e0 la perche par un boiteux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9videmment le boiteux qui change tout et transforme ce paysage en un v\u00e9ritable d\u00e9cor d&rsquo;intrigue polici\u00e8re&#8230; on pourrait parodier : \u00ab\u00a0Une fine brume s&rsquo;\u00e9levait de la surface, nimbant les typhas. Au loin, un vieux chien enrou\u00e9 s&rsquo;effor\u00e7ait d&rsquo;aboyer&#8230; L&rsquo;aube \u00e9tait blafarde, le jour tardait \u00e0 se lever&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 ses souvenirs d&rsquo;enfance et aux parties de p\u00eache dans la Charente, le professeur Pierre Ayraud \u00e9tait devenu Thomas Narcejac, le romancier. Une mutation devenue irr\u00e9versible. Sa carri\u00e8re litt\u00e9raire commen\u00e7a par un genre assez original, le pastiche policier&#8230; C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il publia des ouvrages \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;Agatha Christie, de Conan Doyle ou de Maurice Leblanc. Art difficile, mais quelle \u00e9cole ! En 1948, il obtint le Prix du roman d&rsquo;aventure, avec \u00ab\u00a0La mort est du voyage\u00a0\u00bb. C&rsquo;est au cours de la c\u00e9r\u00e9monie de remise de son prix qu&rsquo;il fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Pierre Boileau. De cette rencontre devait d\u00e9couler une profonde amiti\u00e9 qui durera quarante ans, pr\u00e9ludant la naissance d&rsquo;un tandem devenu mondialement c\u00e9l\u00e8bre : les Ma\u00eetres du romans policiers Boileau-Narcejac.<\/p>\n<p>Ils produisirent \u00e0 partir de 1950 une quarantaine d&rsquo;ouvrages et une centaine de nouvelles, traduites en vingt deux langues. Ils \u00e9crivirent de nombreux sc\u00e9narios dont une vingtaine furent port\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. De grands succ\u00e8s \u00e9maill\u00e8rent cette collaboration, dont les quelques fleurons suivants :<\/p>\n<p>&#8211; 1952 \u00ab\u00a0Celle qui n&rsquo;\u00e9tait plus\u00a0\u00bb, d&rsquo;o\u00f9 Georges-Henri Clouzot tirera \u00ab\u00a0Les Diaboliques\u00a0\u00bb.<br \/>\n&#8211; 1958 \u00ab\u00a0D&rsquo;entre les morts\u00a0\u00bb, dont Alfred Hitchcok produira son inoubliable et impressionnant \u00ab\u00a0Vertigo\u00a0\u00bb devenu les \u00ab\u00a0Sueurs froides\u00a0\u00bb en version fran\u00e7aise.<br \/>\n&#8211; 1962 \u00ab\u00a0Les Mal\u00e9fices\u00a0\u00bb furent mont\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, par Henri Decoin, \u00e0 Noirmoutiers.<br \/>\n&#8211; 1975 \u00ab\u00a0La porte du large\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, sur FR 3, par Pierre Badel.<br \/>\n&#8211; 1981 \u00ab\u00a0Carte vermeil\u00a0\u00bb, adaptation t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e sur Antenne 2, par Alain Levent.<br \/>\n&#8211; 1989 S\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00ab\u00a0Les enqu\u00eates de Sans-Atouts\u00a0\u00bb, tourn\u00e9es par FR 3 \u00e0 Marennes.<\/p>\n<p>Puis ce fut \u00ab\u00a0Les Ma\u00eetres du myst\u00e8re\u00a0\u00bb, une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions radiophoniques qui nous ont passionn\u00e9 pendant bien des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Les derni\u00e8res productions.<br \/>\nApr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Pierre Boileau, en 1989, Thomas Narcejac \u00e9crira et publiera sous les deux noms, conform\u00e9ment \u00e0 leur accord, leurs derniers romans, peut-\u00eatre les meilleurs :<\/p>\n<p>&#8211; 1990 \u00ab\u00a0Le soleil dans la main\u00a0\u00bb<br \/>\n&#8211; 1991 \u00ab\u00a0La main passe\u00a0\u00bb<br \/>\n&#8211; 1992 \u00ab\u00a0Les Nocturnes\u00a0\u00bb, son dernier roman.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme Narcejac<\/p>\n<p>Issue de son enfance, sa passion pour la p\u00eache ne l&rsquo;avait jamais quitt\u00e9 et Madame Narcejac me racontait r\u00e9cemment que son mari partait parfois pour une petite escapade en Bretagne, en compagnie d&rsquo;un ami Saintais, Herv\u00e9 Mauduit, pour de grandes parties de p\u00eache. Thomas Narcejac \u00e9tait parfois un homme secret. A l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, \u00e0 laquelle il avait appartenu presque trente ans, il apparaissait un peu myst\u00e9rieux, lointain, \u00e9nigmatique&#8230; Charly Grenon dit de lui : \u00a0\u00bb Immense, toujours v\u00eatu de sombre. Il avait une silhouette inqui\u00e9tante et ne souriait jamais \u00ab\u00a0. Mais il ajoute aussit\u00f4t : \u00ab\u00a0Je pense qu&rsquo;il se composait un personnage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Madame Narcejac conforte d&rsquo;ailleurs cette opinion puisqu&rsquo;elle d\u00e9crit son mari comme un homme \u00a0\u00bb amusant, gai, extr\u00eamement dr\u00f4le, m\u00eame espi\u00e8gle ! \u00ab\u00a0. Elle a eu la grande gentillesse de me confier un recueil de notes, prises dans le feu de l&rsquo;action et citant, au fil des conversations, des propos ou des phrases humoristiques de son mari, ce sont les \u00ab\u00a0broutilles\u00a0\u00bb. En voici quelques exemples&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce sont des gens tr\u00e8s gentils, mais qui ont l&rsquo;amiti\u00e9 poisseuse&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Une fois que la voirie a fait creuser un trou dans un trottoir, plus personne n&rsquo;y vient travailler : ils attendent que \u00e7a cicatrise&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0La pauvre femme a un rein flottant et une descente de matrice. Le rez-de-chauss\u00e9e doit \u00eatre passablement encombr\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Je ne sais pas s&rsquo;il est, ou non, homosexuel, je dirais qu&rsquo;il a un petit air frontalier&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Il a de ces oreilles&#8230; On doit entendre le bruit de la mer dedans !\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Des probl\u00e8mes ? Elle en a des \u00e9levages entiers, elle les prend tout petits ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et tout le reste est de la m\u00eame veine&#8230;<\/p>\n<p>Les styles Narcejac<\/p>\n<p>Pierre Boileau et Thomas Narcejac formaient un couple litt\u00e9raire parfait. Tous deux \u00e9crivains, une certaine sp\u00e9cialisation s&rsquo;\u00e9tait cependant progressivement d\u00e9gag\u00e9e, d\u00e9crite par les Auteurs eux-m\u00eames : Pierre Boileau excellait \u00e0 construire et \u00e0 imbriquer les \u00e9l\u00e9ments techniques de l&rsquo;intrigue cependant que Thomas Narcejac se r\u00e9servait la mise en forme , le choix et le caract\u00e8re des personnages et l&rsquo;\u00e9criture finale. Les textes pouvaient aller de la courte nouvelle en \u00e0 peine une page, au \u00ab\u00a0polar\u00a0\u00bb de cent et quelques pages ! L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques communes de toutes ces compositions est l&rsquo;absence quasi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du h\u00e9ros. L&rsquo;enqu\u00eateur fameux, de renomm\u00e9e internationale n&rsquo;y existe pas. Tout au plus peut-on retrouver un amateur jeune et \u00e9clair\u00e9, dans la s\u00e9rie des \u00ab\u00a0Sans-Atout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Madame Narcejac me d\u00e9taillait la v\u00e9ritable \u00ab\u00a0gestation\u00a0\u00bb du d\u00e9but d&rsquo;un ouvrage, quand quelques id\u00e9es \u00e9taient l\u00e0, mais impr\u00e9cises et confuses, importunes comme des mouches&#8230; Thomas Narcejac \u00e9tait physiquement mal \u00e0 son aise, un peu grognon, incommod\u00e9, presque souffrant, dans ces moments-l\u00e0. Et puis, au fil des jours et du temps qui passait, les choses s&rsquo;ordonnaient dans sa t\u00eate, les encha\u00eenements commen\u00e7aient \u00e0 poindre. Peu \u00e0 peu, la joie le retrouvait, puis le dynamisme du cr\u00e9ateur reprenait le dessus : c&rsquo;\u00e9tait parti !<\/p>\n<p>Dans ce tandem, Thomas Narcejac \u00e9tait donc plut\u00f4t le r\u00e9dacteur. Il \u00e9crivait facilement, spontan\u00e9ment, d&rsquo;un trait, sans jamais faire de brouillon (au grand dam d&rsquo;un reporter japonais qui s&rsquo;\u00e9tait imagin\u00e9 pouvoir photographier des pages tortur\u00e9es, surcharg\u00e9es, quasi illisibles&#8230;). Il s&rsquo;appliquait d&rsquo;abord \u00e0 \u00ab\u00a0poser le d\u00e9cors\u00a0\u00bb puis d\u00e9crivait avec une acuit\u00e9 extraordinaire un cadre, un environnement. C&rsquo;\u00e9tait un travail de peintre, un v\u00e9ritable impressionniste, recr\u00e9ant \u00e0 touches l\u00e9g\u00e8res une ambiance d\u00e9licate, une atmosph\u00e8re.<\/p>\n<p>Toute \u0153uvre d&rsquo;enqu\u00eate se devait d&rsquo;avoir un d\u00e9nouement, une chute ! C&rsquo;\u00e9tait m\u00eame le but et l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un machiav\u00e9lique \u00e9chafaudage. Chez Narcejac, c&rsquo;\u00e9tait le domaine de l&rsquo;excellence. Cette chute \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e, arrang\u00e9e, orchestr\u00e9e, programm\u00e9e, pour survenir de la fa\u00e7on la plus impr\u00e9visible qui soit, la plus inopin\u00e9e possible, brutalement, souvent en une ligne, voire en un seul mot.<br \/>\nOui, en un mot, tout pouvait s&rsquo;\u00e9clairer, s&rsquo;expliquer, se d\u00e9nouer&#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait avec une profonde satisfaction, une exaltation, une v\u00e9ritable jubilation que l&rsquo;Auteur r\u00e9ussissait un tel exercice, avec une telle perfection! D\u00e9sar\u00e7onner le lecteur, son t\u00e9moin attentif, et le laisser pantois et r\u00eaveur devant une conclusion aussi inattendue de l&rsquo;intrigue ! Quel plaisir&#8230; Cette coquetterie finale, c&rsquo;\u00e9tait aussi cela, la supr\u00eame \u00e9l\u00e9gance de Thomas Narcejac.<br \/>\nThomas Narcejac : un g\u00e9ant !<\/p>\n<p>Mesdames, Messieurs , chers Coll\u00e8gues et Amis, voici le terme de cet hommage au plus grand des Ma\u00eetres du roman policier, auquel j&#8217;emprunterai cette conclusion :<br \/>\nUn jour, parlant des acad\u00e9miciens du quai Conti, Thomas Narcejac laissait tomber cette derni\u00e8re \u00ab\u00a0Broutille\u00a0\u00bb :<br \/>\n\u00ab\u00a0Les acad\u00e9miciens ont une \u00e9p\u00e9e dont le tranchant est tellement poli par l&rsquo;usage du beau langage qu&rsquo;il ne couperait m\u00eame pas la parole \u00e0 un coll\u00e8gue ennuyeux\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Messeigneurs et Gentes Dames de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge, j&rsquo;esp\u00e8re seulement vous avoir fait sourire et que votre flamberge restera sagement en repos !<\/p>\n<p>Merci de votre bienveillante attention.<\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Croyez bien, cher Jacques Dassi\u00e9, que nous n&rsquo;avons pas tir\u00e9 notre flamberge au clair, c&rsquo;est toujours un plaisir que de vous \u00e9couter&#8230; Louis Maurin dont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[75,4,112],"tags":[],"class_list":["post-486","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-75","category-archives","category-receptions-1999"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/486","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=486"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/486\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1358,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/486\/revisions\/1358"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=486"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=486"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=486"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}