{"id":488,"date":"2015-08-04T13:27:57","date_gmt":"2015-08-04T12:27:57","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=488"},"modified":"2016-01-27T16:56:20","modified_gmt":"2016-01-27T15:56:20","slug":"reception-de-francette-joanne-par-marc-seguin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=488","title":{"rendered":"R\u00e9ception de Francette Joanne"},"content":{"rendered":"<table border=\"0\" width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"10\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Madame, en dehors de ce cadre un peu solennel, vous ne manqueriez pas de me r\u00e9primander avec votre gentillesse habituelle et de me faire observer, comme \u00e0 l&rsquo;ordinaire, que vous portez le pr\u00e9nom de Francette, et qu&rsquo;il est seul autoris\u00e9. Mais c&rsquo;est l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge qui vous re\u00e7oit aujourd&rsquo;hui. O\u00f9 irait le monde si des institutions aussi v\u00e9n\u00e9rables que la n\u00f4tre ne respectaient pas scrupuleusement les formes, rites et traditions ?<br \/>\nDes liens anciens vous attachent \u00e0 cette compagnie ; vous avez beaucoup travaill\u00e9 avec ses directeurs et entretenu avec eux des relations d&rsquo;amiti\u00e9 qui ont marqu\u00e9 votre carri\u00e8re d&rsquo;\u00e9rudite : le chanoine Tonnellier, Jean Gl\u00e9nisson et Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re.<br \/>\nVous avez beaucoup connu le premier quand il \u00e9tait cur\u00e9 de Saint-Andr\u00e9-de-Lidon et se passionnait pour l&rsquo;art roman et l&rsquo;histoire en g\u00e9n\u00e9ral. On le dirait aujourd&rsquo;hui sp\u00e9cialiste du patrimoine l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge lui doit beaucoup puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 un de ses membres fondateurs et son premier directeur au soir de la IVe R\u00e9publique, en 1957 et 1958. C&rsquo;est vous qui avez pris la peine d&rsquo;ordonner ses notes pour en tirer un ouvrage, Au pays de Saintonge, d&rsquo;abord consacr\u00e9 \u00e0 cette paroisse de Saint-Andr\u00e9-de-Lidon qu&rsquo;il aimait tant, et d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 votre pays de G\u00e9mozac. Il vous a engag\u00e9e sur une voie que vous n&rsquo;avez plus quitt\u00e9e ; apr\u00e8s lui, vous avez \u00e9tudi\u00e9 les \u00e9glises saintongeaises &#8211; du moins celles que les huguenots n&rsquo;ont point d\u00e9truites ! &#8211; et l&rsquo;art religieux en g\u00e9n\u00e9ral, vous continuez fid\u00e8lement l&rsquo;oeuvre qu&rsquo;il avait entreprise.<br \/>\nIl est un autre directeur sur lequel je voudrais insister parce qu&rsquo;il est notre ami commun, notre ma\u00eetre, qu&rsquo;il a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le d\u00e9part de nos recherches respectives, et qu&rsquo;il devrait se trouver \u00e0 la place que j&rsquo;occupe en cet instant, il s&rsquo;agit de Jean Gl\u00e9nisson. Tout a commenc\u00e9 au printemps 1973, il y a une \u00e9ternit\u00e9 d\u00e9j\u00e0. Alors directeur en exercice de l&rsquo;Institut de recherche et d&rsquo;histoire des textes au CNRS, il avait con\u00e7u le projet d&rsquo;une vaste exposition intitul\u00e9e Jonzac, un mill\u00e9naire d&rsquo;histoire, qui se proposait tout \u00e0 la fois de pr\u00e9senter au public les documents les plus exceptionnels et de lui donner un \u00e9pais catalogue, devenu depuis une r\u00e9f\u00e9rence et l&rsquo;\u00e9bauche de l&rsquo;histoire de la ville. Votre \u00e9quipe qui regroupait aussi Jacques Gaillard et Jean Barbotin, n&rsquo;\u00e9tait pas compl\u00e8te, vous aviez besoin d&rsquo;un r\u00e9dacteur pour la partie consacr\u00e9e \u00e0 la R\u00e9volution. J&rsquo;ai vu arriver une jeune femme enthousiaste, qui m&rsquo;a appris qu&rsquo;elle s&rsquo;appelait Madame Joanne, qu&rsquo;elle \u00e9tait l&rsquo;\u00e9pouse de notre d\u00e9put\u00e9 et qu&rsquo;elle me demandait d&rsquo;assumer une part de la t\u00e2che commune. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 puis accept\u00e9, et je ne l&rsquo;ai jamais regrett\u00e9, d&rsquo;abord parce que je suis alors entr\u00e9 en contact avec Jean Gl\u00e9nisson, ensuite parce que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un autre Jonzacais qui, lui, n&rsquo;avait que des d\u00e9fauts : le pr\u00eatre Jacques-Alexis Messin, le vicaire de la paroisse, l&rsquo;homme qui a terroris\u00e9 ses concitoyens pendant plusieurs ann\u00e9es et r\u00e9ussi \u00e0 envoyer \u00e0 la guillotine le prieur qui l&rsquo;avait engag\u00e9 et ceux qui, au cours des ann\u00e9es 1770-1780, avaient os\u00e9 critiquer la liaison scandaleuse qu&rsquo;il entretenait avec Marie-Marguerite Collet, la bru du juge s\u00e9n\u00e9chal.<br \/>\nVous \u00e9tiez charg\u00e9e du XVIe si\u00e8cle, plus particuli\u00e8rement de l&rsquo;implantation du protestantisme. Vous nous avez appris que Jonzac avait abrit\u00e9 une communaut\u00e9 huguenote nombreuse et active. Parmi les textes pr\u00e9sent\u00e9s dont nous aurions sans doute du mal \u00e0 obtenir le pr\u00eat aujourd&rsquo;hui, je conserve le souvenir de ce gros registre du parlement de Bordeaux ouvert au folio 396 et \u00e0 la date du 21 juillet 1542 sur un arr\u00eat qui condamnait vigoureusement l&rsquo;indignit\u00e9 des moines de Sablonceaux, Pleine Selve et La Tenaille. Ce registre, je l&rsquo;ai depuis enti\u00e8rement d\u00e9pouill\u00e9 ; j&rsquo;aurais eu, en 1973, bien du mal \u00e0 en d\u00e9chiffrer un seul mot. Mais Jean Gl\u00e9nisson ne m&rsquo;a-t-il pas montr\u00e9 que la pal\u00e9ographie n&rsquo;exigeait qu&rsquo;un peu de pers\u00e9v\u00e9rance ?<br \/>\nCes protestants que vous connaissez bien, vous n&rsquo;avez jamais cess\u00e9 de vous int\u00e9resser \u00e0 eux. Faut-il rappeler la part que vous avez prise en 1985 dans l&rsquo;organisation d&rsquo;une autre exposition relative au Protestantisme \u00e0 Barbezieux, dans le cadre de la comm\u00e9moration de cette triste d\u00e9cision que fut la R\u00e9vocation de l&rsquo;\u00e9dit de Nantes ? Ne convient-il pas aussi d&rsquo;\u00e9voquer le chapitre que vous avez achev\u00e9 dans le cadre de l&rsquo;ouvrage collectif que dirige Francine Ducluzeau, la responsable des Archives d\u00e9partementales de la Charente, et que les \u00e9ditions du Cro\u00eet vif devraient bient\u00f4t publier ?<br \/>\nMais vous n&rsquo;avez pas fait vos preuves dans la seule contemplation du pass\u00e9. Vous int\u00e9ressez aussi vos lecteurs au temps pr\u00e9sent. Fille d&rsquo;un maire de G\u00e9mozac, \u00e9pouse d&rsquo;un d\u00e9put\u00e9 de Charente-Maritime, aussi conseiller g\u00e9n\u00e9ral du canton de Montlieu et maire de Chevanceaux (dans le Petit-Angoumois, rappellons-le), vous savez depuis toujours qu&rsquo;un \u00e9lu doit s&rsquo;impliquer dans tous les probl\u00e8mes de sa circonscription. Vous avez suivi cette voie, et je crois que le chanoine Tonnellier aurait \u00e9t\u00e9 fier de son \u00e9l\u00e8ve. Comme le fait remarquer notre directeur dans son Alambic de Charentes, vous participez \u00e0 \u00ab\u00a0plusieurs commissions r\u00e9gionales et d\u00e9partementales ayant trait au patrimoine\u00a0\u00bb : commission des sites du d\u00e9partement et commission des objets mobiliers, vous militez aussi pour la sauvegarde et la mise en valeur de notre patrimoine. La Fondation de France financ\u00e9e par le Cr\u00e9dit agricole vous a aussi permis d&rsquo;encourager diverses initiatives. Et je voudrais insister sur l&rsquo;association \u00ab\u00a0Horizon-Bois-For\u00eat\u00a0\u00bb dont vous assurez la vice-pr\u00e9sidence avec la comp\u00e9tence, la rigueur et le dynamisme que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9s.<br \/>\nCette association s&rsquo;est fix\u00e9 pour ambition l\u00e9gitime de sauver du d\u00e9clin et de la mort cette Saintonge m\u00e9ridionale, en apparence d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e, d\u00e9sert\u00e9e, \u00e9loign\u00e9e de La Rochelle, pour tout dire abandonn\u00e9e. La for\u00eat est son atout qu&rsquo;il convient de valoriser et de faire conna\u00eetre dans tous les domaines. \u00c9voquons les particularit\u00e9s culturelles de cette Double saintongeaise, puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas superflu de rappeler que vous vous passionnez pour l&rsquo;\u00e9tude des mentalit\u00e9s, et plus particuli\u00e8rement des attitudes religieuses. Feuilletons le tome I des Coutumes en Charente-Maritime, publi\u00e9 en 1991, en collaboration avec d&rsquo;autres chercheurs, dont notre directeur int\u00e9ress\u00e9 par les c\u00e9libataires de La Gen\u00e9touze. J&rsquo;ai relu ce chapitre \u00e9crit en collaboration avec Bernadette Jolibois et Jean-Louis Neveu, consacr\u00e9 \u00e0 ces \u00ab\u00a0girouettes tricolores\u00a0\u00bb qu&rsquo;on trouve au sud de Villexavier. Je suis s\u00fbr que vous y avez pris un int\u00e9r\u00eat particulier puisque vous l&rsquo;avez d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Raoul Latreuille, votre p\u00e8re, \u00ab\u00a0\u00e9lu sans girouette, maire de G\u00e9mozac de 1943 \u00e0 1977\u00a0\u00bb. Je connaissais ces girouettes et ces \u00ab\u00a0piniers\u00a0\u00bb \u00e9rig\u00e9s au pays de mes anc\u00eatres paternels, tant \u00e0 M\u00e9rignac qu&rsquo;\u00e0 Boresse-et-Martron. \u00ab\u00a0Ces girouettes d&rsquo;\u00e9lus, dites-vous, ne se voient que dans le sud du d\u00e9partement.<br \/>\nExpression de l&rsquo;honorabilit\u00e9, la pose de la girouette est toujours un pr\u00e9texte pour boire, manger et se r\u00e9concilier parfois. Elles animent les communes apr\u00e8s chaque \u00e9lection municipale.\u00a0\u00bb Vous n&rsquo;avez pas omis de remarquer que cette coutume tr\u00e8s sp\u00e9cifique demeure vivace dans un pays de tradition radicale, c&rsquo;est-\u00e0-dire tr\u00e8s anti-cl\u00e9ricale. J&rsquo;y verrais volontiers un signe de d\u00e9rision, le rappel du temps des seigneurs, au moins aussi impopulaires dans cette r\u00e9gion que les repr\u00e9sentants du clerg\u00e9 : le maire, choisi par la population, n&rsquo;est-il pas le d\u00e9tenteur du pouvoir local, \u00e0 la place du hobereau d\u00e9test\u00e9, et comme tel ne m\u00e9rite-t-il pas cette girouette, symbole de la noblesse, qui ornait jadis la cour du manoir ?<br \/>\nLa d\u00e9fense de ce qu&rsquo;on appelle maintenant la ruralit\u00e9 n&rsquo;est pas pour vous une seule pr\u00e9occupation de l&rsquo;esprit. Vous avez su conserver des attaches tr\u00e8s concr\u00e8tes avec notre terre saintongeaise : la taille de vos vignes, la culture plus r\u00e9cente des kiwis, n&rsquo;ont point de secrets pour vous, pas plus que les difficult\u00e9s financi\u00e8res de nos campagnes. Cette rigueur intellectuelle, cet amour de notre province, ces activit\u00e9s diverses ne pouvaient laisser indiff\u00e9rente l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge qui s&rsquo;honore de vous accueillir aujourd&rsquo;hui. Aucune recherche de cette parit\u00e9 ou de ces quotas qui sont \u00e0 la mode depuis peu ne l&rsquo;a guid\u00e9e ; elle a seulement voulu distinguer la meilleure.<\/p>\n<p>(En d\u00e9couvrant le texte de r\u00e9ception \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie de Francette Joanne, je me suis dit que nous aurions d\u00fb lui \u00e9lever une girouette, comme dans la tradition du sud saintongeais. Puis \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir, cette girouette existe d\u00e9j\u00e0, elle est repr\u00e9sent\u00e9e par la tour d&rsquo;observation des incendies qui jouxte la Maison de la for\u00eat \u00e0 Montlieu. Je ne saurais trop recommander \u00e0 toute l&rsquo;assistance d&rsquo;aller visiter cette maison et sa girouette, ce sera le plus efficace des soutiens \u00e0 l&rsquo;action de Francette Joanne. Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table border=\"0\" width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"10\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<div><span class=\"textgras\">Hommage \u00e0 Jean Pastreau<\/span> <span class=\"text\"> par Francette Joanne<\/span><\/div>\n<div class=\"text\" align=\"justify\">\n<p>(Pour avoir longuement connu Jean Prasteau et avoir appr\u00e9ci\u00e9 son talent d&rsquo;homme des m\u00e9dias et sa langue d&rsquo;\u00e9crivain-n\u00e9, notamment dans son superbe Charentes et merveilles, je suis \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu&rsquo;il aurait souscrit enti\u00e8rement \u00e0 ce que je disais \u00e0 l&rsquo;instant sur les \u00e9volutions impr\u00e9visibles de l&rsquo;identit\u00e9 r\u00e9gionale. Il vous revient, ch\u00e8re Francette Joanne, et ce sera votre dernier examen de passage, de rendre hommage \u00e0 votre pr\u00e9d\u00e9cesseur. Je sais que cette rencontre avec Jean Prasteau fut pour vous une le\u00e7on de style et d&rsquo;attachement \u00e0 la Saintonge. Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re)Il \u00e9tait une fois Jean Prasteau&#8230;<\/p>\n<p>Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs,<\/p>\n<p>Quiconque a abord\u00e9 Pauvre de Jean Prasteau \u00e0 la succession de qui vous me faites l&rsquo;honneur de m&rsquo;appeler a \u00e9t\u00e9 saisi par toute la vie qui en \u00e9mane. Cet homme que je n&rsquo;ai pas eu la chance de conna\u00eetre mais que je per\u00e7ois \u00e0 travers ses ouvrages, toujours pr\u00e9sent, permettez-moi de m&rsquo;adresser directement \u00e0 lui, non pas comme \u00e0 une ombre, mais au contraire comme \u00e0 un vivant sourire, \u00e0 un regard malicieux. Par une fiction que chacun comprendra, l&rsquo;entretien se passe au milieu des pins et de la bruy\u00e8re, pr\u00e8s des sources de la Seugne et de la for\u00eat de Bussac, \u00e0 l&rsquo;ombre des vieux b\u00e2timents \u00e0 colombages de La Barde, l&rsquo;entretien se d\u00e9roule \u00e0 la Maison de la for\u00eat \u00e0 Montlieu-La-Garde.<\/p>\n<p>F.J -Monsieur, vous venez de recevoir le prix Cazes du fameux c\u00e9nacle litt\u00e9raire de la brasserie Lipp dont vous \u00eates un familier, pour votre livre Les Grandes Heures du Faubourg Saint-Germain. Nous vous savons discret, voire secret, et votre aimable modestie va sans doute s&rsquo;accommoder malais\u00e9ment des questions qui vous obligeront \u00e0 parler de vous. Veuillez donc pardonner, Monsieur, mon insistance toute confraternelle et notre curiosit\u00e9. Ce prix tr\u00e8s parisien couronne une partie de votre oeuvre consacr\u00e9e \u00e0 Paris et ses environs. Les Heures enchant\u00e9es du Marais, Paris, ses places, ses jardins, Il \u00e9tait une fois Versailles, les \u00celes de Paris, et m\u00eame Un voyage insolite dans la banlieue de Paris, ainsi qu&rsquo;un livre en pr\u00e9paration sur le Louvre sont autant de reportages dans des lieux que vous aimez et aussi \u00e0 travers les si\u00e8cles. D&rsquo;o\u00f9 vous vient cette capacit\u00e9 \u00e0 saisir les choses et les \u00eatres, \u00e0 les d\u00e9crire avec tant d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance pour nous les faire partager avec tant de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ?<\/p>\n<p>J.P -Les techniques s&rsquo;apprennent par la fr\u00e9quentation des auteurs et la pratique journalistique acquise depuis 1948 au Figaro, comme journaliste litt\u00e9raire, puis comme grand reporter. Biblioth\u00e8ques et cabinets sont utiles aussi pour acqu\u00e9rir les connaissances indispensables \u00e0 un reportage rigoureux dans l&rsquo;Histoire, mais c&rsquo;est par la sensibilit\u00e9 -me semble-t-il- que le monde s&rsquo;apprend.<\/p>\n<p>F.J -Vous avez magnifiquement \u00e9voqu\u00e9 nos pays d&rsquo;Ouest, tant insulaires que continentaux. Vous vous y r\u00e9v\u00e9lez beaucoup mieux que spectateur, mais, si je puis dire, comme partie prenante, et pourtant \u00e0 la diff\u00e9rence de tant de t\u00e9moins, de visiteurs, vous vous effacez du paysage, au point que l&rsquo;on ne trouve presque jamais sous votre plume le je ou le moi, tout au plus le nous. Mais ce nous, certes saintongeais, est plus universel que personnel. Nous sentons avec vous et vous nous unissez \u00e0 votre compr\u00e9hension. Quel est votre secret ?<\/p>\n<p>J.P -Oh ! secret, c&rsquo;est beaucoup dire. Parlons plut\u00f4t de m\u00e9thode et de go\u00fbt. Je ne pratique pas l&rsquo;introspection, cela n&rsquo;int\u00e9resserait personne. Baign\u00e9 dans le paysage, je m&rsquo;efforce de le capter \u00e0 la place de mon lecteur. Le reste est du m\u00e9tier et c&rsquo;est en r\u00e9digeant qu&rsquo;on devient r\u00e9dacteur.<\/p>\n<p>F.J -Vous \u00eates entr\u00e9 presque en m\u00eame temps au Figaro et \u00e0 la revue Pays d&rsquo;Ouest. Ce double choix ne marque-til pas votre double vocation de Parisien et de Charentais ?<\/p>\n<p>J.P -N\u00e9 \u00e0 Paris par hasard, les moments heureux de mon enfance, je les ai pass\u00e9s dans ma famille paternelle en Aunis, \u00e0 Surg\u00e8res, \u00e0 Aytr\u00e9 et \u00e0 Ch\u00e2telaillon o\u00f9 nous revenions chaque saison de vacances. J&rsquo;ai eu une \u00ab\u00a0jeunesse chaul\u00e9e, aux volets verts, \u00e0 l&rsquo;odeur d&rsquo;absinthe, berc\u00e9e par le concert des grenouilles la nuit dans les marais\u00a0\u00bb. Cette province de l&rsquo;Ouest, celle de mon enfance, je l&rsquo;ai gard\u00e9e en moi toute ma vie. \u00c0 Paris, c&rsquo;est donc tout naturellement que je rejoignis l&rsquo;\u00e9quipe de la revue Pays d&rsquo;Ouest devenue ensuite les Cahiers de l&rsquo;Ouest qui, comme vous le savez, \u00e9tait la revue du Poitevin et du Charentais de Paris. L\u00e0, avec Jacques Chardonne, Pierre Moinot, Serge Groussard, Maurice Rat, Maurice Fombeure, Jean et J\u00e9r\u00f4me Tharaud, j&rsquo;avais la charge de la r\u00e9daction. Nous \u00e9tions tous anim\u00e9s d&rsquo;une profonde ardeur r\u00e9gionaliste et sommes devenus, \u00e0 notre mani\u00e8re, des militants du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et culturel des Charentes et du Poitou, pour faire conna\u00eetre la beaut\u00e9 de nos provinces de l&rsquo;Ouest, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le tourisme commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9velopper.<br \/>\nAu Figaro s&rsquo;ouvrait devant moi le m\u00e9tier de grand reporter. Ma vocation n&rsquo;\u00e9tait sans doute pas de suivre l&rsquo;actualit\u00e9 sur le vif, et particuli\u00e8rement sur les d\u00e9sastres, les \u00e9ruptions et les guerres, les grandes inondations ou les s\u00e9ismes, les mariages royaux ou les fortunes de mer. On peut s&rsquo;int\u00e9resser aux \u00e9v\u00e9nements, s&rsquo;amuser des conversations lettr\u00e9es et piquantes, admirer les belles filles mais \u00eatre plut\u00f4t attir\u00e9 par le permanent, le myst\u00e8re, l&rsquo;harmonie et la nature ; partir \u00e0 la rencontre d&rsquo;un \u00eatre, \u00e0 travers une oeuvre, dans l&rsquo;imaginaire d&rsquo;une \u00e2me. La vie n&rsquo;est-elle pas faite de rencontres ? Et curieusement, avec le recul, il est amusant de voir qu&rsquo;un des tout premiers articles paru dans Pays d&rsquo;Ouest \u00e9tait \u00e0 la fois une critique s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;intelligentsia parisienne et un hommage \u00e0 Pierre Loti; ce reporter un peu particulier, mais si charentais qu&rsquo;on a pu \u00e9crire \u00ab\u00a0qu&rsquo;il y aura toujours une Saintonge et une Aunis de Loti\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>F.J -Parisien et \u00ab\u00a0figaresque\u00a0\u00bb, il vous arrive d&rsquo;ironiser sur \u00ab\u00a0des ridicules banquettes vertes du Palais Mazarin et de l&rsquo;incroyable et traditionnel d\u00e9fil\u00e9 des vieillards moroses au son des tambours de la Garde r\u00e9publicaine, des messieurs du Montana, du Pont-Royal ou du Flore, enfin des gens de lettres amateurs de petits fours\u00a0\u00bb&#8230; Mais vous \u00eates maintenant acad\u00e9micien de Saintonge, avec un fauteuil vert, et vous allez, lors de nos r\u00e9unions annuelles, d\u00e9guster nos petits fours. Qu&rsquo;est-ce qui vous a converti ? Est-ce l&rsquo;\u00e2ge ?<\/p>\n<p>J.P -Du haut de mes vingt-sept ans, je m&rsquo;\u00e9tais alors amus\u00e9 \u00e0 parler dans des lettres de Paris, sign\u00e9es Eutrope \u00ab\u00a0cagouillard parisien contre sa volont\u00e9\u00a0\u00bb et adress\u00e9es \u00e0 Eustelle, je m&rsquo;amusai \u00e0 relater une institution qui prend dans les milieux litt\u00e9raires une importance bien plus consid\u00e9rable que les. s\u00e9ances sous la coupole : le cocktail litt\u00e9raire. Et j&rsquo;ai le souvenir de celui offert par Jean Duch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion du bapt\u00eame de son nouveau livre L&rsquo;Histoire de France racont\u00e9e \u00e0 Juliette, o\u00f9 l&rsquo;hydromel, de jeunes com\u00e9diennes et Odette Comandon en coiffe de Jarnac agr\u00e9mentaient la c\u00e9r\u00e9monie. L&rsquo;hydromel \u00e9tait bon, c&rsquo;est-\u00e0-dire imbuvable mais les filles \u00e9taient belles.<\/p>\n<p>FJ -Vous \u00eates maintenant acad\u00e9micien de Saintonge et n&rsquo;y a-t-il pas \u00e0 l&rsquo;issue des r\u00e9unions annuelles, des petits fours &#8230;<\/p>\n<p>J.P -Oui bien s\u00fbr, mais quand j&rsquo;ironisais, je le faisais avec l&rsquo;impertinence de mes vingt-sept ans, qui n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 railler \u00ab\u00a0tout ce beau travail dont le chroniqueur se pla\u00eet \u00e0 donner la technique, mais dont nous, les jeunes, nous lavons les mains\u00a0\u00bb&#8230; sans d\u00e9daigner les petits fours !<\/p>\n<p>F.J -Peut-on dire, comme vous l&rsquo;avez dit de Paul Fort, \u00ab\u00a0le Prince des Po\u00e8tes\u00a0\u00bb, que l&rsquo;Aunis a \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb Jean Prasteau ?<\/p>\n<p>J.P -Peut-on savoir ce qui fait un homme ? Une partie de ma vie s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9e entre S\u00e8vre et Gironde, au rythme des mar\u00e9es, le long des c\u00f4tes couvertes de galets blancs et de sable constell\u00e9 de coquillages assaillis de puces de mer, dans ces marais ferm\u00e9s par les \u00eeles charentaises, dans les dunes o\u00f9 pousse l&rsquo;aeillet, mais aussi au fil de la Charente et de la Seugne, en fl\u00e2nant dans les \u00e9glises, ces pri\u00e8res de pierre. La mer et les bateaux enchant\u00e8rent mon enfance et m&rsquo;ont donn\u00e9 le go\u00fbt du voyage. Les Charentais ont donn\u00e9 des marins et des paysans, des nomades et des s\u00e9dentaires. Loti ne r\u00eavait-il pas d&rsquo;enracinement, comme Fromentin r\u00eavait au d\u00e9part ? Les obligations du m\u00e9tier de reporter m&rsquo;ont men\u00e9 des chutes d&rsquo;Igua\u00e7u aux \u00eeles Hawa\u00ef, de Moorea au sultanat d&rsquo;Oman, du d\u00e9sert de Las Vegas \u00e0 l&rsquo;\u00eele de P\u00e2ques. \u00ab\u00a0Mais est-ce tellement n\u00e9cessaire d&rsquo;aller si loin quand la c\u00f4te ouest de la France offre des \u00eeles unies par un m\u00eame caract\u00e8re original, bord\u00e9es de dunes couvertes de leurs marines au parfum \u00e9pic\u00e9, \u00e9maill\u00e9es de villages aux maisons basses et blanches, orn\u00e9es de for\u00eats de pins et de ch\u00eanes verts, noy\u00e9es dans une lumi\u00e8re \u00e9clatante. Quand le sourire des hommes remplace les yeux vides des colosses \u00e9ternellement tourn\u00e9s le dos au large, pourquoi ne pas c\u00e9der au charme du pays d&rsquo;ouest ? C&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;il existe une correspondance entre l&rsquo;homme et son pays, entre les Charentes et le Charentais que j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aller \u00e0 la recherche des causes de ces rapports intimes et de mener cette qu\u00eate\u00a0\u00bb. Ainsi est n\u00e9 Charentes et merveilles. Enfin c&rsquo;est l&rsquo;Aunis, \u00ab\u00a0mais l&rsquo;Aunis n&rsquo;est-il pas un morceau de Saintonge ?\u00a0\u00bb, qui m&rsquo;a fait acad\u00e9micien de Saintonge depuis 1984.<\/p>\n<p>FJ -En 1987, vous devenez directeur des Grandes Conf\u00e9rences du Figaro. Comment concevez-vous cette nouvelle activit\u00e9 ?<\/p>\n<p>J.P -Nouvelle activit\u00e9 en effet ; les Grandes Conf\u00e9rences du Figaro sont des moments privil\u00e9gi\u00e9s de la vie culturelle parisienne. De novembre \u00e0 mars, chaque vendredi, un public nombreux vient \u00e9couter au th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s une conf\u00e9rence sur les sujets les plus divers. Michel Droit y faisait surtout parler de politique. Pendant ces huit ann\u00e9es, j&rsquo;ai voulu, fid\u00e8le \u00e0 un \u00ab\u00a0certain \u00e9clectisme culturel\u00a0\u00bb auquel les auditeurs ont toujours \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s, dans une recherche continuelle de qualit\u00e9, que l&rsquo;actualit\u00e9 f\u00fbt \u00e9voqu\u00e9e bien s\u00fbr, \u00ab\u00a0mais aussi l&rsquo;Histoire, les arts et &#8230;l&rsquo;air du temps\u00a0\u00bb &#8230;<\/p>\n<p>F.J -Dans son discours prononc\u00e9 lors de la s\u00e9ance inaugurale le 21 juillet 1957, le chanoine Tonnellier souhaitait que l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge fit un lieu o\u00f9 l&rsquo;honn\u00eate homme -les \u00ab\u00a0honn\u00eates femmes\u00a0\u00bb n&rsquo;existaient pas encore puisse se r\u00e9fugier pour respirer et vivre. Auriez-vous vous-m\u00eame un autre voeu pour l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge ?<\/p>\n<p>J.P -Oh oui ; j&rsquo;aimerais plaider la cause de la Santonie. L&rsquo;Angoumois (pour une grande part), la Saintonge et l&rsquo;Aunis ne forment qu&rsquo;une seule r\u00e9gion charentaise, fortement typ\u00e9e, confort\u00e9e par la g\u00e9ographie et l&rsquo;histoire et surtout le sentiment d&rsquo;appartenance de tous ses habitants. \u00ab\u00a0M\u00eame lyrisme, m\u00eame musique, m\u00eame obsession de l&rsquo;harmonie.\u00a0\u00bb Fervent de la Santonie, il faudrait revenir \u00e0 cette ancienne -et si belle- appellation. Il faudrait aussi prendre soin de notre Santonie, la cultiver comme une belle pi\u00e8ce de terre, l&rsquo;entretenir sans la d\u00e9figurer, la d\u00e9fendre contre les menaces, la prot\u00e9ger des app\u00e9tits, la montrer aux plus curieux, la r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 elle-m\u00eame aussi&#8230; Charentes et merveilles est suivi de quelques itin\u00e9raires pour un voyage sentimental peu ordinaire qui va d&rsquo;Angoul\u00eame \u00e0 la baie de l&rsquo;Aiguillon, en passant par Aulnay et les \u00eeles. C&rsquo;est la route de l&rsquo;initiation, balis\u00e9e de galets blancs ; c&rsquo;est une route qui tient \u00e0 des riens qui vous font battre le cceur. La route des rencontres. Mais attention, \u00ab\u00a0pour \u00eatre des n\u00f4tres, il faut pouvoir r\u00eaver, avoir la chance de sentir et de pressentir, de deviner et d&rsquo;imaginer \u00ab\u00a0.<br \/>\nEh bien, s&rsquo;il est vrai, Mesdames et Messieurs, que l&rsquo;on ne choisit pas ses parents, et pourtant que l&rsquo;on s&rsquo;en f\u00e9licite ou que l&rsquo;on s&rsquo;en accommode, il en est bien de m\u00eame pour tout \u00e9lu g\u00e9n\u00e9reusement appel\u00e9, entrant dans votre compagnie, \u00e0 assumer un pr\u00e9d\u00e9cesseur. Ma chance est que celui que vous m&rsquo;avez invit\u00e9 \u00e0 louer ait \u00e9t\u00e9 un amoureux de notre Saintonge.<\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Madame, en dehors de ce cadre un peu solennel, vous ne manqueriez pas de me r\u00e9primander avec votre gentillesse habituelle et de me faire observer, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[75,4,112],"tags":[],"class_list":["post-488","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-75","category-archives","category-receptions-1999"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/488","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=488"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/488\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1359,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/488\/revisions\/1359"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=488"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=488"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=488"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}