I. Une fondation décevante et fructueuse

Tout commence officiellement par quelques lignes écrites d’une main assurée en première page d’un cahier d’écolier : « Le présent registre destiné à la transcription des délibérations de l’Académie de Saintonge, dont la déclaration a été faite à la sous-préfecture conformément à la loi du 1er juillet 1901, a été coté et paraphé par 1re et dernière page par le sous-préfet de Saintes. Le 9 mars 1957. » À elle seule, cette note indique que des contacts l’ont précédée en vue de la création de ce qui allait devenir l’Académie de Saintonge. Il suffit de tourner la première page de cet émouvant cahier : une réunion préparatoire a bien eu lieu le 19 janvier 1957 à la mairie de Saintes ; elle réunissait les dix fondateurs de l’Académie : Hélie de Bremond d’Ars-Migré, François de Chasseloup-Laubat, Charles Connoué, René Guillot, Robert-Jean Boulan, Pierre-Henri Simon, Jean Sorillet, Jean Thaumiaux, Paul Tonnellier et Jean Verwaest. Ainsi démocratiquement classés par ordre alphabétique, ils vont donner à leur institution sa première coutume, celle de numéroter les «sièges », comme on le fait dans toute académie. Brémond d’Ars en numéro 1, sa filiation sera assurée par Marie de Butlar, puis par Rémy Tessonneau ; Verwaest en numéro 10, avec Pierre Moisy et Jean Glénisson comme successeurs…

Ces dix pères fondateurs sont réunis ce jour-là parce que Léon Grétaud, un ancien pharmacien de Saintes qui avait « bourlingué et amassé quelque bien sans jamais oublier son clocher », leur léguait une part de sa fortune à condition qu’ils fondent une académie chargée de promouvoir la culture régionale, en récompensant par une distribution de prix ceux qui l’auraient honorée. En fait, cette fondation ne lui fut jamais reconnue, l’Académie ne réussissant pas à se doter immédiatement des statuts d’utilité publique nécessaires à son obtention et se voyant obligée, deux ans après sa création, à transiger avec les héritiers de celui qui l’avait imaginée. Cette déception financière marque la naissance de l’Académie, au point d’influencer toute son existence : il n’est pas une réunion de ses premières années sans que soit abordé le délicat problème de sa trésorerie, jusqu’à ce que finalement les académiciens trouvent une sorte d’équilibre grâce à des dons privés finançant les prix qu’ils distribuent ; cette caractéristique d’une académie possédant dès ses débuts une belle image publique et bien peu de moyens est à souligner, elle exprime au plus haut degré la volonté et le dévouement de ceux qui, depuis ses premiers pas, l’animent par leur seul talent.

Car ils en possèdent du talent, ces dix fondateurs… Écrivains reconnus comme Pierre-Henri Simon ou René Guillot, historiens et archéologues de premier plan comme Charles Connoué ou le chanoine Tonnellier, esthètes distingués comme Bremond d’Ars, Verwaest ou Chasseloup-Laubat, journalistes à l’entregent certain comme Jean Thaumiaux ou Robert-Jean Boulan, un politique enfin qui sait aussi se montrer fin romancier, Jean Sorillet, ils donnent à l’Académie son sérieux, sa variété et son ouverture que, durant toute son histoire, elle aura à cœur de maintenir à travers l’élection de nouveaux membres. Une caractéristique peu connue de ce groupe fondateur est son « jeune » âge, signe de dynamisme (pour une académie dont l’un des principes est l’élection à vie), soixante ans d’âge moyen ; à aucun autre moment de son existence, l’Académie de Saintonge ne sera aussi juvénile !

Pour la diriger, un peu comme les Anglais nomment leurs maîtres de chapelle directors, on prévoit dans ses statuts un « directeur », et non un président, la nuance étant d’importance, signifiant entre autres qu’on attend de lui plus qu’une synthèse, une direction. Le premier directeur se trouve être Paul Tonnellier, le curé de Saint-André-de Lidon dont les travaux sur l’art roman font autorité et dont surtout l’enthousiasme est unanimement apprécié. Assisté de Jean Thaumiaux au secrétariat et de Charles Connoué comme trésorier, c’est lui qui va d’abord démêler la situation juridique de cette fondation qui s’avère n’en être pas une, lancer officiellement l’Académie, ce qui sera fait le 21 juillet 1957 lors d’une séance publique dans la salle du conseil municipal de Saintes, en présence du maire André Maudet, puis surtout initier le regroupement au sein de l’Académie des membres du jury du Prix de Saintonge.