Yves Le Pech pour sopraniste

Rapport Jacques Bouineau

 

Cedant arma togæ, aurait dit Cicéron, « que les armes le cèdent à la toge ». La toge que porte Yves Le Pech est celle de l’art. Les armes contre lesquelles il combat sont celles du monde institutionnel. Le talent est son sésame.
Yves Le Pech est une voix. Une voix hors norme, venue de l’histoire, du temps où l’on castrait les hommes, quand l’Eglise interdisait aux femmes l’accès aux planches. A force de travail et d’ascèse, Yves est parvenu à retrouver ce registre et à créer le mot qui va avec : sopraniste. Ce timbre quasi unique – le monde en abrite moins que de doigts les membres des hommes – a trouvé chez lui une ampleur et un velouté que seul le vocabulaire œnologique pourrait rendre avec finesse. Et cet enfant-là a grandi sur le sol de Saintonge.
Ouvrir une brèche vers le haut dans les certitudes de la typologie des voix a fait claquer les portes et sourire ceux qui, exerçant la violence légitime dans les sociétés humaines, ont le pouvoir d’interdire. Y compris le talent qu’ils ne possèdent pas. Il faut dire qu’Yves est aussi un homme. Ce que beaucoup de ceux qui exercent le pouvoir ont oublié au vestiaire, quand ils n’ont pas oublié les lunettes qui leur chaussent le bout du nez. Un homme engagé, qui a compris les souffrances et les désarrois qui griffent la planète. Yves sait donner sans compter. Son temps, son talent. Ses gains parfois, quand il estime que d’autres, plus étrillés que lui par la vie, peuvent en faire quelque chose.
Peut-on pardonner à celui qui a le talent et qui ouvre des voies nouvelles ? Peut-on accepter de considérer que le seul vrai regard qui compte est celui de l’intelligence, de l’écoute et du vrai respect ? Respect de ce qui enrichit l’humanité et chacun de nous, qui avons la bonne fortune d’en être témoins.
Des hommes comme Yves Le Pech nous réapprennent le sens du mot « merci ». Merci de nous montrer que l’humanité vibre d’innovations. Merci de nous rappeler que l’innovation n’est pas qu’économique. Merci de nous redire que l’économie le cède à l’homme. Merci de nous rappeler ce qu’est un homme. Merci de nous permettre de pouvoir vous dire merci. L’Académie de Saintonge, en tant qu’institution, accueille et honore un homme si peu institutionnel. Elle poursuit son chemin d’ouverture et d’intelligence. Le talent est un sésame.

Categories: 2014, Palmarès