Didier-Michel Colus pour August Hampel: J’occupais Royan (1943-45)aux Editions Croît-Vif

Didier-Michel Colus pour August Hampel: J’occupais Royan (1943-45)aux Editions Croît-Vif

couverture-occupais-royanRapport de Jacques Bouineau

Couverture August Hampel: J’occupais Royan (1943-45) Improbable. Tel est sans doute le qualificatif qui convient le mieux à cet ouvrage.
Il était fortement improbable qu’un Allemand, engagé contre son gré dans la Wehrmacht, soit suffisamment francophone et francophile pour porter sur le rôle que les nazis lui faisaient jouer bien malgré lui un regard critique, humoristique souvent, décalé toujours. Il était hautement improbable qu’il ait eu suffisamment de lettres et d’esprit pour en écrire le récit. August Hampel a pourtant bien été cet homme-là. Il était de même tout à fait improbable que le manuscrit subsiste, réapparaisse en France, pointe un œil en direction de l’édition. Il fallait pour cela un truchement, un contexte et une volonté. Robert Colle a été l’homme de la circonstance. Du manuscrit qu’August Hampel avait remis entre ses mains, il a tiré la substance d’un récit que l’époque n’était sans doute pas prête à recevoir dans son intégralité.
Il était fort peu probable qu’une génération plus tard quelqu’un se souvienne de l’ouvrage et s’intéresse de nouveau à lui. La fille de Robert Colle, Brigitte Colle-Lindenau et son ami de toujours, Didier-Michel Colus, ont pourtant rendu cet hommage au devoir de mémoire. Ils ont fait beaucoup plus. D’un texte qui, en l’état, n’était pas publiable, ils ont fait œuvre littéraire et porté au plus haut l’inspiration de l’auteur. Sans jamais trahir, sans jamais renier. Ils ont toujours cherché ce que Hampel aurait écrit s’il avait eu le temps de ciseler son manuscrit comme il en avait l’ambition. Il faut, pour cela, beaucoup de talent et de hauteur de vue. Il est vrai que le document originel avait tout pour les inspirer. Il leur mettait sous les yeux une âme élevée, mais pas inaccessible – Hampel n’a pas fait de résistance à Hitler -, il leur offrait le regard qui finit toujours par triompher de la sottise et de la haine .
Plus que tout, peut-être, ils ont donné la parole au camp des vaincus. Les nazis avaient traîné dans la boue l’honneur de l’Allemagne, et privé les Allemands de tout droit, jusqu’à celui d’être plaints, ces Allemands qui avaient pourtant tout perdu : le guerre, leurs biens et tant de vies. Les temps sont désormais à l’espoir de demain, celui que le livre de Hampel préfigurait déjà hier.