Panorama de l’année culturelle saintongeaise en 2025
Discours d’ouverture des Prix de l’Académie de Saintonge 2025 : Marie-Dominique Montel
Directrice de l’Académie de Saintonge
Chers collègues, mesdames et messieurs les élus, mesdames et messieurs les représentants des institutions culturelles et de la presse, chers amis…
À tous, merci de votre présence, merci à la ville de Royan qui nous accueille et selon la formule consacrée je déclare ouverte cette cérémonie des prix de l’académie de Saintonge 2025.

L’académie de Saintonge a pour vocation d’honorer et de promouvoir les femmes et les hommes qui participent au rayonnement de la culture dans les domaines artistiques, littéraires et scientifiques. C’est un long processus. Au fil des mois, les académiciens repèrent, étudient, comparent les réalisations remarquables avant de se réunir en jury dont le vote désignera les lauréats. Si nous étions en Amérique, on appellerait cela les Academy awards.
Vous penserez que mes collègues de l’académie ne manquent pas de travail. Pourtant, cette année, ils vont en avoir encore davantage grâce au Conseil départemental qui nous a suggéré un nouvel ouvrage… pour notre plus grand plaisir. L’idée en revient à Marie-Pierre Quentin, vice-présidente, en association avec Catherine Desprez vice-présidente chargée de la culture et bien sûr à Sylvie Marcilly, présidente du Conseil départemental de Charente Maritime. Quelle idée me direz-vous ? L’idée de monter une exposition sur l’académie de Saintonge et ceci dans l’atrium de la maison du département à La Rochelle. Nos collègues experts en la matière, Christian Vernoux et Christophe Lucet sont déjà à la manœuvre mais, comme on dit dans la marine, tous les académiciens sont sur le pont pour présenter de belle manière l’histoire de notre académie, ses grands anciens et ses membres actuels, les nombreux lauréats qui ont marqué la culture régionale et souvent nationale par leurs œuvres et leurs travaux. Un espace vidéo diffusera des programmes de notre Chaine YouTube, qui atteint à ce jour près de 30 000 téléspectateurs. J’ai donc le plaisir de vous annoncer en avant-première, cette exposition sur l’Académie de Saintonge qui s’ouvrira en 2026 et qui sera accompagnée d’un cycle de conférences.
Nous nous sommes fait la réflexion que ce serait l’occasion de mettre à l’honneur nos mécènes. Les mécènes sont ces personnes d’une rare vertu qui financent les prix qui portent leur nom et ça tombe bien parce que sans eux, il n’y aurait pas de palmarès. C’est leur générosité qui nous permet de mettre en lumière et de récompenser les talents de notre région, en décernant cette année 17 prix. Dont trois nouvelles créations qui illustrent merveilleusement les liens de l’académie avec le territoire puisqu’ils sont financés par des collectivités locales. Il s’agit du prix de la ville de Surgères, du prix d’Aigrefeuille d’Aunis et du prix Xavier de Roux, fondé par la ville de Saintes.

Dans le domaine de la culture, notre petite région cultive les talents mais elle cultive aussi les mécènes. Il y a de grands noms du mécénat chez nous, je pense à Pierre Bergé, pour l’Île d’Oléron où il était né, aux Macdonald-Stewart pour Brouage et aussi à un couple extraordinaire dont je voudrais vous parler aujourd’hui, Napoléon et Eva Gourgaud.
Leurs amis les appelaient Napo et Eva, ils étaient très élégants, très riches, assez extravagants et leur vie s’est déroulée en grande partie à l’ile d’Aix. Nous sommes tous leurs héritiers puisqu’ils ont légué à la France deux musées « clé en main » sur l’ile d’Aix, le musée Napoléon et le musée africain mais aussi une phénoménale collection de tableaux signés Picasso, Matisse, Fernand Léger, des peintres qui ne figuraient pas encore dans les musées, et qui comptent aujourd’hui parmi les chefs d’œuvre du Centre Pompidou. C’est un sujet que je connais bien pour avoir réalisé avec Christopher Jones un film intitulé Napo et Eva, mécènes des années folles pour France 3 et la chaine Histoire.
Napo et Eva se sont mariés en 1917. Il était de haute taille et baron d’empire, son aïeul avait accompagné Napoléon à Sainte Hélène. Elle était la ravissante fille unique d’un papa multimillionnaire américain qui l’avait envoyée en Europe se chercher un mari. Ils arrivent à l’Île d’Aix en 1925 parce que l’armée qui n’en a plus l’usage veut vendre la maison où Napoléon a passé ses derniers jours sur le sol français. On parle de la transformer en colo- nie de vacances. Le sang de Napoléon Gourgaud ne fait qu’un tour, il rachète la demeure et contacte tous les descendants de maréchaux et princes d’empire qui vont lui offrir des meubles, tableaux et souvenirs napoléoniens pour créer son futur musée.

Pendant trois ans, il supervise les travaux et réceptionne les caisses qui arrivent par bateau, son bateau, car il n’y avait pas de bac à l’époque. À l’occasion du film que nous avons réalisé avec Christopher Jones, nous avons découvert un document exceptionnel, quelques minutes de pellicule tournées le jour de l’inauguration du musée en 1928 par le président Edouard Herriot. Deux ans plus tard, alors qu’on vient d’inventer le cinéma parlant, Napo qui adore l’Afrique imagine, de lui consacrer un documentaire sonore, en montant une expédition qui va durer sept mois. Ce film, Le vrai visage de l’Afrique connait un succès considérable à une époque où il n’y a pas encore de zoos en France et où les seuls animaux sauvages que l’on peut voir (et encore rarement) sont enfermés dans des cages. Le musée africain de l’Île d’Aix reflète cette ambition de montrer les animaux dans leur élément naturel grâce à une mise en scène de dioramas extrêmement d’avant-garde.
À Paris, les Gourgaud donnent des réceptions et des bals costumés époustouflants, faisant appel à leurs amis artistes pour concevoir les décors et la musique. Ils rassemblent aussi cette collection extraordinaire de plus de 180 tableaux de peintres devenus leurs amis comme Picasso, Matisse qui fait le portrait de la baronne ou Marie Laurencin. Mais aussi, Fernand Léger, Cézanne, le Douanier Rousseau, Gauguin, Bonnard, Braque, ou Vuillard.

Nous sommes leurs héritiers, je vous le disais puisqu’ils ont légué ces tableaux à l’état et qu’ils ont permis la création du musée d’art moderne à Beaubourg, bien après la mort de Napo en 1943 et celle d’Eva en 1959.
À l’Île d’Aix, nous avons hérité de leurs deux musées, et de la mémoire de leur excentricité. On y voit toujours leur maison colorée en rose du sol au plafond car c’était le couleur préférée d’Eva qui faisait tout peindre en rose même les pigeons pour qui elle avait fait fabriquer une teinture spéciale. Ils y recevaient leurs amis élégants ou artistes. Oh, ils ne donnaient pas de bals costumés mais on ne se refait pas, et sur les plages de l’ile encore peu fréquentées, ces grands mécènes apparaissaient parfois dans des tenues étonnantes.
Nos mécènes d’aujourd’hui sont dans cette salle, je ne peux pas les voir d’ici mais je crois qu’ils sont vêtus plus sobrement. Pour vérifier, je vais leur demander de se lever afin que nous puissions tous les applaudir.





