Philippe Besson, pour « Arrête avec tes mensonges »

Philippe Besson, pour « Arrête avec tes mensonges »

Grand Prix 2017 de l’Académie de Saintonge

Philippe Besson, pour « Arrête avec tes mensonges » (Ed. Julliard)

Rapport : Didier Colus

Philippe BessonAutant le dire d’emblée : ceux qui espéreraient trouver ici le récit d’une aventure inouïe en seront pour leurs frais. L’histoire que Philippe Besson nous raconte, l’histoire qu’il extrait enfin de lui, c’est l’histoire de tous ceux qui, à Barbezieux comme lui, ou n’importe où, ont connu un premier vrai amour. C’est-à-dire l’histoire d’à peu près tous ceux qui ont un cœur et un sexe.

Que ce soit l’amour d’une fille ou d’un garçon importe peu. Ce qui compte, c’est la force qui emporte. Car le vrai premier amour, chacun le sait, est aussi celui qu’on ruminera toute sa vie, une sorte de paradis perdu où tout s’est découvert et où, sans qu’on l’ait su sur le moment, tout s’est perdu. Toute la fraîcheur, l’innocence.

Tout le monde ou presque a vécu la merveilleuse aventure, mais combien sont capables de la transcrire pour l’offrir en partage à autrui ? Avec cette pureté de ton, cet apparent manque de détours et de duplicité, cette délicatesse qui ne s’embarrasse pourtant ni de
fioritures ni de périphrases. Avec, surtout, cette sincérité qui fait dire, quelquefois dans une larme ou un sourire :
« Oui, tout ça a été vécu, tout ça est vrai ». Et tant pis si c’est encore un mensonge.

L’air de rien, Philippe parsème son texte de pensées qu’aurait aimées Proust : « La vraisemblance importe plus que la vérité, la justesse compte davantage que l’exactitude. Un lieu, ce n’est pas une topographie, mais la manière dont on le raconte, pas une photographie, mais une sensation, une impression. » Comment mieux définir l’art ?

Les mensonges du titre, ce sont des histoires. « Arrête avec tes mensonges », dit la mère, qui veut en fait parler d’histoires. Alors bien sûr, on souhaite pour Philippe que la première partie du récit soit une histoire vraie et que la suite soit un mensonge, celui du romancier qui invente pour notre enchantement. Et pour notre chagrin aussi.

Et ce qu’on souhaite surtout, c’est qu’il continue à mentir longtemps, tant que sa plume saura mentir sans se mentir ni nous mentir.

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