Réception de Marie-Dominique Montel

Réception de Marie-Dominique Montel

montel7ème siège, troisième titulaire.

Cinéaste (Neuilly 1950 – ). Sa famille est de Saujon où son grand-père, Paul Montel, fils d’un sabotier, s’est installé marchand de chaussures, après avoir épousé Germaine Lavigne, la fille d’un fabricant de charentaises à Saint-Jean-d’Angély. Leur fils, Michel (Saujon 1921 – Bordeaux 1958), devient professeur de lettres et critique littéraire à la Nation française. Marie-Dominique est sa fille, restée très attachée au pays charentais grâce à sa villa de Fouras. Elle est d’abord journaliste de radio, notamment « Madame Europe 1 » pendant de nombreuses années, puis devient l’auteur et la réalisatrice de plusieurs films. Ses documentaires diffusés par France 3 dans la série Un Siècle d’écrivains font autorité : Graham Greene, Thomas Edward Lawrence dit Lawrence d’Arabie, Aimé Césaire et surtout Conan Doyle sont tous remarqués comme d’excellents portraits. Par atavisme charentais, son Chardonne (France 3, 2000) se révèle un film d’une particulière qualité utilisant des documents familiaux inédits; il reçoit le prix de l’Académie de Saintonge en 2001. On lui doit aussi d’autres documentaires : Histoires d’huîtres (National Geographic et France 3, 2000), Une Leçon de comédie (France 3), A la recherche du son perdu (à propos du festival de musique baroque de Versailles (France 3, 2003) ou La Grande Traversée du Canada (2004). Elle revient à la radio en 2005 avec une émission sur France-musique destinée à illuster les goûts musicaux des écrivains. En 2004, elle est élue membre de l’Académie de Saintonge. Elle est également la fondatrice de l’association des Amis d’André Pécoud, un célèbre illustrateur de la Belle Époque.
Réception de Marie-Dominique Montel par Jean-Claude Dubois

En quelques mots, je vais faire état des attaches saintongeaises de Marie-Dominique Montel et des liens d’amitié entre sa famille et la mienne. Le grand-père de Marie-Dominique et mon père étaient des amis d’enfance. Mon grand-père avait donné un cheval à mon père pour l’initier à l’équitation ; ce qu’il fit avec son ami Montel pour qui cette discipline devint une passion qu’il garda toute sa vie. Il monta une écurie de course. Les Saujonnais étaient très fiers qu’un des leurs se livre à une si brillante activité, d’autant que ses chevaux participaient chaque année aux courses qui avaient lieu avant-guerre à Saujon.
J’ai moi-même bien connu le père de Marie-Dominique qui était mon contemporain. Après de brillantes études, il entreprit à Paris une carrière de journaliste et de critique littéraire dans laquelle il acquit très vite une grande réputation.
Sa famille passait ses vacances à Saujon ; Marie-Dominique et sa sœur venaient régulièrement jouer avec mes enfants. Malheureusement, le père de Marie-Dominique mourut jeune en 1958. Son enterrement fut un événement car d’éminents journalistes et écrivains y assistèrent.
Ultérieurement, la mère de Marie-Dominique ne revint pratiquement plus à Saujon, ce qui mit fin à nos relations.
Je remercie mes collègues de l’Académie de m’avoir permis d’évoquer ces souvenirs et de dire à Marie-Dominique la joie que m’a faite son élection très méritée qui, en outre, me procure l’occasion de renouer nos anciennes amitiés.

Réception de Marie-Dominique Montel par Bernnard Mounier

Nous avons compris, en écoutant Jean-Claude Dubois, que Marie-Dominique Montel est une authentique saintongeaise de Saujon, semblant tenir de son père son penchant pour le journalisme et l’écriture, aussi bien que de son grand-père le désir de la course en tête… Afin de parfaire l’exposé de ses ascendances intellectuelles, on pourrait également supposer qu’elle doit un peu sa découverte du pouvoir de l’image à l’influence du peintre Gaston Balande, un autre Saujonnais éminent. Car Marie-Dominique Montel écrit avec les images. Elle entre dans la catégorie cinématographique des « documentaristes », où elle s’est imposée depuis une dizaine d’années. Auparavant, ce furent dix ans de journalisme à la télévision, avec, entre autres, la présentation d’une émission quotidienne, La Justice de tous les jours sur France 3, ou bien des émissions thématiques hebdomadaires, sur l’économie et la santé, pour France 2 et Canal Santé. Un éclectisme de bon aloi lui fit également produire une chronique sur le marché de l’art et les ventes aux enchères, pour Match TV.
La liste des émissions qu’elle a réalisées ou animées serait fastidieuse, sauf à dire qu’elle effectua un parcours exemplaire, illustrant, à elle seule, ce que fut, à l’époque, l’ouverture radicale de la radio et de la télévision aux faits de société. Elle se fit un devoir de rendre compte de ces derniers tout en s’efforçant d’influer positivement sur leur cours, avec l’aide d’éminents spécialistes, médecins, sociologues, chercheurs…
Elle venait alors de la radio. Entre 1980 et 1991, elle tint, sur Europe 1, la chronique Madame Europe 1, devenant chef du service Société, tout en présentant les journaux du matin et en intervenant souvent sur la BBC, avec des interviews en anglais. Elle avait en effet suivi un cursus aux USA entre 1974 et 1976 avant d’intégrer le Centre de formation des journalistes et d’effectuer un passage dans la presse écrite. Elle fut le chef du service étranger du Quotidien du médecin et rédactrice en chef adjointe de Elle, dans les pas de Jean Duché qui, comme on le sait, fut membre de l’Académie de Saintonge jusqu’en 2000.
Aujourd’hui, les titres des films que Marie-Dominique a réalisés entre 1994 et 2004 nous éclairent sur l’actualité de ses envies et de son inspiration au regard des créateurs. Pour la série des Écrivains du siècle de France 3, elle réalisa les portraits de Conan Doyle, Lawrence d’Arabie et Graham Greene. Elle marqua son intérêt aux marges de la littérature avec la Biographie musicale d’Aimé Césaire, pour France 2, film primé au Canada. Intérêt aussi pour le théâtre, avec une série de six Leçons de comédie, par Francis Huster, Francis Perrin, Annie Girardot, Stéphane Freiss, Georges Wilson et Jacques Weber. Pour les arts plastiques : un portrait de Botero pour la chaîne américaine CBS et un film sur Les Miniatures du Moyen Âge pour France 2. Pour la musique : À la recherche du son perdu, une réflexion sur la redécouverte de la musique baroque française. Ce dernier film referme provisoirement un cycle, qui classe notre nouvelle collègue parmi les réalisatrices de télévision les plus en vue, pour le talent avec lequel elle porte à l’écran les gestes de la création artistique.
Sans pour autant oublier son pays d’Aunis et Saintonge dans le panel de ses travaux… Déjà nous connaissions le beau portrait, sensible et délicat, de l’écrivain de Barbezieux Jacques Chardonne, qui fut projeté dans cette salle lors de notre séance publique de 2001 au cours de laquelle elle reçut le prix de l’Académie. Elle poursuit toujours sa quête du caractère secret de cet écrivain paradoxal, en préparant, pour les éditions du Croît vif, un album des « Photos retrouvées de Jacques Chardonne ». Tout en aimant souligner, en toute occasion, comment, en 2001, elle prit un plaisir extrême à tourner, dans le bassin de Marennes-Oleron Histoires d’huîtres, pour National Geographic. Elle poussa le souci d’afficher son appartenance identitaire à notre petit espace géographique, jusqu’à épouser l’écrivain australien John Baxter, bien connu des milieux cinématographiques mondiaux pour ses biographies de Spielberg, Fellini, Bunuel, Stanley Kubrick – auxquelles elle a parfois collaboré – et d’autres ouvrages de filmologie qui font autorité. Or, chacun sait ici que l’Australie fut positivement inventée, en 1805, par un explorateur charentais-maritime né en 1754 à Saint-Martin-de-Ré : Nicolas Baudin. Merci à Marie-Dominique de nous permettre d’évoquer cet épisode glorieux de notre histoire locale, hélas plus connu en Océanie qu’en France. De fait, à l’occasion d’une récente expédition sur les traces de Nicolas Baudin (et de John Baxter), elle a tourné plusieurs films sur Les Nouveaux Aborigènes d’Australie pour Odyssée et pour Faut pas rêver. Après quoi, elle s’en fut se reposer dans sa maison de Fouras, pensant à son prochain film, En canoë à travers le Canada. Il ne serait pas autrement surprenant que cette navigation se fasse dans le sillage de Dugua de Mons et surtout de Champlain dont sa sœur Caroline Montel-Glénisson vient d’écrire une biographie particulièrement riche de documents connus jusqu’à présent de quelques érudits sur l’exploration et la colonisation du Canada…
Il m’est particulièrement agréable d’accueillir parmi nous une consœur en télévision, exploratrice avisée des secrets de la vie, de la pensée et de l’imagination humaine, et dont la personnalité généreuse se nourrit au hasard de ses désirs ainsi que de ses rencontres charentaises et planétaires. Nous avons parfois œuvré en même temps sur les mêmes terrains, comme par exemple celui des Écrivains du siècle de France 3, cependant sans jamais nous croiser. Il fallut l’opportunité présente pour que nous puissions nous reconnaître. Cette réception, ouverte par Jean-Claude Dubois sur le mode d’une affaire de famille, se referme donc sur un hommage confraternel à une femme dont le siège qu’elle occupe désormais à l’Académie semble lui avoir été destiné, par héritage…