Historique


Le palmarès 2025 de l’Académie de Saintonge

Le palmarès 2025 de l'Académie de Saintonge

Panorama de l’année culturelle saintongeaise en 2025

Discours d’ouverture des Prix de l’Académie de Saintonge 2025 : Marie-Dominique Montel

Directrice de l’Académie de Saintonge

Chers collègues, mesdames et messieurs les élus, mesdames et messieurs les représentants des institutions culturelles et de la presse, chers amis…
À tous, merci de votre présence, merci à la ville de Royan qui nous accueille et selon la formule consacrée je déclare ouverte cette cérémonie des prix de l’académie de Saintonge 2025.

Panorama de l’année culturelle Saintongeaise en 2025

L’académie de Saintonge a pour vocation d’honorer et de promouvoir les femmes et les hommes qui participent au rayonnement de la culture dans les domaines artistiques, littéraires et scientifiques. C’est un long processus. Au fil des mois, les académiciens repèrent, étudient, comparent les réalisations remarquables avant de se réunir en jury dont le vote désignera les lauréats. Si nous étions en Amérique, on appellerait cela les Academy awards.

Vous penserez que mes collègues de l’académie ne manquent pas de travail. Pourtant, cette année, ils vont en avoir encore davantage grâce au Conseil départemental qui nous a suggéré un nouvel ouvrage… pour notre plus grand plaisir. L’idée en revient à Marie-Pierre Quentin, vice-présidente, en association avec Catherine Desprez vice-présidente chargée de la culture et bien sûr à Sylvie Marcilly, présidente du Conseil départemental de Charente Maritime. Quelle idée me direz-vous ? L’idée de monter une exposition sur l’académie de Saintonge et ceci dans l’atrium de la maison du département à La Rochelle. Nos collègues experts en la matière, Christian Vernoux et Christophe Lucet sont déjà à la manœuvre mais, comme on dit dans la marine, tous les académiciens sont sur le pont pour présenter de belle manière l’histoire de notre académie, ses grands anciens et ses membres actuels, les nombreux lauréats qui ont marqué la culture régionale et souvent nationale par leurs œuvres et leurs travaux. Un espace vidéo diffusera des programmes de notre Chaine YouTube, qui atteint à ce jour près de 30 000 téléspectateurs. J’ai donc le plaisir de vous annoncer en avant-première, cette exposition sur l’Académie de Saintonge qui s’ouvrira en 2026 et qui sera accompagnée d’un cycle de conférences.

Nous nous sommes fait la réflexion que ce serait l’occasion de mettre à l’honneur nos mécènes. Les mécènes sont ces personnes d’une rare vertu qui financent les prix qui portent leur nom et ça tombe bien parce que sans eux, il n’y aurait pas de palmarès. C’est leur générosité qui nous permet de mettre en lumière et de récompenser les talents de notre région, en décernant cette année 17 prix. Dont trois nouvelles créations qui illustrent merveilleusement les liens de l’académie avec le territoire puisqu’ils sont financés par des collectivités locales. Il s’agit du prix de la ville de Surgères, du prix d’Aigrefeuille d’Aunis et du prix Xavier de Roux, fondé par la ville de Saintes.

Panorama de l’année culturelle Saintongeaise en 2025

Dans le domaine de la culture, notre petite région cultive les talents mais elle cultive aussi les mécènes. Il y a de grands noms du mécénat chez nous, je pense à Pierre Bergé, pour l’Île d’Oléron où il était né, aux Macdonald-Stewart pour Brouage et aussi à un couple extraordinaire dont je voudrais vous parler aujourd’hui, Napoléon et Eva Gourgaud.

Leurs amis les appelaient Napo et Eva, ils étaient très élégants, très riches, assez extravagants et leur vie s’est déroulée en grande partie à l’ile d’Aix. Nous sommes tous leurs héritiers puisqu’ils ont légué à la France deux musées « clé en main » sur l’ile d’Aix, le musée Napoléon et le musée africain mais aussi une phénoménale collection de tableaux signés Picasso, Matisse, Fernand Léger, des peintres qui ne figuraient pas encore dans les musées, et qui comptent aujourd’hui parmi les chefs d’œuvre du Centre Pompidou. C’est un sujet que je connais bien pour avoir réalisé avec Christopher Jones un film intitulé Napo et Eva, mécènes des années folles pour France 3 et la chaine Histoire.

Napo et Eva se sont mariés en 1917. Il était de haute taille et baron d’empire, son aïeul avait accompagné Napoléon à Sainte Hélène. Elle était la ravissante fille unique d’un papa multimillionnaire américain qui l’avait envoyée en Europe se chercher un mari. Ils arrivent à l’Île d’Aix en 1925 parce que l’armée qui n’en a plus l’usage veut vendre la maison où Napoléon a passé ses derniers jours sur le sol français. On parle de la transformer en colo- nie de vacances. Le sang de Napoléon Gourgaud ne fait qu’un tour, il rachète la demeure et contacte tous les descendants de maréchaux et princes d’empire qui vont lui offrir des meubles, tableaux et souvenirs napoléoniens pour créer son futur musée.

Panorama de l’année culturelle Saintongeaise en 2025

Pendant trois ans, il supervise les travaux et réceptionne les caisses qui arrivent par bateau, son bateau, car il n’y avait pas de bac à l’époque. À l’occasion du film que nous avons réalisé avec Christopher Jones, nous avons découvert un document exceptionnel, quelques minutes de pellicule tournées le jour de l’inauguration du musée en 1928 par le président Edouard Herriot. Deux ans plus tard, alors qu’on vient d’inventer le cinéma parlant, Napo qui adore l’Afrique imagine, de lui consacrer un documentaire sonore, en montant une expédition qui va durer sept mois. Ce film, Le vrai visage de l’Afrique connait un succès considérable à une époque où il n’y a pas encore de zoos en France et où les seuls animaux sauvages que l’on peut voir (et encore rarement) sont enfermés dans des cages. Le musée africain de l’Île d’Aix reflète cette ambition de montrer les animaux dans leur élément naturel grâce à une mise en scène de dioramas extrêmement d’avant-garde.

À Paris, les Gourgaud donnent des réceptions et des bals costumés époustouflants, faisant appel à leurs amis artistes pour concevoir les décors et la musique. Ils rassemblent aussi cette collection extraordinaire de plus de 180 tableaux de peintres devenus leurs amis comme Picasso, Matisse qui fait le portrait de la baronne ou Marie Laurencin. Mais aussi, Fernand Léger, Cézanne, le Douanier Rousseau, Gauguin, Bonnard, Braque, ou Vuillard.

Panorama de l’année culturelle Saintongeaise en 2025

Nous sommes leurs héritiers, je vous le disais puisqu’ils ont légué ces tableaux à l’état et qu’ils ont permis la création du musée d’art moderne à Beaubourg, bien après la mort de Napo en 1943 et celle d’Eva en 1959.

À l’Île d’Aix, nous avons hérité de leurs deux musées, et de la mémoire de leur excentricité. On y voit toujours leur maison colorée en rose du sol au plafond car c’était le couleur préférée d’Eva qui faisait tout peindre en rose même les pigeons pour qui elle avait fait fabriquer une teinture spéciale. Ils y recevaient leurs amis élégants ou artistes. Oh, ils ne donnaient pas de bals costumés mais on ne se refait pas, et sur les plages de l’ile encore peu fréquentées, ces grands mécènes apparaissaient parfois dans des tenues étonnantes.

Nos mécènes d’aujourd’hui sont dans cette salle, je ne peux pas les voir d’ici mais je crois qu’ils sont vêtus plus sobrement. Pour vérifier, je vais leur demander de se lever afin que nous puissions tous les applaudir.

Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre

Grand Prix 2025 de l’Académie de Saintonge

Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre

Rapport : Olivier Dubois

Jean-Claude Casadesu

Jean-Claude Casadesus est issu d’une immense famille d’artistes. Luis, le patriarche, né en 1850, violoniste et guitariste était tellement épris de musique qu’il décida que tous ses enfants seraient musiciens (8 sur les 9 s’y soumettront). Depuis, 5 générations d’artistes se succèdent. Sa mère, Gisèle Casadesus, était une grande comédienne. Grâce à son père qui y avait acheté un moulin, elle découvre l’île de Ré à l’âge de 8 ans, puis y achète une maison, des années plus tard, bien avant que Jean-Claude fasse de même à son tour. Une sœur comédienne ; une autre, peintre ; un frère compositeur. Sa fille Caroline, primée par l’Académie de Saintonge en 2007, est chanteuse lyrique. Deux de ses petits-fils sont musiciens. J’en passe…

Expliquer cet atavisme familial n’est pas aisé, même pour un psychiatre, issu lui-même d’une famille de cinq générations successives de médecins, psychiatres ou neurologues !

Mais revenons à Jean-Claude : son grand-père, Henri, compositeur, ami de Saint Saens et d’Honneger, lui fait découvrir, à 4 ans, le violon. Sa grand-mère l’amène à un concert où il est submergé d’émotion par la musique de Wagner. Il débute comme percussionniste, enregistre des disques de Brel, Aznavour ou Sinatra, fait la première télévision de Johnny Hallyday, tout en étudiant la direction d’orchestre avec Pierre Boulez. Il est nommé directeur musical du Châtelet, puis chef permanent de l’Opéra de Paris et de l’Opéra-comique. En 1976, il crée ce qui deviendra l’orchestre national de Lille.

Sa devise Porter la musique partout où elle peut être reçue l’amène à jouer dans les salles de sport, les églises, les usines, les prisons. A l’instar de Malraux, il veut donner, par la musique, conscience aux Hommes de la grandeur qu’ils portent en eux. Son rayonnement est international. Il a joué dans 45 pays et les plus grandes scènes : Moscou, Singapour, Montréal, Baltimore, Saint Petersbourg, Berlin, Lisbonne, Séoul, Sao Paulo, Buenos Aires, Monte Carlo, Philadelphie. Il ne s’est jamais éloigné de cette morale d’André Gide : J’admire les gens qui cherchent la vérité. Je redoute ceux qui la trouvent.

Jean-Claude Casadesus est Grand Officier de l’Ordre national du Mérite et de la Légion d’Honneur, Commandeur des Arts et lettres. En 2004, les Victoires de la Musique classique lui décernent une Victoire d’honneur. Déjà, 9 salles de musique portent son nom. Dieu doit beaucoup à Bach, qui tutoyait l’éternité, dit-il. Moi, je dois beaucoup à mon grand-père qui tutoyait Bach.

Chapeau l’Artiste ! Vive le Maestro !!

Yannis Suire, pour « Oléron, Rochefort, La Charente et la Saintonge vers 1700 »

Prix Xavier de Roux

Yannis Suire, pour Oléron, Rochefort, La Charente et la Saintonge vers 1700. Cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi (Ed. CVRH)

Rapport : Pascal Even

Yannis Suire

L’Académie de Saintonge a sans doute battu un record en primant la publication des mémoires de l’ingénieur militaire Claude Masse, transcrits et présentés par Yannis Suire, record par le nombre de pages, 540 p. format in-4° et par le poids, sachant qu’il s’agit du dernier volume d’une série monumentale.

Je suis tout particulièrement heureux que la récompense décernée à Yannis Suire inaugure le prix Xavier de Roux, avocat et homme politique qui a marqué l’histoire contemporaine de notre département et plus particulièrement de la Saintonge. Or c’est bien la Saintonge qu’évoque Claude Masse dans ce dernier volume puisque Yannis Suire y réunit les cartes, plans et mémoires relatifs à l’Ile d’Oléron, à celle d’Aix et à l’embouchure de la Charente, à la presqu’île d’Arvert jusqu’à l’embouchure de la Gironde, au Val de Saintonge et de Charente, à Saint-Jean-d’Angély et la haute vallée de la Charente. Le lecteur retrouve enfin les marais de Brouage et de la Seudre, la presqu’île d’Arvert et la Saintonge estuarienne.

Il fallait ce prix pour saluer la transcription de ces milliers de pages des mémoires, généraux et particuliers, de Claude Masse. Les chercheurs en feront leur profit tant ces documents fourmillent d’informations sur la province au temps du Roi Soleil, sur l’architecture, les routes, la topographie, mais également l’économie ou encore les us et coutumes des régions parcourues par l’infatigable ingénieur.

Il aura fallu une quinzaine d’années à Yannis Suire pour venir à bout de ce projet. Qu’il en soit remercié.

Yannis Suire - Oléron, Rochefort, La Charente et la Saintonge vers 1700 - Couverture

Jean-Louis Fournier, pour « Il y a encore de la lumière sous mon chapeau »

Prix Jean-Claude Dubois

Jean-Louis Fournier, pour Il y a encore de la lumière sous mon chapeau (Ed. Buchet-Chastel)

Rapport : Jean-François Girard

Jean-Louis Fournier - Il y a encore des la lumière sous mon chapeau - Couverture

Jean-Louis Fournier est bien connu d’une part sur les rives de l’estuaire de la Charente et d’autre part dans les milieux littéraires, surtout lorsque ceux-ci reconnaissent l’humour comme valeur essentielle.

Pendant plus de 20 ans, Jean-Louis Fournier a passé tous ses étés à deux pas des ponts du Martrou à Saint-Nazaire sur Charente dans une vieille bâtisse qu’il a restaurée lui-même. Il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. C’est à Saint-Nazaire sur Charente qu’il a appris la grâce et la légèreté des roses trémières.

Elève de l’IDHEC, Jean-Louis Fournier a finalement plus écrit que filmé, même s’il faut retenir la série la Noiraude et les célèbres Minutes de Monsieur Cyclopède, fruit de sa complicité avec Pierre Desproges. Comme écrivain, Jean-Louis Fournier est l’auteur de près d’une quarantaine d’ouvrages dont souvent les titres font sourire et dont l’un, Où on va, papa ?, alliant l’humour et le désespoir lui valut le prix Femina en 2008.

Plus récemment, en 2024, retiré à Paris avec sa chatte Artdéco, Jean-Louis Fournier a attiré l’attention en publiant au milieu de sa neuvième décennie Il y a encore de la lumière sous mon chapeau, véritable sinon éloge tout au moins plaidoyer pour la vieillesse. Votre livre ne se résume pas. Il faut le lire pour y découvrir mille remarques drôles, parfois acerbes, le plus souvent tendres, toutes tendant à démontrer qu’il y a encore de la lumière sous votre chapeau.

Blandine Merle, pour « Naître et mourir, poèmes »

Prix de la Ville de Saintes

Blandine Merle, pour Naître et mourir, poèmes (Gallimard)

Rapport : Christophe Lucet

Blandine Merle

L’enseignante avait publié en 2011 son premier recueil de poésies, Par oboles, chez un petit éditeur du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Blandine Merle a cette fois eu les honneurs de la prestigieuse Collection blanche de Gallimard pour ce nouveau recueil au titre un peu intimidant. Mais entre le mystère de la naissance et celui de la mort, cette mère de trois enfants qui fut bénévole en unité de soins palliatifs pendant une grossesse élabore avec une sensibilité aussi humble que pénétrante ses passerelles de mots. Ses vers libres, pesés délicatement en écho à d’autres vies que la sienne, font effraction dans l’intime de celle qui surgit et de celle qui vacille.

Professeur agrégée de lettres dans un collège de Poitiers après avoir exercé son métier à Saintes (à Notre-Dame de Recouvrance) et Cognac (lycée Saint-Joseph), cette native de Montmorillon (Vienne) passée par Paris a autant de goût pour la littérature, qu’elle pratique en passion nécessaire, que pour son enseignement, l’une nourrissant l’autre. Lorsqu’elle ne dévoile pas à ses collégiens les arcanes des contes de Charles Perrault, des comédies de Molière ou du Moby Dick d’Herman Melville, Blandine Merle s’adresse en conteuse à ses lectrices et lecteurs avec la même volonté de faire sentir et de transmettre. Sa pédagogie et son écriture ont en commun de donner à lire et d’ouvrir en liberté le champ de l’interprétation.

Il paraît que ses élèves sont fiers de la notoriété de leur professeur. Et notre académie est ravie de leur donner un encore peu plus raison.

Blandine Merle - Naître et mourir, poèmes - Couverture
Musée de l’Aéronautique navale de Rochefort

Prix de la Ville de Rochefort

Musée de l’Aéronautique navale de Rochefort

Rapport : Francette Joanne

Musée de l’Aéronautique navale de Rochefort

Visiter le musée de l’Aéronautique Navale de Rochefort est une véritable aventure. Paysage plat, quelques avions à l’élégant profil jalonnent le chemin d’accès au hangar Dodin, propriété du département de la Charente-Maritime et siège de l’Association Nationale du Musée de l’Aéronautique Navale que l’Académie à l’honneur de primer cette année, et dont le président est Michel Lafrette.

L’aventure commence dans le vaste hangar à l’architecture caractéristique des années 1930 en béton armé. À perte de vue : des avions ailes repliées pour gagner de la place sur les porte-avions, à ailes basses, doubles, hautes ; une forêt d’hélices, des fuselages pointus, ronds, en fer, en bois, en toile, de toutes longueurs de 6,7m jusqu’à 28 mètres ! Il y a même un avion sans moteur qui servait, à partir de 1947 à la formation des pilotes de l’aéronautique navale.

L’aventure continue avec les aéronefs sans aile mais pourvus d’immenses hélices à pales multiples et plus de 1500 maquettes. Le plus ancien objet du musée date de 1879 (un treuil à vapeur hippomobile pour ballons captifs) évoquant le passé du Centre d’Aérostation Maritime créé à Rochefort en 1916.

Enfin, l’aviation n’est rien sans propulsion : pistons, turbo, à 18, 6 ou 9 cylindres, en simple ou double étoile, turbo propulseur ou turbo réacteur, turboréacteur à postcombustion, turbo moteur, sont présentés déshabillés et écorchés dans un souci pédagogique.

Dans ce musée unique en Europe, l’équipe de votre association s’emploie à réparer à l’identique, repeindre, faire connaitre avec la précision et l’exigence qui est la vôtre, présenter sous forme la plus pédagogique possible l’évolution de l’aéronautique navale pour que les visiteurs, des enfants aux retraités, puissent déjà et encore rêver.

Alain Champagne et Éric Normand, pour « De l’eau, du sel et des hommes »

Prix de la Ville de Marennes-Hiers-Brouage

Alain Champagne et Éric Normand, pour De l’eau, du sel et des hommes (Presses Universitaires Rennes)

Rapport : Christian Vernou

Alain Champagne et Éric Normand - De l’eau, du sel et des hommes - Couverture

Alain Champagne et Éric Normand sont bien connus des amateurs d’Archéologie. Ils sont impliqués dans la recherche de terrain depuis plus de quatre décennies sur les terres du Poitou et des Charentes. Ils nous livrent cette fois une somme assez considérable concernant « les marais charentais », à savoir ceux situés entre les estuaires de la Seudre et de la Charente. On y retrouve deux figures de proue qui ont rythmé leurs recherches, la Tour de Broue qui résume à elle seule le Moyen Âge et la ville-port de Brouage, symbole intangible de l’époque moderne.

Cet ouvrage, publié aux Éditions universitaires de Rennes, est le fruit d’un PCR, Projet collectif de Recherches, débuté en 2011 et qui pour aboutir, a nécessité les contributions de plus de 25 chercheurs, issus d’horizons divers. Ce résumé ne peut permettre de les citer tous mais rappelons-nous que c’est une œuvre plurielle qui est ainsi primée. C’est tout l’art de MM. Champagne et Normand d’avoir su coordonner, encourager, solliciter, cette équipe de passionnés afin de rendre intelligible leurs travaux scientifiques mais aussi, d’avoir su rendre compte au public le plus large, des avancées historiques majeures recueillies sur leur territoire d’étude.

Ne nous y trompons pas, cet ouvrage est un formidable outil d’apprentissage des méthodes et techniques de recherche les plus actuelles. Mise en place d’un WebSIG, exploitation historique d’un Dynmap, intégration des images LIDAR, sont autant de notions auxquelles nous nous initions progressivement afin de mieux comprendre les données évolutives de cette zone de marais, qui rappelons-le, est passée d’une exploitation saline à des activités de culture et d’élevage, telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Nous n’avons qu’un mot pour finir, Messieurs, Bravo !

Alain Champagne et Éric Normand - De l’eau, du sel et des hommes
« Les Charentes des grands photographes », préface de Serge Sanchez

Prix Royan-Atlantique

Les Charentes des grands photographes, préface de Serge Sanchez (Ed. du Ruisseau)

Rapport : Christine de Ponchalon

Les Charentes des grands photographes - Couverture

Au premier coup d’œil, on les reconnaît. Les photographies d’Henri Cartier Bresson de Robert Doisneau parlent à notre mémoire sensorielle. Il y a la lumière sur les vignes, le parfum du sable chaud de la plage de Royan, les cris des enfants et des gens simples sur le port de La Rochelle.

Les Éditions du Ruisseau, dans ce très bel ouvrage, restituent à merveille ce monde disparu, ce monde d’hier que nous avons tendance à imaginer meilleur que le nôtre. Mais non, il ne l’était pas. De 1930 à 1960, ces grands de la photographie ont fixé sur papier argentique le quotidien laborieux de ceux qui travaillaient de leurs mains, durement. L’agriculture n’est pas mécanisée, dans les chais, les femmes scellent les capsules à la main, les mains usées par ces travaux où nous voyons aujourd’hui une esthétique qui leur était inconnue.

Dans sa préface, Serge Sanchez nous raconte les circonstances qui ont amené ces artistes sur les terres charentaises. Ces photographies sont des œuvres d’art autant qu’un témoignage ethnologique. Certains d’entre nous y retrouveront des souvenirs familiaux oubliés dans le tiroir du bureau du grand-père. Cela nous fera un plaisir fou : noir et blanc sur le papier et si bleu dans notre tête.

Marie Materna, pour ses recherches sur les ressorts génétiques de l’immunité

Prix La Rochelle Université

Marie Materna, pour ses recherches sur les ressorts génétiques de l’immunité

Rapport : Olivier Dubois

Marie Materna

Née à Saint-Jean d’Angély, Marie Materna a été, très tôt, fascinée par les mécanismes invisibles qui régissent le vivant, et par les mystères du corps humain. Après son bac, elle suit un double Master de Biologie Cellulaire, Génétique et Pathologies, et Master of Engineering en Biologie-Santé, puis un stage à la Rockefeller University de New York. En 2020, elle rejoint le Laboratoire de Génétique Humaine des Maladies Infectieuses à l’Institut Imagine (Hôpital Necker), sous la responsabilité des Pr. Casanova et Abel.

Sa recherche se concentre sur un acteur-clé du développement du système immunitaire : la chaîne pré-TCRα, molécule indispensable à la formation de certains globules blancs, les lymphocytes T αβ. Elle identifie des patients porteurs d’une mutation délétère dans un gène codant le pré-TCRα. Contre toute attente, ces patients ne présentent pas de conséquence majeure de leur immunité fonctionnelle. Ces observations modifient profondément nos conceptions sur le développement de ces lymphocytes.

Parallèlement, Marie Materna a identifié un variant d’un autre gène particulièrement présent dans les populations d’Asie du Sud, facteur de risque de maladies auto-immunes. Cette avancée ouvre la voie à des stratégies de dépistage et de prise en charge des pathologies auto-immunes.

Ces travaux ont donné lieu à une publication dans la revue Science. Ils lui ont mérité un prix de l’Institut Imagine et le prix L’Oréal-UNESCO qui récompense les femmes scientifiques. Notre championne a profondément à cœur de promouvoir la transmission des savoirs et la place des femmes dans les carrières scientifiques. Attachée à son département, elle intervient dans plusieurs établissements comme les lycées de Saint-Jean-d’Angély, Palissy de Saintes, ou le collège de Matha.

Gilles Gaudissard, pour le Musée de l’automobile de l’Aunis

Prix de la Ville de Surgères

Gilles Gaudissard, pour le Musée de l’automobile de l’Aunis

Rapport : Éric Dépré

Gilles Gaudissard - Musée de l’automobile de l’Aunis

Qui est au volant du musée automobile de l’Aunis ? Gilles Gaudissard, un enfant du pays. À Aigrefeuille d’Aunis, il est connu de tous. En 1964, ses parents jettent l’ancre à Châtelaillon-Plage où son père créé un atelier de menuiserie. À 25 ans, Gilles rejoint l’atelier paternel, désormais à Ciré-d’Aunis.

Mais depuis toujours, Gilles est passionné de voitures. C’est en 1991 qu’il accomplit un rêve de gamin : à 32 ans, il achète son premier véhicule ancien, une Traction à l’état d’épave et en réalise sa restauration complète. Mettre les mains dans le cambouis lui plaît tellement qu’il se lance, lors de ces moments de loisirs, dans cette folle aventure qu’est la restauration de véhicules anciens de collection.

L’entreprise familiale de menuiserie florissante déménage à Aigrefeuille d’Aunis. En parallèle, Gilles devient propriétaire de dizaines de véhicules entreposés dans l’ancien atelier de menuiserie de Ciré d’Aunis. Insatiable, Gilles poursuit son aventure, scrute les petites annonces et parcourt les ventes aux enchères pour dénicher de nouveaux trésors mécaniques. Il est un vrai chirurgien de la mécanique ancienne, voire un magicien. Il fait tout lui-même avec des pièces d’origine, sauf les selleries. La restauration d’un véhicule peut prendre des années.

Sa passion se transforme alors en 2022, par l’ouverture du plus grand musée automobile de Charente-Maritime de 3 500 m² à Le Thou. Ce musée permet de voyager dans l’histoire de l’automobile. Plus de 100 autos de 1910 à 1994 y sont exposées avec chacune leur histoire, incarnant l’élégance, l’ingéniosité et la nostalgie de leur époque.

Dominique Chailloleau, pour « Oléron, des racines et des ailes »

Prix de l’Île d’Oléron

Dominique Chailloleau, pour Oléron, des racines et des ailes (Ed. Terres de l’Ouest)

Rapport : Christine de Ponchalon

Dominique Chailloleau - Oléron, des racines et des ailes - Tome 1 et 2

C’est une longue histoire que nous raconte Dominique Chailloleau. Elle commence très mal au début du XIXe siècle mais finit très bien, à notre époque. Un drame, une fuite, dans le milieu insulaire des petites gens d’Oléron, des travailleurs de la terre sans avenir et ni autre horizon que l’océan et le dénuement. L’exilé dont Dominique Chailloleau nous conte le très long voyage ne reverra pas son île et mourra dans la lointaine Baie d’Hudson. L’occasion pour l’auteur de décrire l’impressionnante nuit polaire, les saisissantes aurores boréales où rode l’ours blanc affamé.

Ce qu’il y a en commun entre les métayers pauvres de l’Île d’Oléron et les inuits, c’est cette perpétuelle quête de nourriture, et des moyens de survivre. Notre société d’abondance, du moins dans nos modernes contrées en paix, ne peut imaginer cette obsession quotidienne d’assurer le prochain repas.

Dominique Chailloleau part, de très loin, sur le chemin de la quête des origines. Une longue route que l’on imaginait pas, car nous pensons, souvent à tort, que l’on ne s’échappe pas de sa condition. Et que l’ailleurs n’est qu’une autre impasse. Le retour sur l’île de descendants inattendus, inespérés, de l’homme exilé , nous envoie un message d’espoir : bien sûr il y a des voyages dont on ne revient pas, mais le hasard, la ténacité, la quête des origines peuvent amener chacun à se retrouver.

Jean-Paul Dous, pour « Jacques Chardonne 1884-1968, un gentilhomme en littérature »

Prix de la Haute-Saintonge

Jean-Paul Dous, pour Jacques Chardonne 1884-1968, un gentilhomme en littérature (Ed. L’Harmattan)

Rapport : Christophe Lucet

Jean-Paul Dous

Le quasi effacement de Jacques Chardonne (1884-1968) a amputé le paysage littéraire et intellectuel français d’une figure essentielle. Si ce prix pouvait contribuer à réparer une injustice, ce serait merveille. Car l’œuvre de l’auteur de Claire et des Destinées sentimentales, profonde et légère, précise et détachée, exprime ce que l’esprit français peut avoir de plus subtil et pénétrant, dans un style cristallin, capable d’épouser les facettes de la réalité et les mouvements de l’âme.

En 1940, le choix de l’écrivain charentais d’appuyer Vichy et la collaboration au nom d’une certaine idée de la civilisation européenne, voyant dans le national-socialisme triomphant – et non dans les horreurs nazies – une chance de régénérer la France, lui a coûté cher. Mais le rejet dont il a été l’objet après avoir gagné une belle audience dans l’entre-deux-guerres, tient aussi à la nature d’une œuvre qui n’a jamais cherché l’éclat de la parure, préférant le charme discret d’une belle porcelaine et d’un vieux cognac.

Avec une finesse et une justesse dignes de son modèle, Jean-Paul Dous nous entraîne sur les pas d’un écrivain qu’il n’hésite pas à comparer à Montaigne. Loin des fausses grandeurs, attentif à nos élans et nos contradictions, plus intéressé par les tempéraments que par les idées, Chardonne plonge dans le présent pour y dénicher ces instants de grâce qui sont le précieux de la vie. Et après-guerre, de jeunes écrivains emmenés par Roger Nimier ont vu en lui un maître. A notre tour, lisons ou relisons ces romans déroutants, ces essais vivifiants, mais aussi la correspondance étincelante qu’il échangea avec un autre réprouvé, Paul Morand, et qui vaut bien mieux que la réputation sulfureuse qui lui a été faite.

Jean-Paul Dous - Jacques Chardonne 1884-1968, un gentilhomme en littérature - Couverture
Philippe Legrand, pour « Voltaire forever » et l’ensemble de ses biographies

Prix de la Ville de Royan

Philippe Legrand, pour Voltaire forever (L’éditeur à part) et l’ensemble de ses biographies

Rapport : Olivier Dubois

Philippe Legrand

Le comédien, Michael Lonsdale disait de Philippe Legrand : « Il vient vers vous discrètement et prend le temps de vous écouter. De regarder. De comprendre. Voilà pourquoi ses interviews permettent d’apprendre autant sur soi que sur les autres ». Jean-Marie Rouart de l’Académie Française ajoute ces mots pour le définir : « Il éclaire la vie de la belle lumière de l’amitié… ».

Journaliste, écrivain, présentateur de radio, de télévision, Philippe Legrand raconte cette anecdote sur le plateau de France 3, lorsque Charles Aznavour s’approche de lui et lui glisse : « Vous savez pourquoi j’ai accepté votre invitation pour cette émission ? C’est parce que vous êtes un gentleman… ».

Quarante ans d’activités dans le monde des médias (Paris Match, Europe 1, RMC, RFM), Philippe Legrand est aussi président de « MDN, l’Agence ». Sa grande ouverture d’esprit l’a amené à faire le tour du monde. Il a rencontré les Inuits dans le Cercle Polaire Arctique, navigué en kayak en Antarctique, et a connu les débuts de l’enfer de « la Guerre des enfants soldats » en Sierra Léone.

En dix-neuf livres dont le premier a paru en 1992 et le tout dernier en 2025 (Voltaire forever, qui interroge la place de la pensée aujourd’hui, chez L’Editeur à part), il a raconté aussi bien Mère Teresa (plus de deux millions de lecteurs et une dizaine de traduction) que Léon Placek, le dernier survivant des camps de la mort dans J’avais dix ans à Bergen Belsen (Prix du livre de l’année). Sans oublier, le livre vérité avec le Cardinal Barbarin En mon âme et conscience (Ed. Plon), ou encore l’incroyable message d’espoir co-écrit avec Nicolas Reyes, le chanteur-cofondateur des Gipsy Kings, sous ce titre La voix d’un roi (Ed. Cherche Midi).

C’est du côté de Royan qu’il revient toujours, fidèle à sa grand-mère maternelle née à Rochefort, qui lui a fait découvrir le bord de mer comme l’intérieur des terres. Elle était voisine et amie de Pierre Loti. Elle lui conseillait de « venir se ressourcer régulièrement dans ce coin de paradis ». Une chose est sûre, dans ses veines coulent un peu de la Charente Maritime de sa grand-mère !

Sorenza Phelippeau, pour ses films sur les chouettes effraies

Prix de la Ville d’Aigrefeuille

Sorenza Phelippeau, pour ses films sur les chouettes effraies

Rapport : Éric Dépré

Sorenza Phelippeau

Sorenza est un prénom rare comme les noms « Dames blanches » ou « Dames de cœurs » donnés aux chouettes effraies que Sorenza Phelippeau a filmées en 2023 en Charente-Maritime. Ornithologue passionnée et passionnante originaire de Saint-Xandre près de la Rochelle, Sorenza Phelippeau est diplômée de l’Institut Francophone de Formation au Cinéma Animalier de Ménigoute dans les Deux-Sèvres et est déjà auréolée de plusieurs prix en France et à l’étranger.

Elle nous emmène dans la nuit noire avec le magnifique documentaire Le temps d’une nuit où ces admirables rapaces ornés de sagesse et de délicatesse mènent leur vie nocturne. Elle filme avec la rigueur du temps qui passe où patience, discrétion et observation sont les maîtres mots. Avec l’invisibilité de sa présence, Sorenza nous fait voyager par le biais de son objectif infra-rouge vers ces vies si fragiles où tout peut basculer en un instant. La vie, l’amour, la mort ! Si la Nature n’a pas de morale, elle n’est pas non plus immorale mais bien amorale comme le démontre magnifiquement le film de Sorenza Phelippeau. A l’affût de ce rapace au sommet des clochers, la réalisatrice n’a pas dépassé deux heures de sommeil par nuit.

Amoureuse de cet oiseau au visage en forme de cœur et au regard si humain, Sorenza Phelippeau va nous transporter prochainement avec Thomas Pottier dans un nouveau documentaire animalier inédit Un espoir pour l’effraie.

Le style de Sorenza Phelippeau est comme un cristal : sa pureté fait son éclat, même dans la nuit.

Anne de la Sayette, pour ses travaux sur les plantes tinctoriales

Prix de la Corderie Royale

Anne de la Sayette, pour ses travaux sur les plantes tinctoriales

Rapport : Anne Richard

Anne de la Sayette

Anne de La Sayette est directrice, entre autres, du Critt horticole de Rochefort (Centre régional d’innovation et de transfert de technologies) qu’elle a créé en 1989.

Il y a juste 30 ans, le Critt a été contacté par une restauratrice d’œuvres d’art qui souhaitait retrouver les couleurs naturelles d’antan. Cette demande a conduit au démarrage d’une nouvelle activité sur les colorants végétaux naturels. En effet, depuis le XIXe s., l’avènement des colorants obtenus par la chimie de synthèse a entraîné la disparition de la production et de l’utilisation des pigments végétaux usités depuis des millénaires. De ce fait, les savoirs relatifs à la culture et à l’utilisation des plantes tinctoriales, ont été perdus. Des institutions comme l’Opéra-Comique de Paris et le Théâtre du Châtelet, soucieuses de retrouver les couleurs d’époque de leurs costumes et de leurs décors, ont fait appel au Critt horticole de Rochefort, travail mené avec des historiens.

En 2011, Anne de La Sayette a organisé à La Rochelle un symposium international sur les colorants naturels, qui a réuni plus de 500 personnes de 50 nationalités. Cette même année, elle a été élue « Rochefortaise de l’année » par la jeune Chambre de Commerce de Rochefort pour son travail et ses initiatives dans le domaine de l’innovation horticole. En juin 2024, elle a été invitée comme conférencière au prestigieux événement international Biocolours 2024 à l’Université de Helsinki. Elle a présenté ses recherches récentes sur l’intérêt de l’utilisation des colorants bio-sourcés pour une industrie de la couleur plus respectueuse de l’environnement.

Ce court propos illustre très partiellement le parcours exceptionnel d’Anne de La Sayette, à qui nous sommes très heureux de remettre aujourd’hui le Prix de la Corderie Royale.

Christophe Bertaud et Patrick Sembel, pour « Le peintre Omer Charlet – Un oublié exemplaire (1809-1882) »

Prix Dangibeaud

Christophe Bertaud et Patrick Sembel, pour Le peintre Omer Charlet – Un oublié exemplaire (1809-1882) (Ed. La Geste)

Rapport : Philippe Ravon

Christophe Bertaud et Patrick Sembel

L’Académie récompense Patrick Sembel et Christophe Bertaud pour leur formidable travail d’historien qui remet à l’honneur un artiste, né au Château d’Oléron en 1809, célèbre à son époque et presque oublié aujourd’hui. Le titre Omer Charlet – Un oublié exemplaire (1809-1882) résume parfaitement le propos qui permet, non seulement de redécouvrir un grand peintre du XIXe siècle, mais également d’étudier ce processus d’oubli qui touche tant d’artistes.

Au regard des œuvres illustrant ce livre, on se demande comment nous avons pu passer devant ces grandes compositions qui figurent aux côtés d’œuvres de Bouguereau dans la cathédrale et le musée de La Rochelle et sont exposées au musée de Rochefort, dans les églises de l’île d’Oléron ou de Marennes, mais aussi de Douai, Blois, Figeac. Élève des plus grands maîtres de son époque, Guillon de Lethière, le Baron Gros et le grand Ingres, Omer Charlet expose au Salon de 1833 à 1880. Il s’intéresse au paysage qu’il associe à la religion dans une démarche classique et romantique et possède aussi un talent de portraitiste.

Mais je réalise que je parle d’Omer Charlet alors que ce sont les auteurs de ce magnifique ouvrage que nous voulons mettre à l’honneur. Je pense qu’ils me pardonneront, connaissant leur souhait de nous faire partager cette incroyable redécouverte qui nous évoque le vers de Louis Aragon : « Tout ce qui fut sera pour peu qu’on s’en souvienne ».

Christophe Bertaud et Patrick Sembel - Le peintre Omer Charlet - Un oublié exemplaire (1809-1882) - Couverture
Pierre-Henri Guignard, pour « Aimé Bonpland, jardinier du monde »

Prix Claire Belon (coup de cœur du jury)

Pierre-Henri Guignard, pour Aimé Bonpland, jardinier du monde (Ed. Douin)

Rapport : Christophe Lucet

Pierre-Henri Guignard

L’itinéraire d’Aimé Bonpland (1773-1858) est si foisonnant et romanesque qu’il occuperait un bottin. Médecin, naturaliste, homme des Lumières, compagnon de voyage et d’exploration du grand botaniste prussien Alexander von Humboldt dans les immensités du Nouveau monde, le Rochelais est un géant des sciences. Au péril de leur vie, dans les forêts tropicales, les pampas et les sierras, les deux hommes ont coopéré pour offrir une cartographie de l’Amérique du sud et décrire sa flore, sa faune et sa géologie encore largement ignorées.

L’impératrice Joséphine de Beauharnais lui avait confié au retour de son premier voyage les serres et les jardins de la Malmaison. Mais pour Bonpland, l’appel des Amériques fut le plus fort. C’est là qu’il a vécu, souffert (dix ans de détention au Paraguay qu’il mit à profit pour travailler), herborisé, classé, comparé. Infatigable sur le terrain, cet ami de Simon Bolivar a, de surcroît, accompagné la naissance de la jeune république d’Argentine, qui lui doit notamment l’acclimatation du maté, qui deviendra la boisson nationale.

D’avoir été ambassadeur à Buenos Aires (2016-2019) a permis au Charentais Pierre-Henri Guignard de mesurer la trace profonde laissée aux antipodes par son compatriote. Le livret que consacre à Bonpland ce spécialiste de la diplomatie climatique et des forêts équatoriales est un hommage très personnel. Il donne envie d’embarquer avec celui qui est considéré comme un pionnier de l’écologie par sa capacité à comprendre l’évolution et les interactions des écosystèmes, et dont le message résonne très fortement en ce début de IIIe millénaire.

Pierre-Henri Guignard - Aimé Bonpland, jardinier du monde - Couverture
Michel Piquemal, chef de chœur du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames de Saintes

Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois (Patrimoine)

Michel Piquemal, chef de chœur du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames de Saintes

Rapport : Christine Sébert-Badois

Michel Piquemal

Michel Piquemal a commencé le chant à la maîtrise de Radio France. Il est repéré par Pierre Bernac (ami de Francis Poulenc), devient son élève et rencontre Jessye Norman avec qui il fera le merveilleux disque du concert de Noël à Notre Dame de Paris. Sa carrière de baryton lui fait enregistrer des œuvres de Liszt, Rossini et de compositeurs français afin de promouvoir ce patrimoine français que l’on oublie car peu entendu, confie-t-il. En 1978, Michel Piquemal fonde l’ensemble vocal qui porte son nom avec lequel il se produit au rythme de 60 concerts par an. En 1989, il dirige les chœurs régionaux Provence-Alpes-Côte d’Azur et d’Ile de France et devient Directeur Artistique du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames.

On comprend que M. Piquemal est une référence dans ce monde de la musique de chœur classique. Avec le Grand Chœur composé de 80 choristes, il fait résonner dans l’Abbaye aux Dames un répertoire exigeant et varié qui illustre sa volonté de découverte. Ainsi, il explore l’œuvre de Martial Caillebotte (frère du peintre) et l’Ensemble Vocal Féminin du Grand Chœur de l’Abbaye voit le jour pour mettre en valeur le patrimoine musical pour voix de femmes. Musicien complet, Michel Piquemal assure aussi la direction d’orchestre d’œuvres d’oratorios mêlant voix et orchestre symphonique et il rencontre Jean-Claude Casadesus à l’Orchestre National de Lille. Celui-ci l’avait précédé à la direction du Grand Chœur.

Ce sont donc des retrouvailles que l’Académie de Saintonge est heureuse d’organiser en remettant à Michel Piquemal le prix Jacques et Marie-Jeanne Badois pour tout ce travail et sa capacité à faire vivre le répertoire français du chant classique.

Contributions : octobre 2024 – octobre 2025

Contributions personnelles des académiciens depuis octobre 2024

Nicole Bertin

https://nicolebertin.blogspot.com
Publication de son blog sur la culture, le patrimoine et l’actualité en Charente-Maritime. Conférence : le 4 mai à Saintes, pour la St. Eutrope, l’Académie de Saintonge et son rôle de mise en valeur de la culture locale. Mise à jour régulière de la page Facebook de l’Académie.

Éric Depré

  • Conférences : La Rochelle la Pallice Trésors paléontologiques de l’Aunis avec Thierry BOUYER et Pierre MIRAMAND ; Angers, Terra Botanica L’insondable mystère de l’origine des plantes à fleurs ; Bordeaux Pessac, Artothèque exposition week-end Musées Télérama La couleur des dinosaures avec Louise ALEKSIEJEW.
  • Publications : SAHCM bulletin N° 51 La naissance du Santonien Pierre MIRAMAND et Thierry BOUYER.
  • Intervention : Le dégagement des fossiles de la science à l’art au camping Le petit monde en Lozère à Quézac avec l’association paléontologique des hauts plateaux du Languedoc, suivi d’une initiation de fouille paléontologique.

Olivier Dubois

Président du Directoire des Thermes de Saujon et Directeur général des cliniques de Saujon, il préside l’organisation de la 12e édition des journées psychiatriques de Saujon (Octobre 2025) qui verra la participation de deux universitaires américains. Il est vice-président de la société française de médecine thermale, nommé trésorier du cluster thermal de Nouvelle-Aquitaine, élu au bureau de la Fédération française des cliniques psychiatriques privées et nommé au comité médical de la fédération française de rugby. Il a coordonné plusieurs études scientifiques et a publié dans des revues scientifiques anglo-saxonnes. Il est correspondant pour BFM-TV et intervient pour des évènements psychiatriques nationaux.

Pascal Even

Jean Glénisson et les sociétés savantes, in Colloque Jean Glénisson, Jonzac, 11 juin 2022, Revue de la Saintonge et de l’Aunis, t. XLVIIII, 2023, p. 45-51 ; L’étude de la Saintonge antique au XVIIIe siècle : les Recherches topographiques de François Marie Bourignon, dans La concorde entre les hommes de l’Antiquité à nos jours. Aspects culturels et juridiques. Mélanges en l’honneur de Jacques Bouineau, Burt Kasparian dir., Rennes, Presses universitaires de France, 2024, p. 175-188.; Lumières et académies, les élites intellectuelles en France aux XVIIIe et XIXe siècles, Annales de l’Académie de La Rochelle, t. XXV, 2023, p. 53-58.

Pascal Ferchaud

Contribution au développement de la scène de spectacle en milieu rural, « La Salicorne » à Saujon, en accompagnant la programmation variée et de qualité proposée à l’occasion des 25 ans de cette structure. Rédaction de l’Histoire de Saujon, dont le premier tome est prévu pour parution courant 2025.

Emmanuel de Fontainieu

Directeur du Centre International de la Mer – Corderie Royale de Rochefort (qui désormais se développe également au fort Liédot, sur l’île d’Aix, avec l’appui du Parc naturel marin). Travaux à Rochefort avec des créateurs : le vidéaste Hicham Berrada (exposition 2024), le plongeur-photographe Nicolas Floc’h (exposition « Charente Atlantique », sur la signature chromatique du fleuve, en 2025), l’écrivain Anaël Verdier (travaux d’écriture). Pilotage de la sélection « Mémoires de la Mer » et remise des trois prix (livre, BD, film documentaire) à Paris, au musée national de la Marine. Préparation des 40 ans du CIM. Direction d’un « beau livre » collectif (20 contributions), à paraître fin 2025 sur le thème atlantique.

Jean-François Girard

Président du groupe de travail de la Fondation Odilon Lannelongue (92 170) sur la réorganisation des structures d’accueil des personnes âgées. Vice-président du Centre communal d’Action sociale (CCAS) et de l’EHPAD Paul Bouhier (85460).

Christophe Lucet

  • Poursuite de l’activité d’éditorialiste au journal Sud Ouest.
  • Participation à l’inauguration de l’amphithéâtre Pierre-Henri Simon à l’université catholique de Lille le 9 octobre 2025 avec prêt de l’exposition sur l’écrivain et académicien charentais montrée en 2023 à Jonzac, Saintes et La Rochelle.
  • Participation à la conception du programme du Festival international du film d’histoire de Pessac dont l’édition 2025 a pour sujet « Secrets et mensonges ». Et modération de rencontres avec des essayistes et écrivains à la librairie Mollat de Bordeaux.

Alain Michaud

  • Appareil de notes du journal de François-Guillaume Marillet, (1789-1795) touchant les évènements révolutionnaires saintais, travail en collaboration ; ouvrage à paraître sous la direction de Didier Colus pour la Société des archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis.
  • Parution de la suite de mes articles concernant la ville de Saintes au Moyen Âge dans le Bulletin de la Société d’archéologie et d’histoire de la Charente-Maritime. (Bull. 51, 2024).
  • Poursuite des actions entreprises par les Sociétés d’archéologie et Médiaction pour la sauvegarde et la mise en valeur de la pile gallo-romaine d’Ebéon (17).

Marie-Dominique Montel

Tournage du documentaire La liste noire d’Hollywood, en co-réalisation avec Christopher Jones, pour la chaine Histoire. La naissance de ce film d’archives sur la chasse aux sorcières dans le cinéma américain des années 50 a été présentée lors d’une conférence « La dernière fête des blacklistés d’Hollywood » au festival Cinema ritrovato, à Bologne (Italie). Rediffusion de Totalement Toto sur les chaines du groupe Canal+ Jacques Chardonne en jeune homme, contribution à un ouvrage collectif sur l’écrivain à paraitre en 2026. L’Académie de Saintonge et Hélène Carrère d’Encausse conférence aux Rendez-vous littéraires de Royan. Développement des programmes de la chaine de l’Académie de Saintonge sur YouTube. Présidente de Cloud Studio, société de production et de restauration de films anciens. Vice-présidente du Centre International de la Mer. Membre du jury des films Mémoires de la mer.

Didier Néraudeau

A obtenu le 7 mai dernier le prix Cuvier, pour l’ensemble de sa carrière et pour son apport aux connaissances en paléontologie. Prix décerné par l’Association des Paléontologues de France. Recherches menées en Bretagne sur les plus anciens animaux marins fossiles connus. Recherches ayant fait l’objet d’un article du Télégramme de Brest le 29 mai 2025. Parution, au mois de mai 2025, de l’ouvrage « La fossilisation : principes fondamentaux et cas de fossilisations exceptionnelles », auteurs D. Néraudeau et J.D. Moreau, éditions ISTE, 231 pages.

Christine de Ponchalon

Préparation et rédaction en chef de la brochure annuelle de la Cérémonie des Prix 2024 de l’Académie. Photographe pour l’Amicale rochelaise des véhicules anciens.

Alain Quella-Villéger

Coauteur du film « Le monde selon Pierre Loti », réalisé par Michel Viotte (Les Films d’ici-Méditerranée, septembre) et collaborateur du livre Les Vies de Pierre Loti, par Michel Viotte (La Martinière, mai). A assuré l’édition critique d’Un hiver japonais (1875-1876) de Marianne North, traduit de l’anglais par Christine Ribardière et Michelle Deperrois-Fayet, (Magellan & Cie, septembre).

Philippe Ravon

Vice-Président de l’association des Amis du peintre Gaston Balande. Président des Amis des Musées de Saintes. Membre de la Commission Régionale du Patrimoine et de l’Architecture en matière de protection des objets mobiliers au titre des monuments historiques. Membre du bureau national de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés.

Anne Richard

Botaniste. Membre du Conseil de Développement de la CARO (Communauté d’Agglomération de Rochefort Océan), responsable du groupe de travail Végétalisation, au nom de l’association « A fleur de marée » pour ses compétences environnementales. Conférence au Forum des Marais Atlantiques de Rochefort pour la journée mondiale des zones humides en février sur le thème « la flore des marais ». Animation de sorties tout public en Charente Maritime et de deux stages de 4 jours en Sud-Manche et autour de l’estuaire de la Charente : au total, près de 50 journées d’animation touchant environ 900 personnes. Article dans la revue Rustica de juillet 2025 : un week-end entre Rochefort et Oléron.

Christine Sebert-Badois

Rapprochement sur un projet de visite commun autour des marins au XVIIe siècle entre la Corderie Royale de Rochefort et les Courbon Blénac à La Roche Courbon : « Voyage insolite du Nouveau Monde au siècle de Louis XIV ». À Saint-Porchaire : évolution de la visite commune entre la Maison Marie-Bon (sœur de Pierre Loti) et le site de La Roche Courbon via les grottes chantées par le poète. Travail de recherche de mécénat pour compenser les difficultés financières liées à l’accompagnement des pouvoirs publics vers les Associations et plus particulièrement pour la Route Historique des Trésors des Charentes. Contact avec les médias : RCF, Ici La Rochelle, Silence ça pousse (Stéphane Marie), presse écrite et réception de M. Franck Ferrand à l’occasion de la réouverture de la Maison de Pierre Loti.

Marc Seguin

Publications :

  • Vol. LXXIV des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis (2024 mais publié en 2025) : « La fabrique de Saint-Denis-d’Oléron (1496-1620) », p. 19 à 247.
  • Revue de la Saintonge et de l’Aunis, t. XLVIII (2023 mais publié en 2025) : « Jean Glénisson et Agrippa d’Aubigné », p. 9.

Christian Vernou

Publications :

  • À propos de l’enceinte fortifiée de La Rochefoucauld (XIIIe s.), in Bulletin SAHC, n° 180, 2024, p. 50-60
  • Les garennes à lapins du Château-Chesnel (XVIIe s.), à Cherves-Richemont, in Bulletin SAHCM, n° 51, 2024, p. 195-204
  • La commanderie antonine de Boutiers (Charente) – Nouveaux apports architecturaux (début XVIe s.), in Revue Association Française des amis des Antonins, n° 42, p. 15-20
  • L’abbaye de Châtres – Un monument à découvrir (Saint-Brice, Charente), in L’ Aquitaine Historique, n°160, juin 2025, p. 15-18.
Conférences :
  • Actualité de la Carte archéologique de la Charente, 13 nov. 2024, SAHC, Angoulême ; « Les peintures murales de l’ Abbaye de Châtres- années 1300» 24 janv. 2025, SAHCM, Saintes. Table ronde : co-coordinateur d’une journée d’étude sur les peintures murales de Châtres, Abbaye de Châtres, 20 sept. 2025.