{"id":920,"date":"2015-08-05T15:52:04","date_gmt":"2015-08-05T14:52:04","guid":{"rendered":"http:\/\/academie-saintonge.org\/?p=920"},"modified":"2016-01-28T14:32:33","modified_gmt":"2016-01-28T13:32:33","slug":"reception-de-didier-neraudeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/academie-saintonge.org\/?p=920","title":{"rendered":"R\u00e9ception de Didier N\u00e9raudeau"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/neraudau1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-921 alignleft\" src=\"https:\/\/academie-saintonge.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/neraudau1.jpg\" alt=\"neraudau\" width=\"170\" height=\"210\" \/><\/a>10\u00e8me si\u00e8ge, quatri\u00e8me titulaire.<\/p>\n<p>Originaire de Tonnay-Charente, professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Rennes, il est aussi pal\u00e9ontologue au mus\u00e9um national d&rsquo;histoire naturelle. Ses recherches sont essentiellement consacr\u00e9es aux fossiles des couches g\u00e9ologiques pr\u00e9sentes en Charentes. En 1999, il d\u00e9couvre dans un gisement d&rsquo;ambre du Cr\u00e9tac\u00e9 charentais des insectes fossiles de cent millions d&rsquo;ann\u00e9es, surtout mouches, gu\u00eapes et scarab\u00e9es, ainsi que des oursins (\u00c9chinides) du C\u00e9nomanien (milieu du Cr\u00e9tac\u00e9). En 2004, il met au jour dans un ancien lagon de l&rsquo;\u00eele Madame, datant du C\u00e9nomanien, un varan aquatique d&rsquo;une esp\u00e8ce jusque-l\u00e0 inconnue qu&rsquo;il d\u00e9nomme le Carentonosaure (Carentonosaurus mineaui) en hommage \u00e0 la Charente et aux Mineau, ces exploitants d&rsquo;une ferme salicole dans l&rsquo;\u00eele (Jean-Pierre et \u00c9lisabeth Mineau font partie des quelques n\u00e9o-sauniers install\u00e9s sur les c\u00f4tes charentaises, qui maintiennent ou recr\u00e9ent cette activit\u00e9 dans un but d&rsquo;identit\u00e9 ; ils organisent chaque \u00e9t\u00e9 des \u00ab f\u00eates du sel \u00bb fort courues ; voir Sud-Ouest, 18-8-2003, article de T. Magnol). Ce nom qui renvoie directement \u00e0 la Charente et aux efforts identitaires des Mineau s&rsquo;explique ais\u00e9ment car on n&rsquo;a pas, pour l&rsquo;instant, retrouv\u00e9 d&rsquo;autres animaux de ce type en dehors d&rsquo;une couche c\u00e9nomanienne situ\u00e9e \u00e0 La Couronne. Cette d\u00e9couverte et cette d\u00e9nomination lui valent le prix Jehan de Latour de Geay 2005 d\u00e9cern\u00e9 par l&rsquo;Acad\u00e9mie de Saintonge. La r\u00e9putation de Didier N\u00e9raudeau est maintenant internationalement \u00e9tablie et ses publications sont nombreuses, \u00e0 commencer par sa th\u00e8se : Ontogen\u00e8se, pal\u00e9o\u00e9cologie et histoire des Hemiaster, \u00e9chinides irr\u00e9guliers du Cr\u00e9tac\u00e9 (1990) ou son grand article consacr\u00e9 au Carentonosaure : \u00ab A New Pachyostic Squamate Reptile from the Cenomanian of France \u00bb, Paleontology, vol. 47, part 5, 2004, pp. 1195-2010 (article co-sign\u00e9 avec Jean-Claude Rage). Voir S. Cottin, \u00ab Le Varan de Madame \u00bb, Sud-Ouest, 7-12-2004. Documentation D. Catineau.<br \/>\nR\u00e9ception par Pascal EVEN<\/p>\n<p>L\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge a atteint, vous le savez, l\u2019\u00e2ge de raison et nous avons f\u00eat\u00e9 r\u00e9cemment son cinquanti\u00e8me anniversaire avec le faste modeste qui sied \u00e0 une compagnie constitu\u00e9e de personnes sages. A l\u2019aune des pr\u00e9occupations de nos contemporains, dans un monde caract\u00e9ris\u00e9 par la circulation des hommes, des biens et des id\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la globalisation et de la mondialisation, aussi in\u00e9luctables que parfois redout\u00e9es, un demi si\u00e8cle para\u00eet aux g\u00e9n\u00e9rations les plus jeunes faire remonter l\u2019origine de l\u2019Acad\u00e9mie \u00e0 une p\u00e9riode recul\u00e9e. Les \u00e9tudes auxquelles se sont livr\u00e9s les acad\u00e9miciens de Saintonge \u00e0 l\u2019occasion de ce cinquantenaire ont permis de mesurer l\u2019espace parcouru par l\u2019honorable compagnie depuis sa cr\u00e9ation. Nous avons \u00e9tudi\u00e9 avec d\u00e9j\u00e0 le regard de l\u2019historien les motivations sociales et intellectuelles qui pr\u00e9valaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs d\u00e9cidaient de fonder une nouvelle acad\u00e9mie vou\u00e9e au rayonnement culturel d\u2019une province qui leur \u00e9tait ch\u00e8re. Nous avons rappel\u00e9 l\u2019activit\u00e9 de ses membres ou de ses directeurs au cours de ces cinquante ans qui ont apport\u00e9 tant de changements dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Et pourtant que valent cinquante ann\u00e9es aux yeux d\u2019un scientifique comme Didier N\u00e9raudeau qui jongle non pas avec les si\u00e8cles mais avec des millions d\u2019ann\u00e9es, qui vit et travaille au milieu des vestiges non pas de civilisations disparues mais parmi des fossiles qui remontent \u00e0 la nuit des temps ou plut\u00f4t qui s\u2019y perdent aux yeux des b\u00e9otiens que nous sommes ?<\/p>\n<p>L\u2019Acad\u00e9mie a-t-elle voulu s\u2019ancrer encore davantage dans le pass\u00e9 de la Saintonge en \u00e9lisant parmi ses membres un pal\u00e9ontologue ? A-t-elle souhait\u00e9 intriguer le public en associant \u00e0 ses activit\u00e9s un scientifique de grande pointure \u0153uvrant dans un domaine particuli\u00e8rement sp\u00e9cialis\u00e9 ? A-t-elle c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la facilit\u00e9 ou \u00e0 un mim\u00e9tisme \u00e9trange en faisant choix d\u2019un sp\u00e9cialiste incontest\u00e9 des fossiles et des dinosaures ? A-t-elle voulu enfin d\u00e9signer en Didier N\u00e9raudeau le digne successeur du charentais Alcide d\u2019Orbigny ? Je livre ces pistes de r\u00e9flexion \u00e0 votre sagacit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais avant de revenir sur les v\u00e9ritables raisons du choix de l\u2019Acad\u00e9mie, il n\u2019est peut-\u00eatre pas totalement inutile de pr\u00e9ciser ce qu\u2019est la pal\u00e9ontologie, science dont se r\u00e9clament les pal\u00e9ontologues. Et puisque Didier N\u00e9raudeau rappelle volontiers qu\u2019Alcide d\u2019Orbigny a contribu\u00e9, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 la fondation de la pal\u00e9ontologie, je me suis r\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux dictionnaires du XIXe si\u00e8cle, aux Bescherelle et aux Larousse, aussi bien qu\u2019aux encyclop\u00e9dies contemporaines, afin de retrouver une d\u00e9finition de la pal\u00e9ontologie, la science qui a pour objet la connaissance des races d\u2019animaux et des v\u00e9g\u00e9taux qui ont exist\u00e9 autrefois \u00e0 la surface du globe et dont on trouve des d\u00e9bris et des vestiges fossiles.<\/p>\n<p>Je me suis, il est vrai, un peu perdu dans tous les termes livr\u00e9s par ces dictionnaires et qui sont associ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment pal\u00e9o parmi lesquels je n\u2019ai reconnu que les pal\u00e9ographes et les pal\u00e9ologues, ces derniers d\u00e9signant \u00e0 la fois les sp\u00e9cialistes des langues anciennes et les derniers empereurs d\u2019Orient de Constantinople. En revanche, j\u2019ai pu constater que dans le domaine qui int\u00e9resse notre nouvel acad\u00e9micien, les termes avaient consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 en un peu plus d\u2019un si\u00e8cle. Nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs du XIXe si\u00e8cle d\u00e9finissaient des pal\u00e9ozoologistes, sp\u00e9cialistes des animaux fossiles ou les adeptes de la pal\u00e9ontographie qui portait ses efforts sur l\u2019histoire des corps organis\u00e9s dont on ne conna\u00eet que des d\u00e9bris fossiles. Aujourd\u2019hui ces termes ont fait place aux notions plus modernes de pal\u00e9obotanique, de pal\u00e9oclimatologie, de pal\u00e9ochronologie\u2026 Afin d\u2019\u00e9viter de me perdre dans les arcanes de ces sciences tout aussi respectables, je reviens aux traditions acad\u00e9miques.<\/p>\n<p>L\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge a fait choix d\u2019un savant, d\u2019un sp\u00e9cialiste de renomm\u00e9e internationale qui enseigne un peu loin certes de ses terres d\u2019origine mais dans un pays tout aussi accueillant, la Bretagne, puisqu\u2019il est professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rennes. Un jeune professeur d\u00e9j\u00e0 connu par les nombreux articles scientifiques publi\u00e9s dans des revues les plus savantes du monde entier qu\u2019il a r\u00e9dig\u00e9s seul ou en partenariat avec d\u2019\u00e9minents coll\u00e8gues. Didier N\u00e9raudeau saura mieux que moi \u00e9voquer ses recherches et ses activit\u00e9s multiples mais au risque de simplifier exag\u00e9r\u00e9ment ses travaux, il voudra bien me le pardonner, je citerai quelques unes de ses \u00e9tudes en raison de leurs liens avec la Saintonge. En 1999, notre nouvel acad\u00e9micien a ainsi d\u00e9couvert un gisement d\u2019ambre cach\u00e9 au fond d\u2019une carri\u00e8re de Charente-Maritime et cette r\u00e9sine renfermait des tr\u00e9sors que notre homme a patiemment inventori\u00e9s, des centaines d\u2019insectes parfaitement conserv\u00e9s qui t\u00e9moignent de la faune qui vivait alors dans notre Saintonge, il n\u2019y a que cent millions d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les \u00eelots charentais \u00e9taient recouverts de for\u00eats denses peupl\u00e9es de dinosaures et des fameux insectes retrouv\u00e9s emprisonn\u00e9s dans l\u2019ambre. A Fouras, il analyse des bois fossiles, des gisements d\u2019ambre insectif\u00e8res et de monstrueuses cr\u00e9atures comme les iguanodontidae ; plus r\u00e9cemment, en 2004, dans la carri\u00e8re d\u2019Archingeay-Les Nouillers, il d\u00e9couvre encore dans des fragments d\u2019ambre des plumes qui recouvraient un petit dinosaure bip\u00e8de\u2026 Dans l\u2019abondante bibliographie de ses travaux reviennent ainsi r\u00e9guli\u00e8rement les noms de nos localit\u00e9s saintongeaises. Autant de d\u00e9couvertes qui livrent de pr\u00e9cieuses informations sur les formes de vie animale et v\u00e9g\u00e9tale qui r\u00e9gnaient \u00e0 ces \u00e9poques recul\u00e9es sur le terroir saintongeais et aunisien.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9couvertes, ces travaux effectu\u00e9s dans la discr\u00e9tion des laboratoires, ces publications t\u00e9moignent de la haute valeur scientifique du nouvel acad\u00e9micien de Saintonge et c\u2019est en toute l\u00e9gitimit\u00e9 que Didier N\u00e9raudeau prend s\u00e9ance \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie. Il est en effet dans la tradition des compagnies acad\u00e9miques d\u2019accueillir dans leur sein des repr\u00e9sentants \u00e9minents du monde scientifique. A c\u00f4t\u00e9 des personnalit\u00e9s des lettres et des arts que les acad\u00e9mies invitent \u00e0 participer \u00e0 leurs travaux, les v\u00e9ritables savants ont toujours occup\u00e9 une place de choix.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui m\u00eame, l\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge a tenu \u00e0 saluer le remarquable travail de restauration effectu\u00e9 par Dominique Chaussat sur le cabinet de Cl\u00e9ment Lafaille conserv\u00e9 au Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle de la Rochelle. Cet exceptionnel ensemble du XVIIIe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la ville de la Rochelle, rappelons le, par l\u2019un des membres de l\u2019acad\u00e9mie des Belles lettres, sciences et arts de la Rochelle, par l\u2019un des ces curieux du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Y avait-il des fossiles dans la collection de Lafaille ? Sans doute. Et puisque nous avons \u00e9voqu\u00e9 d\u2019Alcide d\u2019Orbigny, rappelons encore qu\u2019il \u00e9tait membre correspondant de cette m\u00eame acad\u00e9mie. L\u2019Acad\u00e9mie de Saintonge respecte ainsi une tradition multis\u00e9culaire et en d\u00e9signant Didier N\u00e9raudeau parmi ses membres, elle entend manifester son int\u00e9r\u00eat pour tous les domaines dans lesquelles les Saintongeais s\u2019illustrent. Cette diversit\u00e9 dans le recrutement de ses membres t\u00e9moigne \u00e9galement des nouvelles orientations donn\u00e9es aux travaux et activit\u00e9s de l\u2019acad\u00e9mie depuis d\u00e9j\u00e0 plusieurs ann\u00e9es.<br \/>\nEn \u00e9lisant un scientifique de r\u00e9putation internationale en son sein, l\u2019Acad\u00e9mie veut montrer qu\u2019aucune discipline, aucun secteur d\u2019activit\u00e9 ne la rebute et surtout, elle souhaite faire appel aux comp\u00e9tences de v\u00e9ritables scientifiques capables de faire participer le grand public \u00e0 leurs travaux, \u00e0 des hommes et \u00e0 des femmes qui au-del\u00e0 de leurs savantes recherches, peuvent participer \u00e0 la mise en valeur de notre h\u00e9ritage et de notre patrimoine commun. Nous savons que Didier N\u00e9raudeau fera encore de nombreuses d\u00e9couvertes, qu\u2019il contribuera \u00e0 \u00e9claircir des pans encore m\u00e9connus de notre tr\u00e8s ancienne histoire. Nous pouvons compter sur lui pour nous en faire partager les passionnants secrets.<\/p>\n<p>Charentais depuis 100 millions d&rsquo;ann\u00e9es par Didier N\u00e9raudeau<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs, je suis particuli\u00e8rement \u00e9mu de l&rsquo;honneur que vous me faites en m&rsquo;accueillant dans votre Acad\u00e9mie. La Saintonge est la r\u00e9gion qui m\u2019a vu na\u00eetre et grandir, j\u2019y suis profond\u00e9ment attach\u00e9 et je suis tr\u00e8s heureux \u00e0 l\u2019id\u00e9e de me consacrer \u00e0 son rayonnement en votre compagnie. Mais cette Saintonge de mes racines est aussi au c\u0153ur de mon m\u00e9tier. Elle repr\u00e9sente tour \u00e0 tour mon terrain de jeux scientifique, mon laboratoire d\u2019analyse et mon bureau \u00e0 ciel ouvert. Elle est le lieu de mes plus belles d\u00e9couvertes, le th\u00e8me r\u00e9current de mes publications et un patrimoine inestimable que je m\u2019emploie \u00e0 faire conna\u00eetre au grand public. J\u2019aimerais donc profiter de l\u2019occasion qui m\u2019est donn\u00e9e ici pour vous inviter \u00e0 d\u00e9couvrir les tr\u00e9sors cach\u00e9s sous vos pieds et enfouis dans la roche, le temps d\u2019un petit voyage dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Sachez tout d\u2019abord que la Saintonge constitue une r\u00e9f\u00e9rence g\u00e9ologique mondiale. Son sol est en effet constitu\u00e9 de couches g\u00e9ologiques qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle, notamment par le plus illustre des pal\u00e9ontologues, un autre charentais, Alcide d\u2019Orbigny. C\u2019est Alcide qui a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 donner des noms diff\u00e9rents aux couches g\u00e9ologiques en fonction de leur \u00e2ge. A chaque fois, il leur a donn\u00e9 un nom en rapport avec une ville ou un secteur o\u00f9 ces couches \u00e9taient particuli\u00e8rement bien d\u00e9velopp\u00e9es. Il a ainsi baptis\u00e9 Santonien l\u2019ensemble des couches de Craie qui font le substratum de Saintes et qui datent de 86 \u00e0 83 millions d\u2019ann\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire de la fin du Cr\u00e9tac\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e8re secondaire. Il a aussi baptis\u00e9 Coniacien les couches un peu plus anciennes (86-89 m.a.) visibles \u00e0 Cognac, et Campanien les couches un peu plus r\u00e9centes (83-70 m.a.) constituant le terroir crayeux de la Champagne charentaise. Gr\u00e2ce \u00e0 d\u2019Orbigny, mais aussi gr\u00e2ce \u00e0 son patrimoine g\u00e9ologique inestimable, la Saintonge est ainsi aujourd\u2019hui mondialement connue : tous les jours, des fossiles d\u2019animaux disparus sont exhum\u00e9s en Chine, en Am\u00e9rique ou en Arabie et sont dat\u00e9s du Santonien, parce qu\u2019ils vivaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 s\u2019est d\u00e9pos\u00e9e la Craie de Saintes. Certaines esp\u00e8ces de fossiles ont m\u00eame pour nom \u00ab santonensis \u00bb parce qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es pour la premi\u00e8re fois dans la r\u00e9gion de Saintes.<\/p>\n<p>Cependant, malgr\u00e9 son grand int\u00e9r\u00eat g\u00e9ologique, j\u2019avoue que la r\u00e9gion de Saintes n\u2019est pas celle qui a le plus attir\u00e9 ma curiosit\u00e9 de pal\u00e9ontologue. Ayant pass\u00e9 mon enfance plut\u00f4t dans le secteur de Tonnay-Charente, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est n\u00e9e ma passion pour la pal\u00e9ontologie. Mon grand-p\u00e8re paternel habitait sur cette commune, \u00e0 environ un kilom\u00e8tre d\u2019une carri\u00e8re o\u00f9 j\u2019ai eu mon premier coup de foudre pal\u00e9ontologique. D\u00e8s que j\u2019ai eu un v\u00e9lo, je suis parti en exp\u00e9dition vers cette carri\u00e8re et j\u2019y suis retourn\u00e9 des centaines de fois de tout au long de mon enfance. Lorsque quelques ann\u00e9es plus tard, j\u2019ai fait des \u00e9tudes en pal\u00e9ontologie, j\u2019ai repris les fossiles que j\u2019avais r\u00e9colt\u00e9s \u00e9tant enfant dans cette carri\u00e8re et j\u2019en ai fait une partie de mon mat\u00e9riel d\u2019\u00e9tude de doctorat. Puis, au fil des ann\u00e9es, j\u2019ai aussi explor\u00e9 le sous-sol de l\u2019\u00eele d\u2019Aix, de l\u2019\u00eele Madame, de l\u2019\u00eele d\u2019Ol\u00e9ron, de la presqu\u2019\u00eele de Fouras et j\u2019ai ainsi appris \u00e0 lire l\u2019histoire de ma r\u00e9gion \u00e0 partir de ses roches. Or tous ces sites, que ce soit Tonnay-Charente ou les \u00eeles, ont en commun leur \u00e2ge g\u00e9ologique, plus ancien que la craie de Saintes. Ils t\u00e9moignent en effet de la vie sur Terre il y a environ 95 \u00e0 100 millions d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 une \u00e9poque que l\u2019on appelle le C\u00e9nomanien. Et n\u2019en d\u00e9plaise aux saintais, ce fameux C\u00e9nomanien est encore plus riche et fascinant que le Santonien. Pourquoi ? Et bien parce qu\u2019il correspond \u00e0 un moment-cl\u00e9, voire m\u00eame un moment critique de l\u2019histoire de la vie terrestre. En effet, c\u2019est au C\u00e9nomanien que la Terre a connu son climat le plus chaud, avec une temp\u00e9rature moyenne mondiale sup\u00e9rieure de 5 \u00e0 6 \u00b0C \u00e0 la moyenne actuelle. Les glaces polaires \u00e9taient alors toutes ou presque toutes fondues et en cons\u00e9quence le niveau des mers \u00e9tait alors jusqu\u2019\u00e0 150 m plus haut qu\u2019il ne l\u2019est aujourd\u2019hui.<br \/>\nL\u2019Europe n\u2019\u00e9tait qu\u2019un archipel et une mer chaude et peu profonde recouvrait les charentes, \u00e0 l\u2019exception de quelques petites \u00eeles portant une v\u00e9g\u00e9tation dense de grands conif\u00e8res primitifs (Araucaria) et peupl\u00e9es de dinosaures. Ce sont ces for\u00eats insulaires fossilis\u00e9es qui m\u2019ont livr\u00e9 depuis dix ans mes plus belles d\u00e9couvertes et ont fait apparaitre la Charente Maritime \u00e0 \u00ab la une \u00bb scientifique de nombreux m\u00e9dias nationaux et internationaux. Tout cela tient en un seul mot : AMBRE. Alors que cette mati\u00e8re pr\u00e9cieuse est rest\u00e9e pendant des si\u00e8cles embl\u00e9matique des c\u00f4tes de la Baltique, elle contribue d\u00e9sormais au rayonnement des Charentes. L\u2019ambre charentais est une r\u00e9sine d\u2019Araucaria fossilis\u00e9e, datant de 98 \u00e0 100 millions d\u2019ann\u00e9es, dans laquelle ont \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9s jadis par centaines insectes et araign\u00e9es, acariens et crustac\u00e9s ou amibes et diatom\u00e9es. Tout un \u00e9cosyst\u00e8me disparu a ainsi remont\u00e9 le temps \u00e0 travers loupes et microscopes, et fait aujourd\u2019hui de la Saintonge le berceau de nombreuses esp\u00e8ces : anc\u00eatres des fourmis et premi\u00e8res plantes \u00e0 fleurs semblent ainsi trouver une part de leurs origines dans notre r\u00e9gion. Et puis sept petites plumes, englu\u00e9es dans une coul\u00e9e r\u00e9sineuse, sont venues confirmer l\u2019\u00e9troite parent\u00e9 des oiseaux et des dinosaures.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9couvertes en appellent d\u2019autres et il me faudra encore plusieurs vies avant d\u2019en boucler l\u2019inventaire. D\u2019ici l\u00e0, j\u2019esp\u00e8re que les Charentais, et tout particuli\u00e8rement les maires des communes comme les responsables de d\u00e9partements et de r\u00e9gion, prendront conscience de l\u2019importance de leur patrimoine g\u00e9ologique. Au-del\u00e0 de cette prise de conscience, j\u2019aimerais qu\u2019ils r\u00e9alisent que ce patrimoine est aussi une richesse culturelle qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre valoris\u00e9e et prot\u00e9g\u00e9e. Alcide d\u2019Orbigny fut, dans les ann\u00e9es 1840, l\u2019un des inventeurs de la pal\u00e9ontologie, et se basa pour cela en grande partie sur les tr\u00e9sors fossiles charentais. Ce serait merveilleux si deux si\u00e8cles plus tard, la protection du patrimoine pal\u00e9ontologique charentais devenait un exemple de r\u00e9ussite culturelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>10\u00e8me si\u00e8ge, quatri\u00e8me titulaire. Originaire de Tonnay-Charente, professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Rennes, il est aussi pal\u00e9ontologue au mus\u00e9um national d&rsquo;histoire naturelle. 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