{"id":490,"date":"2015-08-04T13:30:10","date_gmt":"2015-08-04T12:30:10","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=490"},"modified":"2016-01-27T16:52:27","modified_gmt":"2016-01-27T15:52:27","slug":"seance-publique-annuelle-du-dimanche-26-septembre-1999-chateau-de-la-rochecourbon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=490","title":{"rendered":"Panorama de la vie culturelle Saintongeaise en 1999"},"content":{"rendered":"<p>S\u00e9ance publique annuelle du dimanche 26 septembre 1999 (Ch\u00e2teau de La Rochecourbon).<\/p>\n<p><span class=\"textgras\">Par Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re, directeur en exercice.<\/span><\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Il me revient l&rsquo;honneur d&rsquo;ouvrir officiellement cette s\u00e9ance publique de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge. C&rsquo;est la quarante-quatri\u00e8me fois qu&rsquo;une telle s\u00e9ance est tenue, autant dire que j&rsquo;aurais \u00e0 coeur de respecter les traditions ; c&rsquo;est aussi la quatri\u00e8me fois que nous nous retrouvons \u00e0 La Roche-Courbon pour c\u00e9l\u00e9brer cette journ\u00e9e de l&rsquo;identit\u00e9 saintongeaise : je voudrais donc, avant toute autre chose, que nous remercions notre h\u00f4te, Jacques Badois, pour nous recevoir avec toujours autant de gentillesse&#8230; et autant de charme dans ce th\u00e9\u00e2tre et ces jardins.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">J&rsquo;\u00e9voquais \u00e0 l&rsquo;instant nos traditions, \u00e9tablies principalement par Fran\u00e7ois de Chasseloup-Laubat durant sa direction des ann\u00e9es 1963 \u00e0 1965, et respect\u00e9es depuis par tous ses successeurs. Il en est une qui consiste pour le directeur en exercice \u00e0 rappeler les contributions de ses coll\u00e8gues en mati\u00e8re de culture r\u00e9gionale. Comme il en est une autre qui consiste pour le m\u00eame directeur \u00e0 ne jamais respecter son temps de parole, nous avons d\u00e9cid\u00e9, d&rsquo;un commun accord, de supprimer ce morceau d&rsquo;anthologie qui sous pr\u00e9texte de nous justifier pouvait para\u00eetre suffisant. Ne croyez pas pour autant que nous soyons devenus d&rsquo;une modestie \u00e0 toute \u00e9preuve, les contributions de vos acad\u00e9miciens figurent en bonne place dans la petite brochure qui vous a \u00e9t\u00e9 remise \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">En revanche, je manquerais \u00e0 mes devoirs de tradition, et en l&rsquo;occurrence de respect, si je n&rsquo;\u00e9voquais pas la figure de Louis Desgraves qui nous a quitt\u00e9s en d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e. Jean Gl\u00e9nisson, son ancien condisciple, et Jean Flouret repr\u00e9sentaient l&rsquo;Acad\u00e9mie lors de ses obs\u00e8ques. On ne dira jamais assez l&rsquo;apport de rigueur intellectuelle et de profonde intimit\u00e9 avec tout ce qui fait notre sentiment r\u00e9gional que repr\u00e9sentait pour nous Louis Desgraves. Il \u00e9tait l&rsquo;acad\u00e9micien le plus ancien, \u00e9lu en 1960 au onzi\u00e8me si\u00e8ge \u00e0 la succession d&rsquo;Hector Talvart, et comme vous vous en doutez, il nous \u00e9clairait souvent par sa connaissance \u00e9rudite du monde du livre. Jusqu&rsquo;au dernier moment, il demeura tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 notre assembl\u00e9e, participant \u00e0 nos travaux avec une ardeur et une amiti\u00e9 exemplaires. Tout \u00e0 l&rsquo;heure, nous d\u00e9cernerons notre Grand Prix pour r\u00e9compenser une action de vingt ans en faveur de la diffusion de la lecture publique en milieu rural, je suis s\u00fbr que cette initiative aurait beaucoup plu \u00e0 l&rsquo;ancien inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des biblioth\u00e8ques qu&rsquo;\u00e9tait Louis Desgraves. Je vous prie d&rsquo;observer une minute de silence en son souvenir.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, au moment m\u00eame o\u00f9 nous tenions notre s\u00e9ance publique, commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;amplifier une pol\u00e9mique litt\u00e9raire de premi\u00e8re grandeur dont raffolent les milieux culturels parisiens. Au centre d\u00fb typhon, un roman&#8230; Il est de Michel Houellebecq, il s&rsquo;appelle <em><strong>Les particules \u00e9l\u00e9mentaires<\/strong><\/em>, il fut surtout le best-seller de l&rsquo;automne 1998 avec pr\u00e8s de 250 000 exemplaires vendus. Si je l&rsquo;\u00e9voque aujourd&rsquo;hui devant vous, ce n&rsquo;est pas pour disserter de son mis\u00e9rabilisme sexuel ou pour tenter de savoir s&rsquo;il annonce, comme on l&rsquo;a dit, une nouvelle \u00e9cole romanesque, celle du \u00ab\u00a0d\u00e9primisme\u00a0\u00bb, c&rsquo;est tout simplement parce que la partie la plus visible et la plus discut\u00e9e de son roman se passe \u00e0 quelques kilom\u00e8tres d&rsquo;ici, \u00e0 Meschers, dans un camping au nom tr\u00e8s postsoixante-huitard, <em><strong>L&rsquo;Espace du possible<\/strong><\/em>, ce qui a d&rsquo;ailleurs valu un proc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;auteur. Je ne vous raconterai pas les m\u00e9andres particuli\u00e8rement salaces, pour ne pas dire franchement naus\u00e9eux, qui trament le s\u00e9jour du narrateur \u00e0 Meschers, je ne laisserai pas non plus supposer que notre Acad\u00e9mie a, ne serait-ce qu&rsquo;un instant, envisag\u00e9 de donner une r\u00e9compense \u00e0 ce roman, je souhaite seulement profiter de la pol\u00e9mique pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que pourrait \u00eatre son \u00e9cho dans la r\u00e9gion. On sait qu&rsquo;une des facettes les plus f\u00e9condes du r\u00e9gionalisme consiste justement \u00e0 se saisir d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements notables et lointains pour les rattacher, les int\u00e9grer, \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 locale. Qu&rsquo;en, sera-t-il des <em><strong>Particules \u00e9l\u00e9mentaires<\/strong><\/em> ? Donneront-elles \u00e0 Meschers une part de son image, dans le genre new age d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, seront-elles un jour transform\u00e9es en une l\u00e9gende de \u00ab\u00a0belle \u00e9poque\u00a0\u00bb, en symbole local des d\u00e9buts de la civilisation du \u00ab\u00a0sea, sun and sex\u00a0\u00bb ou tout simplement en go\u00fbt de soufre ? Je l&rsquo;ignore, mais je suis \u00e0 peu pr\u00e8s certain, surtout si le succ\u00e8s du roman se confirme et devient synonyme de mal de notre si\u00e8cle, de d\u00e9prime de notre temps, que Meschers saura s&rsquo;en emparer pour d\u00e9montrer son importance. L&rsquo;identit\u00e9 est toujours habile \u00e0 se servir de tous les mat\u00e9riaux qui lui tombent sous la main, m\u00eame s&rsquo;ils sont d&rsquo;origine douteuse.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Tout le monde conna\u00eet les grottes de Matata, elles assurent une partie de la notori\u00e9t\u00e9 de Meschers. Un sorcier, p\u00eacheur de crevettes et fabricant de galoches, aurait v\u00e9cu l\u00e0, en troglodyte et ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie qu&rsquo;on se serait aper\u00e7u que sous le nom de Matata se cachait le page Belcastel, ancien amant de Charlotte de La Tr\u00e9moille, princesse de Cond\u00e9, accus\u00e9e d&rsquo;avoir assassin\u00e9 le prince \u00e0 Saint-Jean-d&rsquo;Ang\u00e9ly. En fait, l&rsquo;histoire est totalement falsifi\u00e9e : en 1932, un livre fort document\u00e9 de Ren\u00e9 La Bruy\u00e8re sort le nom de Belcastel de l&rsquo;anonymat complet dans lequel il se trouve, en r\u00e9cusant d&rsquo;ailleurs toute id\u00e9e d&rsquo;assassinat du prince de Cond\u00e9. Trois ans plus tard, Paul Dyvome, un touche-\u00e0-tout joliment j&rsquo;entre-en-ville, percepteur de son \u00e9tat, \u00e0 Royan, publie un petit livre de contes et l\u00e9gendes sous le titre de <em><strong>Folklore saintongeais<\/strong><\/em> ; une des nouvelles s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0<strong><em>Matata le sorcier<\/em><\/strong>\u00ab\u00a0, il l&rsquo;\u00e9crit en d\u00e9formant la r\u00e9alit\u00e9 historique, pour faire un peu de publicit\u00e9 \u00e0 son ami qui, durant la belle saison, tient un restaurant dans les grottes ! Depuis, l&rsquo;histoire de Matata semble authentique et imm\u00e9moriale ; pr\u00e9tendre le contraire, comme je le fais en ce moment, serait faire preuve de mauvais esprit saintongeais !<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Les affaires de ce genre sont l\u00e9gion en mati\u00e8re d&rsquo;identit\u00e9 r\u00e9gionale. Soit comme trucage historique pur et simple, soit comme renversement dans la signification. Par exemple, cette fiction, encore une fois con\u00e7ue par Dyvorne, du personnage mythique de Blanche de La Chapelaine qui aurait cr\u00e9\u00e9 le syst\u00e8me des \u00e9caill\u00e8res de Seudre&#8230; Ou encore celle du c\u00e9l\u00e8brissime grenadier Nicolas Chauvin, qui a donn\u00e9 son nom au chauvinisme et dont Rochefort se glorifie d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le berceau&#8230; Il est maintenant prouv\u00e9 que ni Blanche de La Chapelaine, ni Nicolas Chauvin n&rsquo;ont exist\u00e9. La premi\u00e8re provient de la pure imagination de Dyvorne, le second d&rsquo;un canular mont\u00e9 par un de ses \u00e9tudiants au vieil Arago. Et pourtant la fortune identitaire des deux personnages, localement pour l&rsquo;\u00e9caill\u00e8re, internationalement pour le grenadier de la Grande Arm\u00e9e, leur assure une r\u00e9alit\u00e9 historique qu&rsquo;on a du mal \u00e0 mettre en cause. Le brave Nicolas poss\u00e8de sa rue \u00e0 Rochefort comme un h\u00e9ros r\u00e9el de l&rsquo;Empire, la bonne Blanche continue de symboliser le bassin de Seudre dans tous les livres \u00e9rudits le concernant.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Plus subtiles sont les \u00e9volutions de sens. Prenons la rose tr\u00e9mi\u00e8re : elle est aujourd&rsquo;hui le d\u00e9cor dominant de nos villages c\u00f4tiers, alors qu&rsquo;autrefois elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une mauvaise herbe dont on se m\u00e9fiait parce qu&rsquo;elle envahit les plates-bandes ; on la laissait pousser dans les foss\u00e9s ou au fond des poulaillers pour ses vertus en d\u00e9coction, lorsqu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tait m\u00e2ch\u00e9 un muscle. Je suis s\u00fbr que son c\u00f4t\u00e9 fleur paysanne, vaguement m\u00e9pris\u00e9e si on la compare aux roses des vrais jardiniers ou aux dahlias des parterres bourgeois, a plu \u00e0 cette part de notre sensibilit\u00e9 affirm\u00e9e en 1968 et qui s&rsquo;appelle le retour \u00e0 la nature. La passerose, c&rsquo;est notre fibre hippie, notre embl\u00e8me \u00e9colo&#8230; Qui plus est, bien pratique pour ces maisons d&rsquo;absence que sont les r\u00e9sidences secondaires car elle pousse toute seule et elle est une fleur p\u00e9renne. Autre exemple, celui du carrelet lorsque dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle, il se mit \u00e0 pulluler en \u00e9quipements fixes sur nos rochers, nombreux furent ceux qui le d\u00e9plor\u00e8rent ; on les consid\u00e8re de nos jours comme partie int\u00e9grante de notre patrimoine et comme un des signes distinctifs de nos c\u00f4tes. On se souvient de la protestation qui s&rsquo;est empar\u00e9e de la r\u00e9gion, il y a cinq ans, lorsqu&rsquo;une mise \u00e0 niveau des r\u00e8glements maritimes a voulu les supprimer&#8230;<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Ceci est \u00e9galement vrai pour les cabanes ostr\u00e9icoles ; peintes de goudron, elles font aujourd&rsquo;hui partie de notre paysage mental et on fait tout pour les sauver, m\u00eame si elles sont \u00e9conomiquement et socialement d\u00e9pass\u00e9es, et que la seule fa\u00e7on d&rsquo;y parvenir est de les louer \u00e0 des estivants qui les transforment en ateliers d&rsquo;artistes, repeints de couleurs vives, ce qui les fait ressembler \u00e0 des miniatures de maisons scandinaves. N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;au d\u00e9but du si\u00e8cle, on les consid\u00e9rait comme des verrues envahissant les chenaux de nos marais. On est donc pass\u00e9 par trois phases : les cabanes sont d&rsquo;abord rejet\u00e9es au nom du respect de l&rsquo;esth\u00e9tique, elles correspondent alors \u00e0 la norme \u00e9conomique du moment ; ensuite, on s&rsquo;y habitue, en m\u00eame temps que leur utilit\u00e9 \u00e9conomique se voit mise \u00e0 mal par de nouvelles r\u00e9glementations, notamment d&rsquo;hygi\u00e8ne sanitaire ; au moment o\u00f9 on les abandonne pour de justes raisons professionnelles, un mouvement de d\u00e9fense de la tradition tente de les sauver en changeant leur vocation. Et ceci, toujours au nom de l&rsquo;esth\u00e9tique. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, une cabane \u00e9tait laide et d\u00e9figurait nos marais ; on la consid\u00e8re maintenant comme pleine de charme et donnant son caract\u00e8re au m\u00eame marais ! Hier, elle ab\u00eemait le paysage, aujourd&rsquo;hui sa disparition ab\u00eeme l&rsquo;identit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le paysage habill\u00e9 d&rsquo;une activit\u00e9 et d&rsquo;une histoire. On peut parfaitement imaginer que demain, les cabanes goudronn\u00e9es, seulement goudronn\u00e9es, seront mises \u00e0 l&rsquo;index comme d\u00e9fiant l&rsquo;esth\u00e9tique color\u00e9e des autres cabanes&#8230;<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Le processus de folklorisation sera alors total.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">O\u00f9 donc se situe la v\u00e9rit\u00e9 identitaire de nos chenaux ? Dans la conservation d&rsquo;un \u00e9tat de paysage qui correspond \u00e0 une \u00e9poque r\u00e9volue et tend \u00e0 se d\u00e9connecter peu \u00e0 peu de l&rsquo;activit\u00e9 qui l&rsquo;a vu na\u00eetre ? Ou dans l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une identit\u00e9 est forc\u00e9ment li\u00e9e \u00e0 un \u00e9quilibre \u00e9conomique ? On le sent bien, aucune des branches de l&rsquo;alternative n&rsquo;est en soi satisfaisante. Et personne ne poss\u00e8de vraiment la r\u00e9ponse. Si j&rsquo;ai engag\u00e9 cette r\u00e9flexion avec vous, devant vous, plut\u00f4t que d&rsquo;\u00e9tablir un panorama factuel de notre culture r\u00e9gionale, comme il est de tradition en cette occasion, c&rsquo;est parce que se pose l\u00e0, structurellement, audel\u00e0 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, la probl\u00e9matique de fond de notre identit\u00e9 et de ses manifestations. Pour nous, Acad\u00e9mie de Saintonge dont la fonction est de distinguer ce qui, justement, contribue \u00e0 cette identit\u00e9, on voit bien la difficult\u00e9 de saisir les permanences de l&rsquo;attachement et de ne pas se laisser entra\u00eener aux effets de mode. Autrement dit, qu&rsquo;aurait-il \u00e9t\u00e9 souhaitable pour notre Acad\u00e9mie ? Primer le livre d&rsquo;histoire de Ren\u00e9 La Bruy\u00e8re ou la belle l\u00e9gende invent\u00e9e par Paul Dyvome ? Saluer les efforts de Bourcefranc \u00e0 moderniser son outil de production ou ceux de La Tremblade \u00e0 folkloriser ses cabanes ostr\u00e9icoles ? Et dans le cas d&rsquo;un acquiescement \u00e0 cette fabrication d&rsquo;identit\u00e9, \u00e0 quel stade le signaler ? Le faire au tout d\u00e9but d&rsquo;une folklorisation serait prendre le risque de l&rsquo;avorton ; le faire en pleine ambiguit\u00e9 de son d\u00e9veloppement serait forc\u00e9ment critiquable, et critiqu\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s ; quant \u00e0 le faire en fin de cycle, cela virerait au clich\u00e9 !<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Ne rien faire, diront les sages ; prendre des risques, soutiendront les autres&#8230; Il est certain qu&rsquo;il est plus facile pour un organisme comme le n\u00f4tre de signaler de l&rsquo;apparemment s\u00e9rieux, du bien assis. Pourtant, ne concluons pas trop vite. Le processus de folklorisation, et je lui assimile toute forme d&rsquo;expression esth\u00e9tique ou imaginaire, peut devenir \u00e0 lui seul une source de s\u00e9rieux, au sens o\u00f9 l&rsquo;identit\u00e9 se nourrit aussi de babioles, de balivernes, \u00e9ventuellement approxim\u00e9es ou m\u00eame carr\u00e9ment frelat\u00e9es. Que serait la r\u00e9ussite baln\u00e9aire de la Charente-Maritime sans cette sorte d&rsquo;appui compensatoire que repr\u00e9sente notre identit\u00e9 locale ? Les cabanes ostr\u00e9icoles de La Tremblade, les passeroses de Talmont, le personnage de Blanche de La Chapelaine, les l\u00e9gendes entretenues autour des grottes de Meschers ou encore les aquarelles qui en deviennent de plus en plus le m\u00e9dia privil\u00e9gi\u00e9, tout cela concourt \u00e0 justifier le choix de nos c\u00f4tes comme lieu de vacances. Il y a quelques ann\u00e9es, les estivants disaient qu&rsquo;ils ne souhaitaient pas \u00ab\u00a0bronzer idiot\u00a0\u00bb. Vu du c\u00f4t\u00e9 charentais, du c\u00f4t\u00e9 de celui qui re\u00e7oit, il s&rsquo;agit tout simplement d&rsquo;un accompagnement de la politique baln\u00e9aire par l&rsquo;identit\u00e9 locale.<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Je sais bien qu&rsquo;en affirmant cela, qu&rsquo;en instrumentalisant ainsi notre culture et notre identit\u00e9 r\u00e9gionales au service de la fr\u00e9quentation estivale de nos c\u00f4tes, au service donc d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e9conomique premi\u00e8re dans notre d\u00e9partement, je vais en choquer certains. J&rsquo;aurais pu prendre d&rsquo;autres exemples, ils rel\u00e8vent tous de la m\u00eame logique. Quand le catamaran Charente-Maritime gagne une transat, ce qui n&rsquo;est apr\u00e8s tout qu&rsquo;une pure op\u00e9ration identitaire, cela profite \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique du d\u00e9partement et en tout premier lieu au bassin d&#8217;emploi de La Rochelle pour ses retomb\u00e9es dans le secteur du nautisme. Quand les mouettes s&#8217;emparent des pare-brise de nos voitures ou quand Fort Boyard se transforme en studio de t\u00e9l\u00e9vision, l&rsquo;un et l&rsquo;autre avec le succ\u00e8s qu&rsquo;on conna\u00eet, c&rsquo;est l&rsquo;image du d\u00e9partement qui se voit valoris\u00e9e, et on sait \u00e0 quel point le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est sensible \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes de m\u00e9diatisation. Il suffit de parcourir les rayons d&rsquo;un supermarch\u00e9 pour se rendre compte, \u00e0 quel point Boyard est devenu pr\u00e9sent sur les \u00e9tiquettes des produits charentais, pineau en t\u00eate. Hier, y dominaient les \u00e9glises romanes, avant-hier les coiffes r\u00e9gionales, avec une prime \u00e0 la fameuse quichenotte dont chacun sait que son \u00e9tymologie de \u00ab\u00a0kiss not&rsquo; est une fantaisie invent\u00e9e par Pierre J\u00f4nain lors de sa p\u00e9riode royannaise&#8230; Comme quoi, le baln\u00e9aire aime la fable, kiss mot, Matata ou les clefs de Boyard, et la r\u00e9gion se pla\u00eet \u00e0 ces rigourdaines. Sans en \u00eatre vraiment dupe, mais pour certains en en \u00e9tant totalement dupe&#8230;<\/p>\n<p class=\"text\" align=\"justify\">Ce n&rsquo;est pas pour autant que l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge doive d\u00e9cerner une m\u00e9daille au P\u00e8re Fouras, ce sphinx des \u00e9nigmes qui ouvre les portes du tr\u00e9sor de Fort Boyard. Il existe diff\u00e9rents niveaux d&rsquo;expression de notre identit\u00e9 r\u00e9gionale : le grand raout m\u00e9diatique figure la base de la pyramide, la th\u00e8se confidentielle sur tel ou tel aspect de notre histoire son sommet. Notre r\u00f4le est \u00e9galement un r\u00f4le de m\u00e9diateur, il est de savoir s\u00e9lectionner pour signaler ce qui en a le plus besoin, tout en \u00e9tant conscient qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un tout et qu&rsquo;\u00e0 la longue, il peut survenir des retournements de sens o\u00f9, en termes d&rsquo;attachement, le futile et l&rsquo;apparemment inutile l&#8217;emportent sur le s\u00e9rieux.\u00a0Rassurez-vous, rien n&rsquo;est plus s\u00e9rieux que notre palmar\u00e8s de cette ann\u00e9e. Tout simplement, avec ses gabares, ses alambics, sa Route des tr\u00e9sors ou son univers fantasm\u00e9 par Loti, il incite, probablement plus que d&rsquo;autres, \u00e0 ces r\u00e9flexions autour de notre identit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9ance publique annuelle du dimanche 26 septembre 1999 (Ch\u00e2teau de La Rochecourbon). Par Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re, directeur en exercice. 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