{"id":668,"date":"2015-08-05T11:32:02","date_gmt":"2015-08-05T10:32:02","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=668"},"modified":"2016-02-12T10:22:16","modified_gmt":"2016-02-12T09:22:16","slug":"jacques-daniel-in-memoriam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=668","title":{"rendered":"Jacques DANIEL, in memoriam"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/bertin-daniel-h.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-553 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/bertin-daniel-h-300x194.jpg\" alt=\"bertin-daniel-h\" width=\"300\" height=\"194\" \/><\/a>Jacques Daniel est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paris, le 9 janvier 2005, \u00e0 son domicile de la rue du Faubourg Saint-Denis. Il \u00e9tait membre de l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge (20e si\u00e8ge) et de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s savantes saintongeaises. Dans sa s\u00e9ance du 5 mars 2005, l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019un hommage sp\u00e9cial lui serait rendu dans la brochure 2005 et que sa s\u00e9ance de novembre 2005 serait consacr\u00e9e \u00e0 \u00e9lire son successeur au 20e si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Parmi les hommages que la presse lui a consacr\u00e9s, celui du Journal de la Haute-Saintonge du 10 janvier 2005 est le plus attachant pour nous car il est le plus proche de l\u2019Acad\u00e9mie. Il estsign\u00e9 de notre coll\u00e8gue acad\u00e9micienne, Nicole Bertin.<\/p>\n<p>Jacques Daniel \u00e9tait un homme unanimement appr\u00e9ci\u00e9. N\u00e9 \u00e0 Paris o\u00f9 il avait fait carri\u00e8re comme directeur financier, il restait profond\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 sa maison de L\u2019\u00c9guille dont il avait h\u00e9rit\u00e9 de ses grands-parents maternels. Une maison calme et douce, en bordure du port, o\u00f9 il venait r\u00e9guli\u00e8rement. Bien que retrait\u00e9, il avait toujours mille choses \u00e0 faire ! Depuis 1996, il \u00e9tait membre de l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge. Chaque ann\u00e9e, lors de la s\u00e9ance publique annuelle, il <a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/daniel-eguille.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-555 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/daniel-eguille-300x225.jpg\" alt=\"daniel-eguille\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/a>dressait avec talent le portrait d\u2019une personnalit\u00e9 s\u2019\u00e9tant distingu\u00e9e par ses publications ou travaux. En 2004, il avait salu\u00e9 la naissance du nouveau mus\u00e9e de Royan, cher \u00e0 Marie-Claude Bouchet et \u00e0 son \u00e9quipe. L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, il avait remis le prix chanoine Tonnellier \u00e0 Jacques Tourneur qui restaure avec passion la commanderie des \u00c9peaux de Meursac.<\/p>\n<p>Au printemps, il faisait co\u00efncider son arriv\u00e9e \u00e0 L\u2019\u00c9guille, le village aim\u00e9 de son enfance, avec la premi\u00e8re r\u00e9union de l\u2019Acad\u00e9mie. En effet, il avait pour habitude de se partager entre Paris et la Charente-Maritime o\u00f9 il passait la belle saison. Nous l\u2019attendions donc d\u00e9but mars&#8230;<br \/>\nLe sort en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Le destin est d\u2019autant plus cruel que 2005 devait \u00eatre une ann\u00e9e particuli\u00e8re puisqu\u2019il avait pr\u00e9vu d\u2019abandonner la capitale pour s\u2019installer d\u00e9finitivement \u00e0 L\u2019\u00c9guille.<\/p>\n<p>\u00c0 No\u00ebl dernier, il \u00e9tait enthousiaste : \u00ab Je suis heureux de revenir dans la commune o\u00f9 ont v\u00e9cu mes a\u00efeux. Paris n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait ! J\u2019ai de nombreux projets dont 1\u2019am\u00e9nagement de la biblioth\u00e8que que je vais rendre plus fonctionnelle. \u00bb F\u00e9ru d\u2019histoire, il avait constitu\u00e9 au fil des ann\u00e9es une collection de livres r\u00e9gionaux \u2013 un millier environ \u2013 d\u2019une tr\u00e8s grande richesse, assortie de cartes et gravures. Cette \u00ab galerie priv\u00e9e \u00bb regroupait l\u2019ensemble des \u00e9crits concernant la r\u00e9gion depuis le XVII\u2022 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9reux, il en faisait profiter \u00e9rudits et \u00e9tudiants en qu\u00eate de documentation. Sa porte \u00e9tait toujours ouverte et de nombreux chercheurs l\u2019ont pouss\u00e9e. Jacques Daniel en \u00e9prouvait une joie sinc\u00e8re, celle d\u2019apporter sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice de la connaissance.<\/p>\n<p>\u00ab Des remerciements lui sont adress\u00e9s dans la plupart des ouvrages ayant trait au d\u00e9partement \u00bb, remarque Fran\u00e7ois Julien-Labruy\u00e8re, directeur de l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge. Quand sa curiosit\u00e9 \u00e9tait \u00e9veill\u00e9e, Jacques Daniel n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 se d\u00e9placer. Ainsi, il se rendit \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que de Grenoble o\u00f9 se trouvait un manuscrit relatif au blocus de La Rochelle en 1622 par Louis de Bourbon, comte de Soissons. II en fit un microfilm et un agrandissement. Ce document retint l\u2019attention de Jean Gl\u00e9nisson \u00e0 qui il le montra.<br \/>\nLa suite, vous la connaissez. Jean Gl\u00e9nisson consacra un premier volume \u00e0 ce personnage, suivi d\u2019un second tome \u00e0 para\u00eetre prochainement. \u00ab Avec Philippe Gautret, Jacques Daniel m\u2019a apport\u00e9 une aide pr\u00e9cieuse \u00bb, souligne-t-il.<\/p>\n<p>Actif, Jacques Daniel donnait des conf\u00e9rences \u2013 en ao\u00fbt dernier, il \u00e9tait l\u2019invit\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de Jonzac \u2013 et il appartenait \u00e0 la Cagouille, cette sympathique association qui regroupe les Charentais que leurs activit\u00e9s professionnelles ont conduits a Paris. L\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, aux cot\u00e9s de Franck Pilloton et de Jacques Audouin, il avait particip\u00e9 \u00e0 la rencontre estivale organis\u00e9e au ch\u00e2teau de Meux, chez Monique Guilbot. L\u2019hiver, lorsqu\u2019il \u00e9tait dans la capitale, il en profitait pour travailler \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, visiter les expositions et suivre attentivement les ventes o\u00f9 figuraient des livres susceptibles de l\u2019int\u00e9resser. \u00ab Je ne m\u2019ennuie jamais \u00bb, disait-il. Au printemps, il arrivait \u00e0 L\u2019\u00c9guille avec sa moisson de nouveaut\u00e9s. C\u2019\u00e9tait un moment privil\u00e9gi\u00e9, voire de complicit\u00e9. La collection de Jacques Daniel s\u2019agrandissait et nous nous en r\u00e9jouissions. Elle comptait d\u2019ailleurs une monographie de L\u2019\u00c9guille qu\u2019il avait \u00e9crite dans les ann\u00e9es 1990. Aujourd\u2019hui, nous sommes orphelins. Orphelins d\u2019un ami sensible et attentionn\u00e9, qui aimait partager et donner. II restera dans nos m\u00e9moires par les agr\u00e9ables souvenirs qu\u2019il y a grav\u00e9s. Le projet qui lui tenait le plus \u00e0 c\u0153ur \u00e9tait la cr\u00e9ation d\u2019une fondation Jacques Daniel \u00e0 L\u2019\u00c9guille, en partenariat avec le Conseil g\u00e9n\u00e9ral et les Archives. Puisse-t-il conna\u00eetre un aboutissement heureux et son v\u0153u \u00eatre exauc\u00e9. La direction du journal adresse ses tr\u00e8s sinc\u00e8res condol\u00e9ances \u00e0 Mme Daniel, son \u00e9pouse et \u00e0 sa famille.<\/p>\n<p>Nicole Bertin<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parmi les soci\u00e9t\u00e9s savantes que Jacques Daniel affectionnait tout particuli\u00e8rement parce qu\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 un des fondateurs et parce que son terrain d\u2019\u00e9tude incluait L\u2019\u00c9guille, la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire et d\u2019arch\u00e9ologie en Saintonge maritime \u00e9tait l\u2019une de ses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Voici la notice n\u00e9crologique que lui consacre Bernard Tastet dans le dernier num\u00e9ro de sa revue. Rappelons que Bernard Tastet re\u00e7ut en 1999 le prix Prince Murat de Chasseloup-Laubat d\u00e9cern\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge pour son livre Chaillevette et les c\u00f4tes de Saintonge, Portus Santonum, les fortunes du sel et l\u2019arsenal du Ponant.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Paris le 12 f\u00e9vrier 1921 de Hubert Daniel et de Rachel Grolleau, fille de Cl\u00e9ophas Grolleau qui s\u2019\u00e9tait fait une belle place dans l\u2019ostr\u00e9iculture \u00e0 L\u2019\u00c9guille. Mais nonobstant sa naissance dans le faubourg Saint-Denis et sa lointaine ascendance bretonne par ses a\u00efeux paternels de la septi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, il revendiquait farouchement son appartenance \u00e0 la Saintonge, son p\u00e8re et sa m\u00e8re \u00e9tant natifs de \u00ab L\u2019\u00c9guille en Saintonge \u00bb, titre de son ouvrage majeur. Apr\u00e8s une vie enti\u00e8re consacr\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9clatante \u00e0 la terre de ses anc\u00eatres, nul ne lui contestera son identit\u00e9 saintongeaise.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 \u00e0 la direction financi\u00e8re des automobiles Peugeot, son p\u00e8re fit carri\u00e8re \u00e0 Paris et il engagea Jacques dans la m\u00eame voie. Pour cela, le coll\u00e8ge Turgot sembla l\u2019\u00e9tablissement scolaire le mieux adapt\u00e9. Jacques y travailla surtout les mati\u00e8res scientifiques et les math\u00e9matiques, afin de devenir lui aussi un financier. Il s\u2019amusait du paradoxe d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 form\u00e9 aux arts techniques dans un \u00e9tablissement portant le nom d\u2019un illustre repr\u00e9sentant de la Physiocratie, cette brillante \u00e9cole qui pr\u00f4nait la pr\u00e9dominance de l\u2019agriculture. Il \u00e9tait intarissable sur les rapports quelquefois difficiles de ce visionnaire avec son ami Diderot auquel il offrit n\u00e9anmoins sa contribution \u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die sous la forme de la r\u00e9daction de plusieurs chapitres. Quant \u00e0 la doctrine \u00e9conomique dont Turgot se fit l\u2019ap\u00f4tre, elle \u00e9tait s\u00e9duisante bien qu\u2019elle f\u00eet sans vergogne l\u2019\u00e9talage de criantes contradictions : haine du monopole et d\u00e9fense de la Compagnie des Indes, horreur de l\u2019esclavage et n\u00e9cessit\u00e9 des esclaves\u2026 Une vision encyclop\u00e9dique ne peut s\u2019accommoder de l\u2019esprit de syst\u00e8me. Tout Jacques Daniel est contenu dans Turgot.<\/p>\n<p>Le \u00ab physiocrate \u00bb de L\u2019\u00c9guille est directeur financier chez Honeywell-Bull. L\u2019auteur qui n\u2019a jamais \u00e9crit qu\u2019\u00e0 la plume est allergique \u00e0 l\u2019ordinateur dont il contribue \u00e0 inonder le march\u00e9. Le cadre de la rive droite, assidu de la Bourse, passe tous ses loisirs dans les cercles et chez les bouquinistes de la rive gauche. L\u2019homme des chiffres le jour se mue le soir, sinon en homme de lettres du moins en consommateur de mots pour \u00e9crire l\u2019histoire de son pays.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge que lui est venu le go\u00fbt de la qu\u00eate de ses racines. \u00ab Mon p\u00e8re m\u2019ayant appris tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 aimer l\u2019histoire, je voulus conna\u00eetre celle de L\u2019\u00c9guille. Or elle n\u2019en avait pas\u2026 \u00bb, \u00e9crit-il dans l\u2019avant-propos de L\u2019\u00c9guille en Saintonge. Ses nombreux lecteurs lui savent gr\u00e9 d\u2019avoir \u00e9largi le champ de ses investigations \u00e0 l\u2019histoire de la province. La m\u00e9thode, \u00e9labor\u00e9e empiriquement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950, fut tr\u00e8s f\u00e9conde. Chaque \u00e9t\u00e9, pendant les vacances, il explorait avec minutie les archives municipales de L\u2019\u00c9guille et les archives d\u00e9partementales de la Charente-Maritime, sans omettre les fonds constitu\u00e9s en divers lieux privil\u00e9gi\u00e9s de l\u2019histoire locale tels que la biblioth\u00e8que municipale de Saintes ou le service historique de la Marine de Rochefort. Ce ratissage horizontal des archives se doublait d\u2019une prospection en profondeur du sol saintongeais avec ses amis arch\u00e9ologues, sous la f\u00e9rule de Robert Colle. De cette \u00e9poque datent ses principales d\u00e9couvertes entrepos\u00e9es aujourd\u2019hui en diff\u00e9rents lieux, sa maison de L\u2019\u00c9guille, le mus\u00e9e de la Vieille Paroisse \u00e0 Rochefort ou encore celui de Royan qui a re\u00e7u en d\u00e9p\u00f4t le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab pot de L\u2019\u00c9guille \u00bb, d\u00e9gag\u00e9 en 1964 du substrat n\u00e9olithique du site peu-richardien des Flottes. Reconstitu\u00e9e m\u00e9ticuleusement de ses mains, cette magnifique poterie est \u00e0 l\u2019\u0153uvre arch\u00e9ologique de Jacques Daniel ce que sera plus tard L\u2019\u00c9guille en Saintonge \u00e0 son historiographie, c\u2019est-\u00e0-dire la pi\u00e8ce ma\u00eetresse.<\/p>\n<p>D\u00e8s son retour \u00e0 Paris, r\u00e9sidant dans un quartier strat\u00e9giquement on ne peut mieux situ\u00e9, \u00e0 mi-chemin des Archives de France et de la Biblioth\u00e8que nationale, il devait faire de ces hauts lieux de la connaissance sa seconde demeure. Il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 d\u2019affirmer qu\u2019en un demi-si\u00e8cle de si\u00e8ge en r\u00e8gle, tous les documents manuscrits, imprim\u00e9s ou iconographiques se rapportant \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019Aunis et de la Saintonge, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s et transcrits en fiches analytiques parfaitement r\u00e9pertori\u00e9es dans un syst\u00e8me de classement manuel qui jusqu\u2019alors n\u2019a jamais laiss\u00e9 appara\u00eetre de faille.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ce travail de b\u00e9n\u00e9dictin, Jacques Daniel se constituait progressivement une biblioth\u00e8que dont chacun reconna\u00eet qu\u2019elle est sans \u00e9gale, tant en ce qui concerne l\u2019histoire que la cartographie et l\u2019iconographie saintongeaises et aunisiennes.<\/p>\n<p>Autre singularit\u00e9 de l\u2019attachante personnalit\u00e9 de Jacques Daniel, le collectionneur imp\u00e9nitent qu\u2019il \u00e9tait devenu, se situait \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la repr\u00e9sentation habituelle du collectionneur tourn\u00e9 vers lui-m\u00eame et vers les objets accumul\u00e9s. Il donnait l\u2019impression d\u2019avoir rassembl\u00e9 ces immenses collections pour autrui. Il \u00e9tait heureux lorsqu\u2019il avait pu apporter \u00e0 ses interlocuteurs la r\u00e9ponse attendue, preuve \u00e0 l\u2019appui. Il avait ce don rare de savoir et d\u2019aimer communiquer avec les puissants comme avec les plus humbles.<\/p>\n<p>Toutes les formes de la communication lui \u00e9taient famili\u00e8res. Celle qu\u2019il exp\u00e9rimenta en premier lieu fut la communication \u00e9crite. Il n\u2019y a sans doute aucune soci\u00e9t\u00e9 savante du d\u00e9partement de la Charente-Maritime qui n\u2019ait eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9diter le fruit de ses travaux et de sa r\u00e9flexion sous la forme d\u2019articles touchant aux aspects les moins connus de l\u2019histoire r\u00e9gionale d\u00e9nich\u00e9s dans quelques dossiers secrets. On peut m\u00eame affirmer que ses articles ont bien souvent \u00e9t\u00e9 repris et d\u00e9velopp\u00e9s par d\u2019autres historiens et constituent quelquefois l\u2019origine d\u2019avanc\u00e9es historiques retentissantes. Qu\u2019en serait-il par exemple aujourd\u2019hui de la connaissance de l\u2019histoire fabuleuse de Pierre Dugua de Mons sans les travaux initiaux, voire initiatiques, qu\u2019il a conduits sur la famille Gua ?<\/p>\n<p>On citera aussi, concernant le site d\u2019Anchoine, l\u2019article paru dans le bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de g\u00e9ographie de Rochefort de janvier 1975 et la d\u00e9couverte par Jacques Daniel de la carte de Delongueville de 1747 qui localise une Anchoine trembladaise et une Anchoine palaisienne. Il ouvrait la voie \u00e0 une approche d\u00e9sormais scientifique de la question qui jusqu\u2019alors empruntait \u00e0 la mythologie. Chaque ann\u00e9e, avec une grande r\u00e9gularit\u00e9, il distribuait ainsi aux soci\u00e9t\u00e9s savantes, dont il \u00e9tait souvent le pilier, l\u2019article qui allait r\u00e9v\u00e9ler encore quelque pan m\u00e9connu du pass\u00e9. Jamais le magazine semestriel de la municipalit\u00e9 de L\u2019\u00c9guille ne paraissait sans que la rubrique \u00ab Un peu d\u2019histoire \u00bb ne soit aliment\u00e9e par son illustre administr\u00e9.<\/p>\n<p>Communication \u00e9crite plus noble encore est celle qui s\u2019exprime dans les ouvrages qu\u2019il fit \u00e9diter comme auteur ou comme co-auteur. Parmi les principaux, il y a L\u2019\u00c9guille en Saintonge paru en 1993 chez Bordessoules. \u00ab Un mod\u00e8le du genre \u00bb, \u00e9crira Jean Gl\u00e9nisson justifiant a posteriori le grand prix de l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge qui lui fut d\u00e9cern\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. L\u2019auteur couronn\u00e9 devait d\u2019ailleurs rejoindre les immortels de l\u2019Acad\u00e9mie en 1996 au fauteuil de Camille Gabet, ancien pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 de g\u00e9ographie de Rochefort. Apr\u00e8s L\u2019\u00c9guille en Saintonge, deux autres de ses ouvrages sont entr\u00e9s dans la bibliographie saintongeaise : La Saintonge illustr\u00e9e \u00e9dit\u00e9e en 1999 par Geste-\u00e9ditions et L\u2019Arm\u00e9e d\u2019Aunis devant La Rochelle qui constitue le tome LVI des Archives historiques de la Saintonge et de l\u2019Aunis (ann\u00e9e 2003).<\/p>\n<p>Une autre forme de communication \u00e9crite dans laquelle il excellait est la fiche \u00e9pistolaire qu\u2019il adressait \u00e0 ses correspondants en \u00e9cho aux questions pos\u00e9es. De sa belle \u00e9criture \u00e0 l\u2019encre noire, la r\u00e9ponse tombait pr\u00e9cise et argument\u00e9e comme un m\u00e9moire de ma\u00eetrise, qu\u2019il s\u2019agisse de sujets purement historiques ou encore relatifs \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie ou \u00e0 l\u2019h\u00e9raldique, disciplines qu\u2019il affectionnait particuli\u00e8rement.<\/p>\n<p>L\u2019expos\u00e9 magistral ou la conf\u00e9rence le mettaient un peu mal \u00e0 l\u2019aise car il avait l\u2019impression d\u2019avoir une \u00e9locution trop rapide pour ce genre d\u2019exercice. Il n\u2019en \u00e9tait \u00e9videmment rien. La derni\u00e8re intervention de cette nature, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 francophone d\u2019\u00e9t\u00e9 de Jonzac, le 9 ao\u00fbt 2004, d\u00e9montre \u00e9loquemment qu\u2019il savait captiver son auditoire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/daniel-051855.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-671 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/daniel-051855-225x300.jpg\" alt=\"daniel-051855\" width=\"225\" height=\"300\" \/><\/a>Au large public, il pr\u00e9f\u00e9rait l\u2019entretien de face \u00e0 face, dans son cabinet de travail, les fiches, les dossiers, les cartes et les plans \u00e0 port\u00e9e de main. L\u00e0, il \u00e9blouissait par sa prodigieuse m\u00e9moire et son aptitude \u00e0 trouver dans l\u2019instant la fiche la plus ancienne sur le sujet le plus vague.<\/p>\n<p>Enfin, derni\u00e8re forme de communication, la communication par l\u2019iconographie. C\u2019\u00e9tait le domaine privil\u00e9gi\u00e9 de Jacques Daniel car il se savait mieux arm\u00e9 que quiconque pour appuyer par l\u2019image la th\u00e8se, la th\u00e9orie ou la narration dont la seule exposition par les mots pouvait para\u00eetre herm\u00e9tique. Dans les trente derni\u00e8res ann\u00e9es, il ne semble qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 un livre sur l\u2019histoire r\u00e9gionale sans la contribution de Jacques Daniel \u00e0 son illustration. Tout avait commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 avec l\u2019\u00e9troite complicit\u00e9 qui avait pr\u00e9sid\u00e9 aux travaux du professeur Robert Colle. Les deux amis ont sillonn\u00e9 la Saintonge profonde, visit\u00e9 les belles demeures, \u00e9tudi\u00e9 les archives, sond\u00e9 les vestiges arch\u00e9ologiques, photographi\u00e9 tout ce qui semblait avoir un int\u00e9r\u00eat patrimonial. Et quand le moment fut arriv\u00e9 de dispenser leur immense savoir, l\u2019un \u00e9crivit, l\u2019autre illustra. L\u2019exercice se r\u00e9p\u00e9ta par la suite avec de nombreux autres auteurs. Jacques Daniel a \u00e9t\u00e9 aux historiographes en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 Robert Colle en particulier ce que Louis-Jacques Goussier fut \u00e0 Diderot dans l\u2019\u00e9lucidation de l\u2019Encyclop\u00e9die. Le textes ne pouvant \u00eatre compris sans les planches qui les accompagnent, Diderot explique \u00e0 sa mani\u00e8re le m\u00e9canisme de l\u2019intervention de l\u2019illustrateur, l\u2019\u0153il et l\u2019esprit circulant de l\u2019image aux mots : \u00ab La peinture n\u2019atteint point aux op\u00e9rations de l\u2019esprit ; l\u2019on ne distinguerait point entre des objets sensibles distribu\u00e9s sur une toile, comme ils seraient \u00e9nonc\u00e9s dans un discours, les liaisons qui forment le jugement et le syllogisme, ce qui constitue un de ces \u00eatres sujet d\u2019une proposition, ce qui constitue une qualit\u00e9 de ces \u00eatres, attribut, ce qui encha\u00eene la proposition \u00e0 une autre pour en faire un raisonnement, et ce raisonnement \u00e0 un autre pour en composer un discours \u00bb.<\/p>\n<p>Conscient de la difficult\u00e9 de ma\u00eetriser la syntaxe de l\u2019image, de la plume ampoul\u00e9e de son temps, Diderot rend ainsi un bel hommage aux iconographes dont Charly Grenon n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 affirmer que, dans la province qui lui est ch\u00e8re, Jacques Daniel fut le plus grand. Il est tentant d\u2019\u00e9tablir une corr\u00e9lation entre une si parfaite r\u00e9ussite et l\u2019enseignement de Turgot\u2026<\/p>\n<p>La brutale disparition de notre ami nous laisse d\u00e9sempar\u00e9s. Mais le ma\u00eetre de la communication n\u2019a pas fini de nous \u00e9clairer de son savoir. Il avait pris soin de mettre ses biens \u00e0 la disposition des chercheurs par le truchement de la Fondation Jacques Daniel.<\/p>\n<p>Nos pens\u00e9es vont \u00e0 sa veuve qui a la lourde t\u00e2che de donner vie \u00e0 l\u2019\u0153uvre de son mari.<\/p>\n<p>BernardTastet<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jacques Daniel \u00e9tait membre de nombreuses associations et consid\u00e9rait son adh\u00e9sion \u00e0 la fois comme un soutien et comme un moyen de communication avec sa Saintonge. Parmi elles, les Vieilles Maisons fran\u00e7aises dont il ne manquait jamais une rencontre. Et une visite\u2026 S\u2019il est une facette de sa personnalit\u00e9 parmi les plus notables, c\u2019est bien son go\u00fbt \u00e0 visiter une vieille demeure et \u00e0 la rattacher \u00e0 son environnement familial. Les extraits qui suivent sont tir\u00e9s d\u2019un hommage que lui a rendu De la Seudre \u00e0 la Charente, le bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire du canton de Marennes et de ses environs (juillet 2005, n\u00b0 15). Ils expriment au mieux ce Jacques Daniel fouineur de souvenirs familiaux ; le texte s\u2019appelle : \u00ab La Derni\u00e8re Visite de Jacques Daniel \u00e0 Marennes \u00bb ; il est de Michelle Lallement.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait en juillet dernier que je fis la connaissance de Jacques Daniel dont je savais les immenses talents d\u2019historien. (\u2026) Il avait souhait\u00e9 venir sur place et visiter les lieux, en sp\u00e9cialiste de la famille Froger. Cette famille, qui a aussi ses racines \u00e0 L\u2019\u00c9guille, il en avait trait\u00e9 dans la monographie qu\u2019il a consacr\u00e9e \u00e0 son village de c\u0153ur, voici quelques ann\u00e9es. C\u2019est \u00e0 mon ami Bernard Tastet que je dois l\u2019initiative de cette rencontre.<\/p>\n<p>Nous voici donc devant la fa\u00e7ade arri\u00e8re de ce b\u00e2timent (l\u2019ancienne sous-pr\u00e9fecture de Marennes) consid\u00e9rant l\u2019architecture, comment\u00e9e par Jacques Daniel, d\u00e9limitant les parties primitives de cet ancien h\u00f4tel particulier des Froger de La Rigaudi\u00e8re, en soulignant les r\u00e9ajustements du si\u00e8cle suivant. Quelques photos plus tard, nous p\u00e9n\u00e9trions dans le hall d\u2019entr\u00e9e et bient\u00f4t nous grav\u00eemes le bel escalier de pierre, recouvert de bois sur un \u00e9tage. La curiosit\u00e9 nous emporta \u00e0 l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur (\u2026), les greniers nous tendaient les bras (\u2026), des lucarnes \u00ab damoiselles \u00bb nous plongions sur l\u2019immeuble en face o\u00f9 nous \u00e9tions attendus pour une autre visite \u00e9clair\u00e9e, quand nous f\u00fbmes surpris comme des conspirateurs.<\/p>\n<p>Mea culpa ! J\u2019avais oubli\u00e9 de demander une autorisation dans l\u2019urgence o\u00f9 s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e cette visite. J\u2019entends encore Jacques Daniel (de l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge) et Bernard Tastet, l\u2019historien de Chaillevette et laur\u00e9at de la m\u00eame acad\u00e9mie\u2026 Quant \u00e0 Marie-France Tastet et moi-m\u00eame, nous n\u2019osions rire de la situation dans un tel moment ! Mais notre bonne humeur ne fut pas entach\u00e9e par cet incident. Le quatuor de conspirateurs accompagn\u00e9 de mon petit-fils de sept ans redescendit dans la rue sans commentaires. Qu\u2019allais-je dire \u00e0 cet enfant pour me justifier ?<\/p>\n<p>La suite de la visite se poursuivit chez mes amis Christian Vappereau et Annie M\u00e9treau son \u00e9pouse, qui demeurent dans une belle maison, \u00e9galement construite par un des anc\u00eatres de la famille Froger de LA Rigaudi\u00e8re en 1777. Jacques Daniel \u00e9tala sous nos yeux un plan de Marennes en 1770 (des Archives nationales) et r\u00e9pondit \u00e0 toutes les questions que la lecture de ce plan imposait \u00e0 notre curiosit\u00e9 (quelques jours plus tard, je ne manquais pas d\u2019en recevoir une copie). (\u2026) En compulsant les archives mises \u00e0 notre disposition, on finit par d\u00e9couvrir que, apr\u00e8s avoir \u00e9pous\u00e9 Jeanne-Louise Martin de Bonsonge, le Saintais (Boscal de R\u00e9als) s\u2019\u00e9tait \u00e9tabli \u00e0 Marennes et en devint d\u00e8s 1804 le maire adjoint. La conqu\u00eate de Saintes et de sa mairie sera pour l\u2019ann\u00e9e 1815.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, les Martin de Bonsonge sont alors incontournables dans l\u2019histoire locale. Une visite de leur h\u00f4tel marennais s\u2019imposait (\u2026). La semaine suivante, un nouveau rendez-vous allait nous r\u00e9unir cette fois dans une autre illustre maison de Marennes, maison au carr\u00e9 militaire faisant face au temple, ancienne demeure de la famille Martin de Bonsonge dont il \u00e9tait \u00e9galement le sp\u00e9cialiste. L\u00e0 aussi, nous f\u00fbmes re\u00e7us avec une extr\u00eame gentillesse par M. et Mme Masteau, les propri\u00e9taires, et en connaisseur, Jacques Daniel parcourut les documents et les actes mis \u00e0 notre disposition par la courtoisie de nos h\u00f4tes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la visite des lieux, nous rest\u00e2mes quelque peu impr\u00e9gn\u00e9s de toute l\u2019histoire de ces murs. Par la suite, c\u2019est par correspondance que nous avons \u00e9chang\u00e9 nos derni\u00e8res trouvailles. (\u2026)<\/p>\n<p>Michelle Lallement<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un autre t\u00e9moignage est parvenu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge, celui de son ami Ren\u00e9 Faille. Qui ne conna\u00eet pas Ren\u00e9 Faille, l\u2019ancien patron de Giraudon, la principale collection iconographique de France, et l\u2019auteur de nombreux ouvrages historiques toujours forts document\u00e9s ? La Saintonge lui doit surtout ses \u00e9tudes sur les phares et les fortifications de la c\u00f4te charentaise (Prix Jean de Lom\u00e9nie de Brienne 1975 d\u00e9cern\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge pour Les Trois plus anciens phares de France, Cordouan, Les Baleines, Chassiron), ainsi que la biographie de Claude Masse et la publication de ses cartes. Ren\u00e9 Faille est aussi \u2013 et peut-\u00eatre surtout \u2013 un des grands sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais de F\u00e9nelon.<br \/>\nGiraudon et son magnifique fonds iconographique, Masse et ses cartes ou F\u00e9nelon et son s\u00e9jour \u00e0 la Bristi\u00e8re, la rencontre avec Jacques Daniel \u00e9tait inscrite dans le ciel saintongeais\u2026 Le texte qui suit est une parfaite illustration du passionn\u00e9 qu\u2019\u00e9tait Jacques Daniel et des liens \u00e9troits qu\u2019il entretenait avec l\u2019histoire de la Saintonge.<\/p>\n<p>Il est loin le temps de nos escapades en Saintonge en compagnie d\u2019Henri Lahetjuzan, \u00ab un de nos faiseurs d\u2019\u00e2me (1)\u00bb , avec une baguette de coudrier. Ayant repris les \u00e9ditions Rupella, Henri Lahetjuzan devint mon \u00e9diteur-imprimeur. C\u2019est en 1979 qu\u2019il publia Les Ing\u00e9nieurs Masse et le Recueil des plans de La Rochelle par Claude Masse.<\/p>\n<p>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Claude Masse que j\u2019ai rencontr\u00e9 Jacques Daniel en 1968 et notre parcours saintongeais puis f\u00e9nelonien fut parall\u00e8le pendant plus de trente-cinq ans. Il a suivi mes recherches sur les phares et sur les Masse comme j\u2019ai suivi les siennes pour L\u2019\u00c9guille. Il \u00e9tait surtout int\u00e9ress\u00e9 par la \u00ab retrouvaille \u00bb du \u00ab treizi\u00e8me quarr\u00e9 \u00bb de la carte des c\u00f4tes du Bas-Poitou, Aunis et Saintonge, celui o\u00f9 figurait L\u2019\u00c9guille \u2013 son \u00ab cher \u00bb L\u2019\u00c9guille. C\u2019est en juillet 1993 que je vis na\u00eetre \u00ab le Daniel \u00bb, l\u2019\u0153uvre majeure de \u00ab l\u2019homme de L\u2019\u00c9guille dans une botte d\u2019univers \u00bb (2), qui fut couronn\u00e9e en 1994 par l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge avant que son auteur n\u2019y soit officiellement re\u00e7u en 1996 par Madeleine Chapsal.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat que Jacques Daniel porta \u00e0 F\u00e9nelon n\u2019est connu, lui, que de Claude Coutant-Pajany, Jean Mesnard et Jean Gl\u00e9nisson. C\u2019est \u00e0 l\u2019augmentation du fonds F\u00e9nelon de la m\u00e9diath\u00e8que de Cambrai qu\u2019il l\u2019a exerc\u00e9. Apr\u00e8s une visite au ch\u00e2teau de la Bristi\u00e8re (\u00e0 \u00c9chillais) o\u00f9 nous avions \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s par Jean de Mathan (3) et o\u00f9 F\u00e9nelon avait s\u00e9journ\u00e9 chez sa s\u0153ur de 1685 \u00e0 1687, Jacques Daniel s\u2019est rappel\u00e9 qu\u2019Hippolyte Le Gardeur de Tilly, apparent\u00e9 par son mariage \u00e0 une descendante de la comtesse de Beaumont, s\u0153ur a\u00een\u00e9e de l\u2019archev\u00eaque de Cambrai, avait donn\u00e9 \u00e0 la biblioth\u00e8que de Saintes, \u00e0 la suite de l\u2019incendie de 1871, les archives de L\u00e9on de Beaumont, \u00e9v\u00eaque de Saintes, ancien archidiacre de Cambrai et h\u00e9ritier de F\u00e9nelon (4).<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 Claude Coutant-Pajany qui nous a ouvert ces archives non encore inventori\u00e9es, nous avons retrouv\u00e9 plusieurs documents : la lettre d\u2019ordination de F\u00e9nelon \u00e0 Sarlat (5), le brevet de don par Louis XIV de l\u2019abbaye de Saint-Val\u00e9ry \u00e0 l\u2019abb\u00e9 de F\u00e9nelon, etc\u2026 Certains sont encore en cours de publication et ils ont permis de pr\u00e9ciser bien des points inconnus de la vie de F\u00e9nelon.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, Jacques Daniel, m\u2019informait r\u00e9guli\u00e8rement sur les livres concernant F\u00e9nelon qu\u2019il d\u00e9couvrait dans les catalogues de libraires et dans les ventes publiques. Comme l\u2019\u00e9crit Mlle T\u00e9rouanne, la conservatrice de la m\u00e9diath\u00e8que de Cambrai, il a ainsi contribu\u00e9 \u00e0 \u00ab l\u2019enrichissement des collections f\u00e9neloniennes de Cambrai \u00bb. Le processus \u00e9tait le suivant : Jacques Daniel rep\u00e9rait un ouvrage, notamment lors des salons parisiens de bibliophilie dont il ne manquait jamais l\u2019ouverture, vite il me le signalait par t\u00e9l\u00e9phone, je le faisais pr\u00e9empter par la direction du Livre au minist\u00e8re, Jacques Daniel le r\u00e9cup\u00e9rait et je le portais dans une sacoche \u00e0 Cambrai. Neuf fois sur dix, son renseignement \u00e9tait suivi d\u2019effet et le fonds F\u00e9nelon de Cambrai a pu r\u00e9cup\u00e9rer des ouvrages tr\u00e8s rares dont les plus marquants sont une \u00e9dition du T\u00e9l\u00e9maque d\u2019Amsterdam de 1734 et deux traductions du m\u00eame T\u00e9l\u00e9maque, l\u2019une en italien (1747), l\u2019autre en hollandais (1720).<\/p>\n<p>Je connaissais depuis plusieurs ann\u00e9es son intention de cr\u00e9er une Fondation Jacques Daniel \u00e0 L\u2019\u00c9guille et l\u2019avais encourag\u00e9 en ce sens en d\u00e9posant chez lui mes archives \u00ab Masse sur l\u2019Aunis, la Saintonge et le M\u00e9doc \u00bb. En r\u00e9ponse \u00e0 ses derniers v\u0153ux de nouvel an qui m\u2019annon\u00e7aient de bonnes nouvelles concernant la fondation, je voulais lui t\u00e9l\u00e9phoner pour lui dire que j\u2019avais l\u2019intention de lui d\u00e9poser mes archives \u00ab phares et Vauban en Aunis et Saintonge \u00bb. C\u2019\u00e9tait le 10 janvier au matin et c\u2019est Mme Daniel qui m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 10 heures pour m\u2019annoncer la mauvaise nouvelle\u2026<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Faille<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1)- F. Julien-Labruy\u00e8re, L\u2019Alambic de Charentes.<br \/>\n(2)- F. Julien-Labruy\u00e8re, Enqu\u00eate sur une marandaise.<br \/>\n(3)- H\u00e9ritier des descendants de la comtesse de Beaumont, Jean de Mathan entretient \u00e0 la Bristi\u00e8re le souvenir de F\u00e9nelon (reconstitution de sa chambre et organisation de manifestations comme celle c\u00e9l\u00e9brant le 350e anniversaire de sa naissance en 2001 sous la pr\u00e9sidence de Jean Mesnard, le reportage photographique ayant \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 par Jacques Daniel).<br \/>\n(4)-L\u00e9on de Beaumont \u00e9tait le fils de la comtesse de Beaumont, donc le neveu de F\u00e9nelon.<br \/>\n(5)Lettre publi\u00e9e en 1994 par Ren\u00e9 Faille dans L\u2019Essor sarladais<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le dernier mot de cet hommage revient au Bulletin municipal de L\u2019\u00c9guille qui consacre presque enti\u00e8rement son num\u00e9ro 51 de juin 2005 \u00e0 Jacques Daniel. En voici quelques extraits sous la plume du maire de L\u2019\u00c9guille, Jean Russo.<\/p>\n<p>Nous n\u2019aurons pas dans cette \u00e9dition le mot d\u2019histoire, habituel, de Jacques Daniel. Ce grand \u00c9guillais nous a quitt\u00e9s au mois de janvier avec plein d\u2019id\u00e9es dans sa t\u00eate qu\u2019il souhaitait nous soumettre lors de sa retraite d\u00e9finitive \u00e0 L\u2019\u00c9guille, pr\u00e9vue au mois de mars. Ce sage a laiss\u00e9 un grand vide dans notre village mais nous a l\u00e9gu\u00e9 une tr\u00e8s importante collection historique sur l\u2019Aunis et la Saintonge quil a accumuil\u00e9e durant toute sa vie avec un seul but, celui de restaurer l\u2019histoire \u00e9guillaise. Il a pour cela r\u00e9dig\u00e9 un livre \u00e0 \u00e9dition limit\u00e9, L\u2019\u00c9guille en Saintonge. J\u2019invite d\u2019ailleurs les nouveaux r\u00e9sidents curieux de conna\u00eetre l\u2019histoire \u00e9parse et secr\u00e8te de leur village d\u2019accueil \u00e0 lire cette \u0153uvre disponible \u00e0 la biblioth\u00e8que de L\u2019\u00c9guille.<\/p>\n<p>el n\u2019\u00e9tait pas seulement un historien amoureux de son village, il \u00e9tait g\u00e9n\u00e9reux et d\u00e9sirait l\u00e9guer son patrimoine au d\u00e9partement avec une participation de la communaut\u00e9 d\u2019agglom\u00e9ration du Pays royannais sous la forme d\u2019une fondation \u00e0 condition que le tout demeure \u00e0 L\u2019\u00c9guille. C\u2019est ainsi que cette op\u00e9ration, qu\u2019il souhaitait mener de son vivant, pourrait voir le jour gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 affirm\u00e9e de son \u00e9pouse Odette, qui d\u00e9sire mener \u00e0 bien cette derni\u00e8re volont\u00e9. Nous lui sommes reconnaissants de cette d\u00e9cision qui restera grav\u00e9e au c\u0153ur des \u00c9guillais comme un dernier geste historique et de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e9mis \u00e0 la m\u00e9moire du d\u00e9funt Jacques Daniel, son \u00e9poux.<\/p>\n<p>Ses recherches et cette \u0153uvre reconnue lui ont ouvert les portes de l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge. Jacques partageait sa vie entre Paris et L\u2019\u00c9guille, mais avec un c\u0153ur toujours pr\u00e9sent dans son village, il cultivait l\u2019amour de sa commune. \u00c9lu communal depuis de nombreuses ann\u00e9es jusqu\u2019en 1995, il a apport\u00e9 son concours et sa sagesse dans la conduite des affaires de la municipalit\u00e9. Depuis, il continuait \u00e0 s\u2019informer et \u00e0 s\u2019engager par des actions concr\u00e8tes dans la vie de la cit\u00e9, voire plus largement au niveau de l\u2019intercommunalit\u00e9. Il mettait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la disposition des \u00e9rudits et de ses pairs son extraordinaire biblioth\u00e8que ainsi que ses grandes connaissances. Jusqu\u2019au bout, Jacques a conserv\u00e9 ce magnifique potentiel intellectuel qui le caract\u00e9risait et souhaitait continuer \u00e0 les mettre \u00e0 disposition de notre commune, comme le prouve ces quelques derni\u00e8res lignes qu\u2019il m\u2019a \u00e9crites avant sa disparition : \u00ab Derni\u00e8re nouvelle ! Retour d\u00e9finitif \u00e0 L\u2019\u00c9guille le 2 mars ! Adieu Paris ! D\u2019o\u00f9 j\u2019emporterai avec moi quatre-vingt-quatre ans de bons souvenirs, une jeunesse heureuse, entour\u00e9 par des parents unis et attentifs (auxquels j\u2019ai caus\u00e9 bien des soucis par ma sant\u00e9 fragile jusqu\u2019\u00e0 six ans, apr\u00e8s jamais malade !), une vie professionnelle r\u00e9ussie, les Archives nationales, la Biblioth\u00e8que nationale (la vieille, celle de la rue Richelieu !) les mus\u00e9es, une vie intellectuelle inoubliable mais que je quitte sans regrets. Pour L\u2019\u00c9guille o\u00f9 je foisonne de projets pour 2005. Je vous \u00e9tonnerai ! Amiti\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Jacques est revenu \u00e0 son port d\u2019origine, parmi les siens dans cette terre saintongeaise \u00e0 L\u2019\u00c9guille, son village o\u00f9 il reposera d\u00e9sormais dans le petit cimeti\u00e8re aupr\u00e8s de ses parents, comme il le souhaitait.<\/p>\n<p>Jean Russo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Daniel est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paris, le 9 janvier 2005, \u00e0 son domicile de la rue du Faubourg Saint-Denis. Il \u00e9tait membre de l\u2019Acad\u00e9mie de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":553,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[82,4,124],"tags":[],"class_list":["post-668","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-82","category-archives","category-in-memoriam-j-daniel-2005"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/668","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=668"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/668\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":672,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/668\/revisions\/672"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/553"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=668"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=668"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/academie-saintonge.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=668"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}